MAI IT
vous feroit sortir d'Espagne, et que le Roi vous en feroit enlever par cinq cents chevaux. J'ose vous dire qu'il n'est pas croyable que vous ayez ajouté foi à un discours si insensé^ et qui ne peut être fait par un homme qui sait fort bien que le Roi n'enverra pas cinq cents chevaux à Madrid pour vous prendi^e. Je crois que le Roi n'a jamais douté que le roi son petit-fils ne vous renvoyât s'il le lui demandoit bien instamment, ni que vous ne sortissiez d'Espagne s'il vous l'ordonnoit connue votre Roi. U n'a point été surpris des assurances nouvelles que vous m'en donnez dans votre dernière lettre, et je crois que vous êtes bien éloignée de le croire capable de telles violences contre une personne qui mérite par toutes sortes d'endroits tant de considération. M. de Brancas prétend que tout son crime consiste à avoir déclaré aux Espagnols que ce n'étoit point le Roi qui avoit envoyé Orry pour gouverner, qu'il n'est point regardé dans ce pays-ci comme capable d'un tel personnage. Je vous parle d'autant plus hardiment sur M. de Brancas que c'est sans aucun dessein ni intérêt, qu'il est rappelé, et que c'est
une affaire finie.
Je n'ai jamais compris que vous songeassiez à une retraite; et quand j'ai voulu cliercher les raisons que vous aviez pour en vouloir une, j'ai soupçonné que vous envisagiez la mort de la reine, qui étoit le seul cas qui pouvoit vous rebuter du personnage que vous faites. Du reste, madame, j'ai toujours connu votre désintéressement, et, si on l'osoit dire d'une personne de votre naissance, votre pauvreté; je ne vous crois pas sans gloire : mais je vous crois sans bien, ou du moins est-il fort disproportionné de -e que vous êtes; c'est une des simplicités dont on m'accuse. Il est impossible que vous n'avez essuyé bien des chagrins dans la place où vous êtes, et qu'on ne se prenne à vous de bien des choses que vous ne faites peut-être pas; mais encore une fois.
madame, comment peut-on l'éviter, ayant à faire à tant d'esprits différens? Noms trouvons l'Espagne assez mal gouvernée, qu'on y change souvent de résolutions, qu'on n'y ménage point assez les Espagnols, que vous ne deviez point mettre Orry dans la grande place où il est. Vous pensez à peu prés les mêmes choses de nous; tout ce qui pourroit se dire là-dessus seroit sans fm, mais inutile*. Vous savez présentement que la paix de l'Espagne avec la Hollande est le point qui retient tout. Vous avez parfaitement bien fait d'envoyer un homme d'importance qui parlera directement au Hoi. On comprend ici parfaitement l'importance du siège de Barcelone, mais encore plus celle de la paix avec les llollandois.» Je n'ai point de peines particulières à vous annoncer, mais assez d'expérience pour savoir qu'on en a beaucoup dans les grandes places, et que vous ne pouvez les éviter dans l'état présent, où l'on pense si différemment. Notre étonnement est grand (juand vous mandez que vous ne pouvez comprendre ce qui retarde le voyage de M. de Berwick et que nous prétendons que c'est vous qui l'avez refusé. 11 ne demandoit pas mieux que de partir, sans autre vue que le siège de Barcelone. Je vous écris, madame, dans l'inquiétude d'une maladie très-violente de M. le duc de Ben-y, et dont il n'est point encore hors de danger. Il est à Marly, et M™« sa femme à Versailles, à cause de sa grossesse; il n'est malade que d'avant-hier : il a été saigné trois fois, a pris beaucoup d'émétique, et s'est confessé*.
Vous voulez donc que je vous écrive toujours; et pourquoi, madame, le voulez- vous, ne pouvant parler
* Nous avons déjà dit qu'on n'a jioint les lettres de M"'= des li-sins de ces années-ci, et qu'elles luient sans doute (l('lrtnt<»s jtar M"" de Mainfenon. Cela est d'autant plus regrettable qu'elles devaient être singuliéienient vives et passiomiées, à en juger par la manière dont y répond M"» de Mainlenon.
- Le duc de Derry mourut le vendredi 4 mai.
des affaires sérieuses, et n'ayant pas le courage de vous mander les simples nouvelles? car pour les traits de gaieté, je n'en suis plus capable.
Le respect qu'on doit au roi d'Espagne m'a fait consentir que je reçusse la lettre dont il m'a honorée par les mains de M. le cardinal del Giudice : je crois que c'est la seule fois que nous nous verrons. Je vous réponds, madame, par la même voie que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; votre lettre est triste, et malgré ce merveilleux personnage, vous me faites grande pitié.
A M"'^ LA PRINCESSE DES URSINS
Musée brit. Add. mss., n"i0 9^0,
Marly, le 9 juin 1714.
Je n'ai point encore reçu, madame, la lettre que j'attends de vous par l'oidinaire. Je réponds présentement à celle que m'a apportée M. le prince de Chalais; il l'a fait passer par M. de Caylus, à qui il a rendu visite. J'aurois reçu la sienne bien volontiers, madame, si j'étois maîtresse de ma conduite; mais il faut ici éviter avec soin tous ceux qui sont dans les affaires, tant pour ne leur point nuire que pour ne se pas nuire à soi-même. Je suis même plus propre qu'une autre à faire des imprudences par ma franchise naturelle; et si la politique consiste dans la dissimulation, il est certain que je n'y suis pas propre. Il faut que je m'en tienne à vous, madame, (pii souffrez tout ce que je prends la liberté de vous dire, parce que vous connoissez parfaitement mes
intentions.
Poui'cjuoi avez-vous tant tait attendre le consentement de la paix avec la Hollande'.' Barcelone seroit présentement à vous, et il n'y auroil point de mécontentement
madame, comment peut-on Téviler, ayant à faire à tant d'esprits différens? Nous trouvons l'Espagne assez mal gouvernée, qu'on y change souvent de résolutions, qu'on n'y ménage point assez les Espagnols, que vous ne deviez point mettre Orry dans la grande place où il est. Vous pensez à peu prés les mêmes choses de nous; tout ce qui pourroit se dire là-dessus seroit sans fin, mais inutile*. Vous savez présentement que la paix de l'Espagne avec la Hollande est le point qui retient tout. Vous avez parfaitement bien fait d'envoyer un homme d'importance qui parlera directement au Roi. On comprend ici parfaitement l'importance du siège de Barcelone, mais encore plus celle de la paix avec les Ilollandois.' Je n'ai point de peines particulières à vous annoncer, mais assez d'expérience pour savoir qu'on en a beaucoup dans les grandes places, et que vous ne pouvez les éviter dans l'état présent, où l'on pense si différennnent. Notre étonncmcnt est grand (juand vous mandez que vous ne pouvez comprendre ce qui retarde le voyage de M. de Berwick et (|uc nous prétendons que c'est vous qui l'avez refusé. 11 ne demandoit pas mieux que de partir, sans autre vue que le siège de Barcelone. Je vous écris, madame, dans l'inquiétude d'une maladie très-violente de M. le duc de Ben-y, et dont il n'est point encore hors de danger. Il est à Marlv, et M™*" sa femme à Versailles, à cause de sa grossesse; il n'est malade que d'avant-hier : il a été saigné trois fois, a pris beaucoup d'émétique, et s'est confessé*.
Vous voulez donc que je vous écrive toujours; et pourquoi, madame, le voulez-vous, ne pouvant parler
* Nous avons déjà dit qu'on n'a ï>oint les lettres de M"'' des Uisins de ces années-ci, et qu'elles luient sans doute détruites pyr M"* de Maintenon. Cela est d'autant plus regrettable qu'elles devaient être singulièrement vives et passionnées, à en juger par la manière dont y répond M"' de Maintenon.
* Le duc de Berrv mourut le vendredi 4 mai.
des affaires sérieuses, et n'ayant pas le courage de vous mander les simples nouvelles? car pour les traits de gaieté, je n'en suis plus capable.
Le respect qu'on doit au roi d'Espagne m'a fait consentir que je reçusse la lettre dont il m'a honorée par les mains de M. le cardinal del Giudice : je crois que c'est la seule fois que nous nous verrons. Je vous réponds, madame, par la même voie que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; votre lettre est triste, et malgré ce merveilleux personnage, vous me faites grande pitié.
A M"^ LA PRINCESSE DES LRSLNS
Musée brit, Add. iiiss., w ;20 9iO.
Marly, le 9 juin 1714.
Je n'ai point encore reçu, madame, la lettre que j'attends de vous par l'ordinaire. Je réponds présentement à celle que m'a apportée M. le prince de Chalais; il l'a fait passer par M. de Caylus, à qui il a rendu visite. J'aurois reçu la sienne bien volontiers, madame, si j'étois maîtresse de ma conduite; mais il faut ici éviter avec soin tous ceux (jui sont dans les affaires, tant pour ne leur point nuire que pour ne se pas nuire à soi-même. Je suis même plus propre qu'une autre à faire des imprudences par ma franchise naturelle; et si la politique consiste dans la dissimulation, il est certain que je n'y suis pas propre. Il faut que je m'en tienne à vous, madame, qui souffrez tout ce que je prends la liberté de vous dire, parce que vous connoissez parfaitement mes intentions.
Pounpioi avez-vous tant fait attendre le consentement de la paix avec la Hollande? Barcelone seroit présentement à vous, et il n'y auroit point de mécontentement
de part ol d'autre. Mais enfin, madame, le maiéclial de Berwick part dans huit jours, et j'espère qu'avec la grâce de Dieu il soumettra les rebelles. Il m'a paru qu il rompte faire un tour à Madrid, mais en simple courtisan, qui ne vous dira que ce que vous voudrez bien eiitendre. On ne peut vous refuser les louanges sur votre désintéressement, et vous avez toujours été si inticte là-dessus que c'est ce qui a le plus surpris quand on vous a vu vouloir quelque cliose pour vous. Quant à moi, j'ai compris qu'envisageant la mort de la reine, vous vouliez une retraite, et comme vous n'êtes point accoutumée à penser bassement, vous avez voulu une souveraineté : on prétend qu'elle étoit assurée si vous ne vous étiez point opiniâtrée à vouloir la garantie des Hollandois.
Nous sommes si éloignés de vous, madame, qu'il est impossible de concerter promptement avec vous; et si vous y ajoutez, de votre côté, de la lenteur et de l'incertitude, les affaires n'iront pas bien vite.
il est vrai que la mission de M. de Chalais a paru très extraordinaire : il arrive pour ne dire mol, avouant pourtant qu'il est envoyé; mais il est inutile de repasser ainsi sur tout ce qui est passé*, lime paroît que vous ne doutez pas que je voie M. le prince de Chalais : il est vrai
i la mission du prince de Chalais, neveu de la princesse des Vrsins et atlaclié à la cour d'Espagne, était de solliciter rat.probalion du Uoi pour le mariage du roi d'Espagne qui se négociait alors à Panne. La reine Marie-Louise, celle que le'pe"I'le dEspagne appelait la Savojarda el dont, bien des années après, lors de son ambassade. Saint-Simon trouvait encore la mémoire adorée, était morte le 14 février 17 li. Dans le court intervalle de temps écoule depuis lor« M-" des l'rsins avait si bien enfermé le faible roi, que le bruit coin'ut qu elle aspirait à jouer prés de lui le rùlo de M- de Maintenon Elle avait soixante-douze ans et le roi en avait trente. Ceci dépassait son habileté; elle s'en aperçut et se résolut à marier ellenirme le roi d'Espagne, espérant que la princesse cpi elle aurait choisie lui serait reconnaiss:inte. Guidée par Albcroni. qui, après a mort du duc de Vendôme, était resté en Espagne, elle arrêta le choix royal sur la princesse Elisabeth de Parme.
— JILN 1714. —
qu'il ne devoit pas être mis au nombre des étrangers, et les Espagnols mêmes ne devroient pas être regardés de nous sur ce pied-là. Vous ne voulez j)as entendre qu'on ne veut point ici que qui que ce soit entre dans les affaires, excepté les ministres, que mon inclination s'accommode parfaitement avec cet ordre-là, et que je suis d'une caducité et d'une santé à ne pouvoir plus rien faire ni rien entendre. M'"»^ de Caylus le trouve aussi mauvais que vous, madame, el voudroit que M. le prince de Chalais eût été excepté. Elle en a reçu une visite qui lui a fait grand honneur et beaucoup de plaisir, par les assurances qu'il lui a données de la continuation de vos bontés. Au resie, vous seriez bien contente de moi sur ce qui la regarde, et je conviens avec vous, madame, que c'est une des plus raisonnables femmes que nous ayons ici. Elle a un peu changé ses idées sur un chapitre qui m'éloignoit d'elle, et d'ailleurs son commerce est si agréable que, sans compter la parenté, je ne pouirois m'empêcher de la distinguer. Elle prendra la liberté de vous recommander son beau-frère, pour lequel M. de Chalais l'a assurée que vous aviez de bonnes intentions, et les intentions chez vous, madame, sont suivies d'effets. Elle envoie son second fils à Barcelone, qui pourra bien demeurer quelque tem])s avec son oncle.
J'ai l'honneur de vous écrire avec un grand désordre et à mesure que les choses me viennent dans l'esprit, assez abattue par les continuelles incommodités que j'ai et une petite lièvre qui me consume, sans pourtant nrarhever.
.le ne doute point, madame, que le Hoi ne pense ce qu'il doit penser sur l'abandon que vous faites de vos intérêts; mais vous ne devez pas douter aussi qu'il n'ait voulu mieux que personne que vous eussiez une souveraineté, et ainsi il est vraisemblable qu'il fera tout ce qui lui sera possible pour l'obtenir. Quelque grande
-50 I.F.TTIIES DE M"" DE M.MNTENON.
idée que j'aie de votre place, je comprends que vous voudHoz avoir une retraite assurée. Après cela, on demeure plus IranquiUemenl où Ton est Le maréchal de Villeroy est à ViUeroy avec la goutte 11 y a qiH|lque nPlile sédition à Lyon par rapport à quelques mpots; il nW a pas d'apparence qu'elle puisse avoir de suites. M- la dueliessc d'Orléans est grosse, et M- sa fille se porte fort bien. Nous partons demain pour Rambouillet. Ma seule consolation dans des mouvcmens qui me conviennent si peu est de voir que le Roi en ait la force. Il se porte à merveille.
Jl'IN 17U. —
La lettre nui suit fait partie d'.n. dossier de quarante lettres p„b i ^Idail /. Conespondant de décembre 1859 par M. to.sset et dont les originaux appartenaient alors a M. le comi, de Vvrolle. Elles sont adressées à l'abbé Langue de (.erg^^ curé de Saint-Sulpice à Paris, frère de l'évèque Languet do Zjli^.r des curieux Mémoires sur M»» de Maintenon q. nous avons si souvent cités. La paroisse de f»'» -«"'P"^^ J. 1 une grande importance au dix-sepfeme s.e dans his^o de rPWise de France et des œuvres de chante a Paris, teniu d'un a artier alors très pauvre et très populeux, et dans lequel fa f"m e oi de Saint-Germain entretenait un oyer de desordrTt" de libertinage, elle offrait au zèle apostoliquede qi. s'exercer Elle eut alors pour curés des hommes vertueux e dénués Ce fut d'abord l'abbé Olier, l'ami de saint Vincent d. Îaùîe fondateur du séminaire Saiut-Sulpice. 11 avait reun. ;. Ses de sa paraisse en une communauté dont taisait par,,, [•abbé GodeTdes Marais lorsque M"= de Maintenon le choisit po ir son d recteur Idet des Marais, devenu évêque de Chartres res a •ami delà communauté, et par lui M-deMain,enon devint.ou sulD cienne. .\près la mort de l'évèque de Chartres, elle ac on sulpicienne. ap successivement occupèrent
H r^Sn^Î^Ï^s l'abbé Olier : MM. de la Chét..
i r pf ï Vn^uet de (e.L'V. De la correspondance qu'elle dut en-
; t i aT ni o^^i retrouvé que les quarante lettres ap-
^^nt aux années 1714.1715. Les agitâtes qm^^^^
alors l'Église et le soin des œuvres pieuses en forment 1 inte.ei
principal, mais non pas unique, et l'on voit, par exemple, M-"* de Maintenon chercher à s'informer par le curé de Saint- Sulpice, dont les relations étaient considérables, des nouvelles et des bruits qui circulaient à Paris et de l'état de l'opinion On sait de plus que M™" de Maintenon favorisait hautemert celte réforme du clergé dont l'abbé Olier avait été le promoteur, dont le séminaire de Saint-Sulpice était le foyer, et qui opposait un clergé savant et pieux, mais recruté souvent dans les classes inférieures de la société, au clergé aristocratique, dont la naissance faisait trop souvent tout le mérité C'est un des grands griefs de Saint-Simon contre l'innuence de M'"" de Maintenon. Voir notre Introduction.
A M. L'ARBÉ LANGUET DE GERGY, CtHÉ DE SAINT-SULHCE.
Lettre publiée dans le Correspondant, décemhro 18o9.
A Marly, ce 24 juin 1714.
Je voudrois bien, monsiour, vous avoir fait curé do Saint-Sulpico, car j'espércrois quoique part au bien que Dieu y va faire par vous. J'y prendrois un intérêt particulier, et j'espère que votre saint prédécesseur* vous répoudra de l'estime qu'il m'a inspirée pour votre personne et de mou attachement pour Saint-Sulpice. Que nous serions heureux, monsieur, si la maladie ne nous coiitoit que sa démission, et qu'il pût vivre encore quelque temps pour l'Église et pour ses amis ! 11 est juste qu'il se repose et que vous travailliez. Je vous supplie de me mander la vérité sur son état : les uns me disent qu'il se meurt, les autres qu'il peut encore aller loin. Souffre-t-il ? ne peut-il plus écrire? Vous voyez, monsieur, que je vous écris sans façon. Je vous supplie d'eu user de même et de m'écrira.
* L'abbé de la Cliélardie, qui mourut \)m do jours après..
A M""= U PlUNCESSE DES IRSINS.
Musée brit. Add. msa., ii*20Ui!>.
Marly, le 0 juillet 1714.
Je vous dis vrai, madame, en vous assurant que je ne suis point maîtresse de ma conduite dans ce qui a rapport aux affaires, et vous me diles vrai quand vous crovez que je ne les aime pas, et que je me retire le plus qu'il est possible. Si vous me voyiez, madame, vous conviendriez que je fais bien de me cacher; je ne vois presque plus, j'entends encore plus mal;\)n ne m'entend plus, parce que la prononciation s'en est allée avec les dents ; la mémoire commence à s'égarer, je ne me souviens plus des noms propres, je confonds tous les temps; et nos malheurs, joints à mon âge, me font pleurer comme toutes les vieilles que vous avez vues K Jugez, madame, si, dans cet état, on a grande envie de se produire, et si on n'a pas raison de se trouver malheureuse d'être sur le théâtre, et un théâtre qui court depuis le matin jusqu'au soir. Mais après tout cela, madame, j'aurois été ravie de voir M. de Chalais, et de parler du roi Catholique, que j'aime tendrement et très désintéressement. Crovez-vous, madame, que je n'eusse pas ete bien aise de savoir ce que vous liiites depuis le matin jusqu'au soir et toutes les particularités de votre aimable cour? On n'auroit point voulu croire ([ue je m'en fusse tenue là, et il n'y a personne qui n'eût raconté nos conversations. Je ne me sens pas si pressée de voir M. le
t M»<= des Ursins répondait : « Le portrait que vous me faites de vous, madame, n'est pas trop rempli de vanité, mais il ne le nul pas prendre au pied de la lettre; vous entendez ce qui vous plail. vous vovez ce qui ne vous déplaît pas. vous vous expliquez ou vous vus tai-^z, selon que vous le jutiez à propos, et Je lai si ^ou\oui éprouvé que ce seroit ma laute si je n'en étois convaincue ». (Letlie du 20 juillet 1714; Dossange, t. IV, p. 455.^
cardinal del Giudice, car tout le monde tombe d'accoi'd qu'il parle très mal François.
Notre commerce ne seroit pas fade assurément, si nous nous disions tout ce que nous pensons : j'attendrois peu de louanges pour nous, et vous entendriez bien des blâmes sur la solitude dans laquelle vous retenez le roi Catholique, et sur l'exclusion que vous donnez à toute une nation qui n'a jamais paru être sans aucun mérite; mais à quoi serviroient toutes ces disputes?
Oui, madame, je m'informe de temps en temps de votre souveraineté \ et l'on me répond que l'empereur n'en veut pas entendre parler; mais j'espère, madame, que la conquête de Barcelone le rendra plus traitable, et que nous verrons la paix de tous côtés. Notre maréchal de Villeroy est encore à Lyon, où il apaise tout; je crois qu'il reviendra bientôt. J'ai bien de la joie, madame, de l'approbation que vous donnez à l'abbé de Mornay : il est très-honnête homme, propre aux affaires, et d'un esprit fort doux. M. le cardinal de Janson, qui l'a voit mené à Home, m'a dit de grands biens de lui; mais il me semble qu'il n'aura guère de choses à démêler avec vous.
Vous aurez appris le changement de nos chanceliers '. Celui-ci est fort de mes amis; c'est une bonne tête, et homme plein d'honneur et de droiture; il est moins vif que son prédécesseur.
On dit que M""* la duchesse de Berry viendra ici au premier jour, et qu'elle est tiès-ren fermée avec trois ou quatre jeunes femmes : elle voit, les soirs, les gens de
* M™« des l'rsins avait renoncé à exiger du roi d'Espagne que l'acquisition d'une souveraineté pour elle tût une des conditions de la paix, mais sans abandonner cependant l'espoir de l'obtcMiir. L'eml'ore.a* était le seul souverain qui n'eût pas encore acquiescé à la paix qui se négociait à Ulrecht.
^ l'onlcliartrain avait demandé à prendre sa retraite et était remplacé par Voysin, qui, déjà secrétaire d'État pour la guerre, cumulait les deux emplois.
354 LETTRES DE M'» DE MAiNTENON.
sa maison; elle vieiuli'a à Fontainebleau, où l'on dit qu'elle projette de vivre dans une grande solitude. On ne parle ici que de chasses; tous nos princes ne font autiv chose, elle Koi y va aussi souvent que ses affaires le lui peuvent permettVe : il est en bonne santé, le Dauphni
aussi.
M™*" de Caylus est bien sensible et bien reconnoissante de toutes vos bontés pour elle et polir les siens. On me dit hier au soir que le duc de Richemond, passant sur le Pont-Neuf, avoit reçu un coup d'épée au travers du corps: on ne sait encore ce que c'est*; mais je sais fort bien, madame, que je suis entièrement à vous. J'espère que M. d'Aubigny' vous désabusera de bien des choses; il est bien instruit et passe pour avoir beaucoup de sens el d'esprit.