‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 79 sur 98 · MAÎTRESSE GÉNÉRALE DES CLASSES · texte numérisé non relu

MAÎTRESSE GÉNÉRALE DES CLASSES

Manuscrits de Versailles. Lettres et avis, p. 190.

Ce 9 juin (1713).

Ne nous contentons pas de nous plaindre, ma chère fille, et de craindre l'avenir; lâchons d'établir le présent le mieux que nous pourrons. Vous y pouvez contribuer plus que personne, et vous êtes assez prudente pour ne pas fâcher vos sœurs en même temps que vous ne devez pas souffrir à vos demoiselles de se parler bas les unes aux autres. 11 faut leur passer bien de pauvres discours qu'on entendra, et ne pas tout relever quand il n'y a

point de péché.

M""*" d'Auxy * est hors d'elle quand elle a un habit neuf;

* .lennncltc Pincré, cette eniant qui avait été élevée par M™^ de Maintcuou et qu'elle avait mariée.

elle me consulte sur l'assortiment : j'y entre, et lui donne mes avis en lui disant que cette joie et le goût des ajustemens sont de son âge, qu'il faut que la jeunesse se passe, et que j'espère qu elle viendra plus tôt qu'une autre à des inclinations plus solides. Je crois que cette condescendance porte plus au bien qu'une sévérité en tout qui ne sert qu'à les rebuter et à les rendre dissimulées.

On m'a dit qu'une des petites fut scandalisée au parloir de ce que son père avoit parlé de sa culotte; c'est un mot en usage; quelles finesses y entendent-elles? Est-ce l'arrangement des lettres qui fait un mot immodeste? Auront-elles de la peine à entendre les mots de curé, de cupidité, de curieux, etc. ? Cela est pitoyable. D'autres ne disent qu'à l'oreille qu'une femme est grosse : veulentelles être plus modestes que Notre-Seigneur, qui parle de grossesse, d'enfantement, etc.? Une petite demoiselle s'arrêta avec moi quand je voulus lui faire dire combien il y a de sacremens, ne voulant pas nommer le mariage ; elle se mit à rire, et me dit qu'on ne le nommoit pas dans le couvent dont elle sortoit.

Quoi! un sacrement institué par Jésus-Christ, qu'il a honoré de sa présence, dont ses apcMres détaillent les obligations, et qu'il faut apprendre à vos filles, ne pourra pas être nommé ! Voilà ce qui tourne en ridicule l'éducation des couvens! Il y a bien plus d'immodestie à toutes ces façons-là qu'il n'y en a à parler de ce qui est innocent, et dont tous les livres de piété sont remplis. Quand elles auront passé par le mariage, elles verront qu'il n'y a pas de quoi rire. 11 faut les accoutumer à leur en parler très sérieusement et même tristement, car je crois que c'est l'état où l'on éprouve le plus de tribulations, même dans les meilleurs. H faut leur apprendre, quand l'occasion s'en présente, la différence des paroles immodestes et qu'il ne faut jamais prononcer, et des paroles gros-

sières : les unes sont des péchés, les autres sont contre

la politesse.

Adieu, ma fille ; je ne puis finir quand il est question de nos filles et du bien de la maison.

A M- L\ PRINCESSE DES IJRSINS.

Musée brit. Add. mss., W 209î!0.

Marly, le 23 juillet 1715.

Oui, madame, j'ai été à Rambouillet', et j'ai passé dans mon lit tout le temps qu'on y a demeuré ; je n'en ai pas partagé les plaisirs, mais bien le bruit et le vacarme d'une jeunesse qui ne se contente pas de se diverlir le jour, et qui court toute la nuit. Le Roi s'y plaît en effet, par rapport à la chasse, et il projette un voyage au mois d'octobre. La chambre que j'y habite est très chaude 1 ete et très froide l'hiver; j'en ai déjà essayé. Vous croyez bien, par ce petit récit, que je ne prends pas beaucoup de plaisir à changer de lieu. Nous allons pourtant à Fontainebleau, où j'ai encore un très-bel appartement, mais sujet au même froid et au même chaud, y ayant une fenêtre de la grandeur des plus grandes arcades, ou il n'v a ni volet, ni châssis, ni contrevent, parce que la svmélrie en seroit choquée. Ma solidité a quelque chose à" souffrir, ainsi que ma santé, de vivre avec des gens qui ne veulent que paroîlrc, et qui se logent comme des divinités- la seule consolation qu'on en peut tirer, et qui n'est 'pas petite, c'est qu'il n'y a rien qui incommode le Roi, et que, jugeant d'aulrui par lui-même, il loge les personnes qu'il honore de ses visites et de son amilie comme il se loge lui-même^

1 Rambouillet appartenait au comte de Toulouse.

^ rÈn quelque état que fût M- de Maintenon, dit Sa.ut-Simon, le

J'ai appris depuis pou que le prince Ragolzki a une affaire en Espagne; je ne le savois point, madame, quand je vous ai fait son portrait : je n'aurai jamais de finesse avec vous, et n'ayant point songé du loul à vous le recommander, je vous demande aujourd'hui bien francliement votre protection pour lui, que je suis sure que vous accorderiez à son mérite, s'il vous étoit connue Je vous en parle sur la voix publique; je ne l'ai vu qu'un instant qu'il entra dans ma chambre à Saint-Cyr, pour me remercier de ce que je consenlois que M""' de Dangeau lui montrât cette maison. On me conta l'autre jour qu'il avoit trouvé un officier de sa connoissance qui l'avoit assuré que ses enfttns, qui sont entre les mains de l'empereur, étoient fort abandonnés et manquoient de tout; il ne le croyoil pas, et n'en pou voit parler qu'avec des larmes. Je suis assurée que votre bon cœur sera touché de sentimens si raisonnables et d'un état si pitoyable.

La pauvre M""-' de Solre est au désespoir du retardement que M. son mari appoi'le à son voyage d'Espagne; et cela par les plus petits endroits, lui refusant, je crois, de l'argent pour son voyage.

Landau avance; M. de Biron est aussi bien qu'il peut être avec un l)ras coupé-. M. de Lauzun, sachant que

Roi alloit chez elle à son heure ordinaire, et y fesoit ce quil avoit projeté; tout au plus elle étoit dans son lit, plusieurs fois y suant la fièvre à grosses gouttes; le Roi. qui aimoit l'air et qui craignoit le chaud dans les chambres, s'étonnoit en airivaut de trouver tout fermé; il lesoit ouvrir les fenêtres et n'en rabattoit rien quoiqu'il la vît dans cet état, et jusqu'à dix heures qu'il s'en alloit souper. » (T. XIF, p. 131.)

* Léopold Frédéric, prince Ragolzki, d'une grande famille de Hongrie, proclamé prince de Transylvanie, ayant tout perdu dans les dernières guerres, et réfugié en France, y observait l'incognito pour ne rien exiger sur son rang. Il était allié à la famille de la marquise de Dangeau, qui, très flattée de cette alliance, le reçut et le guida à la cour, et, comme on voit, lui procura les bonnes grâces de M™« de Maintenon. Voir Saint-Simon, t. IX, p. 406, il4 et suiv.

* Le marquis, depuis duc et maréchal de Riron, eut un bras emporté au siège de Landau. Il était neveu de Lauzun i)ar sa femme.

M'"*" de Biron n'avoit pas un sou pour partir, lui envoya cinq cents louis; on le blâme si souvent qu'il faut bien lui donner des louanges quand il les mérite.

Vous voulez donc que M"*' d'Aumale aime la reine? Vous êtes insatiable pour elle, si vous n'êtes point contente de sa réputation, car je ne crois pas qu'il y ait eu d'exemple d'une princesse si bien établie et de si bonne heure. 11 en coûte d'ordinaire bien des années et bien des contradictions; mais sa vertu, son esprit et ses charmes n'en reçoivent aucune.

Jamais il n'y eut rien de plus lent que l'évacuation de la Catalogne. Nos princesses du sang sont à Paris depuis trois jours, pour aller voir M'"' la princesse de Conti. M""" la duchesse de Berry ne traite pas bien M'"*' la Duchesse; il y avoit eu une grande amitié entre elles dans leur enfance.

L'aflaiie du comte dllarcourt et du duc d'Estrées a été accommodée par les marécliaux de France nommés par le Boi; car vous savez, madame, que les princes ne veulent point reconnoître ce tribunal; les ducs, à leur exemple, veulent aussi s'en soustraire'.

Je suis présentement dans un état de foiblesse oii je retombe souvent; je crois à chaipie fois être à ma fin, et puis j'en reviens avec une force étonnante pour mon âge; je suis toujours, madame, également à vous.

A M-- LA PRINCESSE DES URSINS

Musée brit. Add. mss., W ±002f).

Fontainebleau, le 18 septembre 1715.

J'ai vu, madame, la réponse que vous faites à M. le maréchal de Villeroy, et j'y ai vu aussi toutes les raisons

* On peut voir tout au long cette affaire et les prétentions des ducs dans Saint-Simon.

et toute la douceur qui me paroît dans tout ce que vous failes. Il vous répondra, ol vous pourra assurer, madame, que \c Hoi fera son possible pour le succès que vous désirez'. Je sens bien que, si ce projet vous rapprochoit de nous, j'y entrerois avec plus de vivacité, car je ne puis croire, madame, que vous en jouissiez et que vous quittiez jamais LL. MM. CG.

Ne croyez pas, madame, que je puisse mettre des paravens devant ma grande fenêtre. On n'arrange pas sa cbambre comme on veut quand le Roi y vient tous les jours, et il faut périr en symétrie. Je comprends parfaitement les railleries de M- de Caylus puisque vous les pennettiez; comment peut-on mieux aimer une souffrance réelle que d'avoir les yeux blessés par quelques petits travers? Ce sont ceux de l'esprit qui m'impatientent; mais il faut s'y accoutumer, et à quelque cliose de pis

M- de Caylus est la plus jolie vieille que vous connoissiez; elle a souvent ces belles couleurs que vous lui avez vues, et dans ces momens-là elle est aussi jolie qu'elle ait jamais été; du reste plus délicate que moi, ne s'habillant plus, presque toujours dans son lit, et menacée de maux bien considérables.

M. de Lauzun est allé à Lauzun, et doit être de retour

an^Vr ^K *''V-'''"' "'^^'^'^ ^''"f '« ^^>" ^J'"»*^ souvcrainct.-., que l'iHl.ppe V voulait constituer en sa laveur dans les Pavs-«as I en faisa. une des condilions de la ,>aix qui se Irailait à" Ltred. Cette preten. on, approuvée d'abord par la cour de France, mais

contie Me des Irs.ns. On lui reprocha de retarder, pour satisfaire son ambition particulière, une paix ardemment dés rée. Ce te p x se conclut ent.n sans l'article de la souveraineté. Mais M- de î'.ïh s n y avait i^oint reiioncé; elle croyait pouvoir l'échanger contre une

ronnrdP^F '" ''"''''""' ^"' '''''' "«'^"-ellon.ent i-etour à la coulonne de France après sa mort; et, dans cette prévision elle se

m!r;rr'''' ''"^ ''''' P'"^'"^^' ^«"^ '^ suneill n ; do son fidèle d Aubigny, un magnifique château. Tous ces rêves s'évanoui

7etZ^TrTT'' ',"^f^^ '■''"^•^^">- ^-'-^^ '^ château inac é : ce,t cette résidence de Chanteloup devenue si célèbre quand e duc de Choiseul en lut possesseur.

ici vers la fin du séjour que nous y devons faire : ce voyage en poste m'a surprise, à son âge. M'"^ sa femme est malade à Paris*.

11 n'est point vrai, madame, que le prince Ragotzki achète une maison ; il en a emprunté une du petit Bontemps, qui est dans l'avenue de Paris à Versailles. Je n'en connois que la porte, qui me paroît enterrée. Il demeure là, et vient tous les jours voir le Roi. Les courtisans ne se dégoûtent point de lui, et sa conduite est trop sage pour attirer des dégoûts. Vous m'avez rendu, madame, de très-bons offices auprès de lui, et je crois que j'auroisdu crédit en Transylvanie, s'il y étoit rétabli. Je vous rends mille grâces de votre intention qui va toujours à mettre la paix et l'agrément partout; mais je n'ai point eu d'autre dessein en vous parlant de ce prince que de rendre témoignage à la vérité.

Je me trouve trop heureuse quand je puis louer quelqu'un, car je sais tant de mal de la plupart des gens que je vois que mon cœur est toujours dans une amertume qui a besoin de quelque adoucissement. J'espère que nous apprendrons bientôt l'heureux accouchement de la reine. Le maréchal de Villars a passé le Rhin; on ne dit point encore son dessein : mais on ne croit pas qu'il fasse le siège de Fribourg.

Il y a des nouvelles qui disent que l'impératrice est grosse. M'"e la duchesse d'Orléans est partie pour aller à Versailles, pour voir M. le duc de Chartres qui est assez mal ; il a de fréquentes foiblesses, ce qui me paroit un grand mal à un enfant, à moins que ce ne soit des vers. L'Électeur^ s'en va demain. Jamais homme ne s'est

* M"'' de Lorges, sœur de la duchesse de Saint-Simon, avait épousé à quinze ans Lauzun après ses célèbres aventures, et âgédesoixante- Irois ans.

* L Électeur de Bavière, Maximilien Emmanuel, ne partit de Fontainebleau que le 26 septembre, ayant perdu au jeu 96C00 francs. Voir Dangeau.

mieux (liverli, si on juge par le mouvement qu'il s'est donne. Il a chassé tous les jours avec les difft.rentes meu es qu, sont ici, festins soir et malin, comédie foi, fois la semame, et grand jeu jour et nuit. On dit que rien n est s. v,( que le jardin de Diane, où se passe une partie de ces pla,sns-là. C prince a perdu l.eaucoup d'argen cl a grand mal aux yeux : voilà tout ce qui lui en restera.

Il doit prendre congé du Itoi demain au malin M. le cardi^nal de la Tré.noille mande que la' constitu-

f«n est la,(e ', qu'on l'aura dans huit jours, et qu'il peut ssurer par avance qu'il n'y a rien qui puisse cl.a .ger no

Id^ -tes. „eu veuille que les malheureuses affai^-es des

deux parus puissent finir, quand même elles devroient

recommencer (lueluue ioiir ' ,■■,,■ ,1 „„ r .

.M.o ,.„ii. 1 • . '."'^"1"'- J""" • ^î" I' ne faut pas espérer

que cette heresie soit sans retour.

Le marquis de Souillé, chevalier d'honneur de .«adame. st niort; elle a donné la charge à son frère. Notre cl dauphin se porte à merveille; la santé du lloi est à

souhait. Nous avons ici une nouvelle venue, qui est M de

M uze, niece de M. SaintcMaure, fille de M. de Zurlauhe ' elle suit déjà M de Berrv à la chasse.

A .M. LE DUC DE .NO.IILLES

Haiiiiscril Do Louguciup, !• 176,

Ce 11 octobre (1715').

Jamais lettre n'est arrivée plus à propos que la votre- «eut est par.,, je ne sais que faire; il „> a' encore qu^

.K.!„î'le'i*é,'i:r"" "" """"" '^' '°'"''^'"-- "-- '■•apaisa » Voir Saii,t-si,„on, 1. IX, p. 312, ."98.

apprend en efTcf que, le 11 ocIoI.ip I7i" i >an-eau nous

I , it- II ocioliie 171.», la cour quirja Fontaine-

moi H'éveilléo, c'est-à-dire des gens que je vois, car M. de Derry et M'"« sa femme éloient à la messe avant sept lieures. J'ai trouvé sur le degré Mi^i'' de Maillebois en habit de cheval, suivie d'un petit laquais et qui me paroissoit encore endormie : elle m'a refusé le salut, ne me voyant pas. Notre duchesse ne fut pas oubliée hier au dîner; il me sendjle qu'il fut moins gai, et c'est sans doute son absence. M""" deDangeau et M""" de Lévis sont parties ce matin pour Paris ; le projet est d'aller fort vite et d'arriver assez à temps pour dîner. J'ai gagé qu'elles iront doucement, arriveront tard, mourant de faim et toute leur famille ayant diné. M'"" d'O s'en va à Paris voir sa fille : elle passe par Yillars. La petite nièce vient seule avec moi, et la vraie nièce en aura un moment de jalousie. Le siège avance et tout le monde croit qu'il finira avec le mois. M. le cardinal deNoailles a demandé qu'on relardât de huit jours l'assemblée; le Hoi ne l'a pas voulu. Je n'ai point compris pourquoi M. le cardinal le désiroiL 11 s'est répandu un bruit que le Roi avoit fait dire au cardinal d'Estrées qu'il ne vouloit pas qu'il fût de l'assemblée ; j'ai nié le fait. J'ai demandé à M. d'Antin une petite mu- ' sique pour ce soir; il me répondit qu'il obéiroit, mais qu'il n'auroit jamais osé en avoir une sans ordre, ni même la proposer. Les gens timides me font pitié.

A qui laites-vous les honneurs de votre château? Avezvous des visites? Je vous croyois tout seuls. Pourquoi ne me dites-vous pas un mot de vos bœufs? Je regretterois la vie si je pouvois être une dame de campagne. Embrassez ma chère nièce; je l'aime dans l'attitude où elle est : une grande dame dans son château avec son mari qui n'a pas toujours été campagnard et qui a servi dans son

bleau. On s'arrêta chez le duc d'Anliu à Pelil-Dourg. Le soir il y eut musique dans la chambre de M""' de Maintetion. L'assemblée du clergé s'ouvrit le IG octobre. Le sièt!:e dont il est qucsiiou est celui de Frihoui'g.

temps. Elle est toute pleine d'esprit, attachée à ses devoirs, s'occupant de bonnes œuvres; si j'osois, je dirois • et mettant des enfans au monde; mais je ne veux pas lui déplaire. Mes complimens à M™e de Châtillon, et pour vous, mon cher duc, mille amitiés.

Votre maître est en parfaite santé, et votre très-humble servante abattue d'avoir passé la nuit sans dormir par le grand bruit qu'on n fait de tous côtés.

A M- LA MARQUISE DE DA.\GEAU

Colloction Moriison, n" i2.

(Novembre 1713).

Trouvez bon, madame, que je répare l'aveuglement de la fortune, qui se déclara hier pour moi dans la seule dispute que je puisse jamais avoir avec vous'.

A M- LA PRINCESSE DES URSLVS

Musée briU Add". mss., n' 209i0.

Maily, le 20 novembre 1713.

Je n'ai point de lettre de vous, madame, mais vous en avez une de moi qui ne peut pourtant vous marquer 1 etonnement et l'affliction de ce qui se passe. Je laisse aux gens capables de faire les réflexions qui se présentent sur la conduite du Roi Catholique et sur les con-

gère^^^M^eTeïrrfn'''' ''' !»«'^«io"tés par une main élnu,-

rJo,:: , J^e!:r Se r :; r^^ ^^it. '^vS n- ^-^

« Il y eut loterie chez M-« de Maintenon, qui ea-na un fort iolî nf

Ti:\lZTi' '' ''"'"'"'" ' ''^' '' nang'eau 'qui n^oi r .'g !« • a la loterie; le présent étoit accompagné dun billet charmant .

séquences qu'elle peut avoir dans toute l'Europe; je me borne à votre intérêt particulier, madame, qui me fait autant souffrir présentement qu'il me donna de joie il y a huit jours : jamais surprise n'a été égale à celle de votre ami et à la mienne. Dieu veuille que vous raccommodiez tout ce que vous avez gâté M 11 m'est impossible de vous parler d'autre chose.

Rien ne se décide à Fribourg-, et les nouvelles de Marly ne m'occupent pas tant que ce qui se passe à Madrid. J'éprouve présentement très-douloureusement quel est l'attachement que j'ai pour vous, madame; rendez-moi Ihonneur et la joie qu'il m'avoit donnés depuis tant d'années.

A M-"^ LA PHLNCESSE DES IRSLNS.

Musée brit. Add. mss., n° 20 9^0.

Versailles, le 4 février 1714.

Il n'est pas étonnant, madame, que Madrid et toute l'Espagne soient en pleurs; mais il est surprenant qu'on puisse être aussi affligé que les honnéles gens le sont ici pour une princesse qu'on n'a jamais vue^. On envoie incessamment demander des nouvelles aux personnes qui en pourroient savoir, et une de mes femmes m'a dit ce matin, en revenant de la messe, qu'un laquais avoit couru à elle dans la chapelle pour lui dire, tout transporté de joie : « On dit que notre reine d'Espagne est

* On comprend qu'il s'agit de l'affaire de la souveraineté de M"* des Ursins et des retardcments que cette affaire apportait à la paix.

* On reçut le 22 à Marly la nouvelle de la capitulation de Fribourg.

^ La reine d'Espagne élait mourante; sa santé était depuis longtemps atteinte. Mariée à treize ans, elle mourait à vingt-cinq ans, elle avait eu quatre enfants, dont trois lui survivaient. Elle expira le 14 février 1714. La désolation fut générale en Espagne, où elle était adorée.

mieux ». Les lettres qu'on eu a reçues ont fait pleurer tous ceux qui les ont vues; je ne crois pas qu'on puisse avoir un spectacle plus attendrissant que celui dont vous avez été témoin. M. Fagon approuve le lait de fenune : mais, madame, je crains ce grand dégoût de la reine pour une nourriture assez dégoûtante par elle-même. M. le duc de Riclielieu s'est sauvé la vie par ce remédelà : il tétait deux grandes femmes bien faites, il y a bien quarante-cinq ans, et il en avoit presque autant; il vit encore. Si quel(jue cliose peut me faire espérer, c'est ce que vous me dites de la diminution des glandes de la reine, que je crois toujours son plus grand mal. M. Fagon croit comme vous que, si ses forces reviennent, il lui faut des bains chauds qui puissent fondre en dedans et en dehors. Que ne doit-on pas faire pour sauver une telle vie? Ft le roi n'aime-t-il pas mieux se séparer pour trois mois et pour six que de l'être pour toujours? L'idée d'un tel malheur doit faire regarder tout le reste comme trèssupportable. Je n'ai point le courage, madame, de vous parler d'autres choses, et je n'en ai pas même d'agréables à vous dire : la paix s'éloigne, la guerre approche, les affaires de l'Église s'aigrissent, celles d'Fspagne vont mal de tous côtés; la misère est grande ici; la reine d'Angleterre est pire que jamais, et le roi son fils sèche d'ennui. Nous n'avons rien de bon que la santé du Hoi et celle du Dauphin, qui est pourtant un peu enrhumé; et je suis toujours également à vous. Je ne pense pas, madame, que M. le maréchal de Villerov s'attende à une réponse dans l'état où vous êtes. Dieu veuille que vous soyez bientôt en état de la lem* faire!

— BIARS 1714. - 539

A M™'^ LA PRINCESSE DES URSINS

Musée brit. Add, mss., n» 20920.

Versailles, le 5 mars 1714.

J'ai toujours trouvé, madame, que la cour, que je n'ai jamais aimée, étoit très-bonne pour les afflictions; on y est forcé de s'oublier pour s'occuper des autres. Voilà votre présent, qui ne vous laissera guère à vous-même : il faut soutenir et amuser le roi, ce qui n'est pas toujours fort aisé ; il faut s'occuper de trois princes, et, ce qui est bien pire, de tout ce qui les environne. Vous entrerez dans toutes les affaires, et vous avez cinq ou six personnages à remplir; il y a de quoi suffoquer pour un esprit plus borné que le vôtre et une humeur aussi douce que vous l'avez reçue : rien n'est si glorieux, madame, que toute votre vie, qui va toujours croissant en honneurs et, ce qui est bien meilleur, en mérites.

Il est vrai que vous venez d'éprouver une terrible affliction, et que vous n'oublierez jamais ce que vous avez perdu; mais chaque jour adoucit de pareilles idées, surtout quand on est fort occupé. Je ne comprends point et on ne comprendra point ici que le roi ne veuille pas se faire la violence de retourner dans son palais : tout ne lui reirace-t-il pas également la perte qu'il a faite? On commence déjà à dire ici que vous voulez le tenir à la campagne, afin qu'il ne voie personne.

Je ne crois pas qu'il nous puisse rien arriver de meilleur que de vous voir auprès de ce prince; vous serez toujours Française, et portée à l'union des deux couronnes : si le Roi pensoit autrement, vous l'apprendriez par des gens plus importans que moi, car tout passe ici par les ministres.

Selon toutes les apparences, nous allons avoir la paix; et comme je ne suis pas destinée à la joie, je ne la sens

que par raison, les afAiires de M. le cardinal de Noailles jetant une grande amertume sur t(3ute ma vie, qui ne sera point assez longue pour en voir la fin. Votre ami', madame, vous écrit un mot, et aura bien de la joie de votre souvenir; il est toujours le même pour vous; et soit qu'il vous loue ou qu'il vous querelle, c'est le même principe qui le fait agir.

Le Roi a eu, depuis deux ou trois jours, un petit rhumatisme sur une cuisse, et un peu de sang extra vasô dans un œil, sans aucun mal : ni l'un ni l'autre ne l'a arrêté, et il s'en va dans ce moment à Marly, et de là à Saint-Germain, où la reine n'a pas voulu le recevoir plus tôt, parce qu'elle se trouvoit trop foible.

Le prince de Soubise épouse, à ce qu'on dit, la fille de M™*' la princesse d'Espinoy. La fille de W"" de Roquelaure a épousé le fils aîné de M. le comte de Marsan. Je crois que tout cela vous est assez indifl'érent.

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