‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 80 sur 98 · AU ROI D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

AU ROI D'ANGLETERRE

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI, p. 'jol.

12 mars 1714.

V. M. n'aura pas de peine à croire que je n'ai pu avoir l'honneur de Lui écrire puisque je ne l'ai pas fait. Il y a huit jours que je suis dans une grande foiblesse qui m'empêche d'aller à Saint-Germain. C'est une grande peine pour moi de ne pouvoir redoubler mes soins auprès de la reine dans un temps où elle est dénuée de toute consolation*; mais il paroît que Dieu la veut ainsi.

• Le maréchal de Villeroy.

* Une des conditions de la paix d'Utrechf avait été l'abandon par la France du prétendant Jacques III, qui avait quitté, pour se réfugier en Lorraine, Saint-Gemiain où la reine sa mère était restée.

V. M. vient pourtant de lui en donner une par la lettre qu'elle a écrite au Roi, qui certainement est au dessus de tout ce qu'on peut ditT. Rien loin d'avoir à y suppléer, je voudrois de tout mon cœur qu'elle fut publique; elle augmenteroit encore le zèle et l'estime qu'on a pour V. M. Celle dont Elle a voulu m'honorer me comble de joie ; j'ose dire que je mérite la continuation de î:es bontés par l'ardent et sincère attachement que j'ai pour ce qui Lui est le plus cher et pour V. M. Nous la reveiTons rétablie, sire, et alors les malheurs de sa jeunesse lui tourneront à bien. Je suis avec le profond respect que je dois à V. M., sire, la tiés-humble et obéissante servante.

A M. LE DUC DE NOAILLES

Manuscrits De Moucliy, UI.Tl.

Saint-Cyr, 4 avril (1714).

Je ne crois pas que le Roi fasse rien de nouveau sur les ducs». Je vous conjure de ne pas paroître dans cette alTaire-là que le moins que vous pourrez. Vous êtes des plus jeunes, laissez faire les anciens. Vous savez combien le roi hait ces sortes d'embarras : vous êtes ti^és-bien avec lui, n'allez pas lui donner lieu de croire que vous m'excitez et que vous voulez me faire entrer dans vos sentimens. Si je ne me vante pas de la lettre, à quoi servirat-elle? Si je la montre, je vous commets et rends un mauvais office à tout le corps, car on n'aime point qu'on s'adresse à personne. Je vous garderai le secret. Je ne vous dirai pas un mot de ma santé parce que vous ne me parlez

* Il s'agissait d'une querelle de préséance entre les ducs et les membres du parlement. C'est cette fameuse affaire du Bonnet qui passionna si ardemment Saint-Simon. Il en donne tout le détail tome XI, chap. i et n.

342 LETTRES DE M"' DE MAlNTENON.

pas de la vôtre. Je n'arriverai que tard chez moi, pour éviter une couple de parentes qui me galopent.

A M. LE CARDINAL DE >OAiLLES.

Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VI, p. 06.

27 avril 171 i.

C'est une expression de ma peine, monseigneur, qui m'a fait vous demander si vous vonliez miner le Roi, car je suis persuadée que vous voudriez prolonger ses jours. Je n'ai rien à dire sur le reste de votre lettre ; mon ignorance et mon respect pour vous m'empêchent d'y répondre ; je ne puis que prier Dieu d'éclairer ceux qui sont prévenus; mais, monseigneur, vous avez l'avis du pape et de bien des évéques contre vous, et c'est en ce cas-là que le nôtre nous peut être suspect. Je n'en voulois pas tant dire. Je suis, avec le respect que je vous dois, monseigneur, etc.

AU KOI D'ESPAGNE.

Aiilojraplic aux Archives d'A'.cala. IncJile '.

(Fin avril 1714).

Sire, j'ai rendu au Roi le paquet que V. M. m'a fait l'honneur de me confier et de m'adresser. Il a été lu avec l'attention qu'il mérite, et V. M. doit être persuadée que le Roi son grand-pére n'a point d'autre intention que de faire tout ce qu'KUe croit lui être le plus utile et le plus agréable. Mais, Sire, il est difficile de j)rendre des justes mesures de si loin et v avant tant de personnes entre Vos Majestés. Le Roi ne me charge point de la réponse; mais j'ai cru devoir dire à V. M. que je me suis acquittée de ses

* Communiquée par M. AHivU Daudrillurt.

— MAI 171 i. —

ordres, et qu'EUe me rend justice quand Elle me regarde comme très attachée à Elle. Plût à Dieu pouvoir lui prouver cette vérité par mes services. 11 est vrai, sire, que je considère M. le marquis de Drancas*. Il passe pour un honune d'honneur, de courage et de piété. II a une fortune très disproportionnée de sa naissance, et ces raisonslà m'ont portée à m'intéresser à lui. Du reste, je le connois tiès peu. 11 n'a presque jamais été à la cour. On ne le croiroit pas capable ici d'entrer dans une mauvaise action, et il peut, Sire, avoir des ennemis qui lui ont rendu peu de justice auprès de V. M. Dieu veuille l'éclairer sur tout, la bénir dans toutes ses intentions, la consoler dans l'affliction qu'il a voulu lui envoyer, lui conserver ces trois princes, affermir les liaisons avec le Roi son grand-père, et lui donner du repos dans un royaume qui lui a tant coûté! Elle y verra bientôt un très honnête [homme] dans la personne du maréchal de Rerwick. Il est très estimé en ce pays-ici. J'abuse de V. M. Je voudrois lui parler de tout par un zèle bien sincère et bien désintéressé, avec lequel je suis aussi respectueusement que je le dois de V. M. la très humble et très obéissante servante.

A M'"^ Lk PULNCESSE DES LRSLNS.

Musée brit. Add. inss., n'-209:£0.

Mailv, le 2 mai 1714.

;(ne comprends point, madame, pourquoi vous recevez deux de mes lettres à la fois, car rien n'est plus réglé que d'avoir l'honneur de vous écrire tous les huit jours

» Le marquis de Rrancas, aml)assadeur du Roi à Madrid après Araelot, s'était trouvé en opposition avec la princesse des Ursins, et Ion avait dû le rappeler. La leUre de M--^ de Maintenon montre que c'était à Versailles un nouveau sujet de méconlenlemcnt contre la princesse.

5i4 LETTRES DE M" DE MAINTENON.

par l'ordinaire. J'ai eu celui de vous dire bien des fois que je ne sais jamais quand les courriers partent. Et pourquoi m'en avertiroit-on, puisque je ne sais ni les choses dont ils sont chargés ni celles qu'ils rapportent? Vous ne me croyez donc point, madame, quand je vous dis que je n'entre dans aucune affaire, et qu'on auroit autant d'éloignement pour me les communiquer que j'ai de répugnance à les entendre? Jai toujours été la même là-dessus. J'étois certainement bien affligée à l'hôtel d'Albret quand un courtisan venoit m'entretenir télé à tête et que je vous enlendois rire avec M"'"** d'Albret, de Pons et de Martel'. Vous ne pouvez, madame, donner plus de louanges au roi d'Espagne que tous ceux qui en reviennent lui en donnent. On dit que c'est un très-honnête homme, rempli de justice, de bonté et d'humanité, que c'est un saint, qu'il entend pu-faitement les affaires générales et les siennes particulières, qu'il est timide, particulier, un peu incertain, et n'ayant pas assez bonne opinion de lui-même. Voiln, madame, le véritable portrait qu'on nous en fait, qui a tant de rapport à ce que nous avons vu que nous ne pouvons presque en douter. Du reste, les honnêtes gens ont pour lui la tendresse que les François ont pour le sang de leur maître. Je sais, madame, mieux que personne l'intention que vous avez toujours eue d'unir les deux rois et les deux nations. J'ai toujours cru le premier article très-possible, et même qu'il seroit difficile qu'ils ne s'aimassent pas toujours. Je n'ai pas pensé de même sur l'autre, et je n'ai jamais cru qu'il fût aisé d'unir deux nations naturellement opposées l'une à l'autre, et toutes deux assez tières pour vouloir garder leurs coutumes.

Vous avez raison, madame, de dire que je tomberois de mon haut si je sa vois que M. de Brancas a dit qu'il

» Souvenir de sa jounosse, aloi-s qu'elle et la princesse des Ursins M"" de Chalais) se rencontraient chez le maréchal d'Albret.

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