‹ Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique [microform]: choix de ses lettres et entretiensChapitre 83 sur 98 · A M. LANGUET DE GERGY, CURÉ DE SAINT-SULPICE · texte numérisé non relu

A M. LANGUET DE GERGY, CURÉ DE SAINT-SULPICE

Lettre publiée dans le Correspondant., déceiiibre ISo'J.

24 février 1715.

Je viens, monsieur, de recevoir votre lettre du 21. Je me doutois bien que vous seriez content du Roi. H ne se peut rien ajouter à sa bonté. Il a beaucoup d'estime pour vous. Sa religion n'est pas extérieure, et, quoi qu'il arrive, il

* Le maréchal de Montrevel coinniandait en Guvenne.

vivra et mourra catholique, apostolique et romain. Vous me ferez toujours plaisir, monsieur, de me faire part de ce qui vous reviendra, j'espère (|ue je ne vous commettrai pas. M. le duc d'Orléans est désespéré du retour de M""' des Ursins. Il veut aller à Paris parce qu'il craint que, s'il la trou voit sur son chemin, il ne fût pas assez maître de lui pour s'empêcher de lui faire une insulte, ce qui seroit terrihle dans la maison du Roi^ Ce prince est très mal conseillé. 11 me regarde comme son ennemie mortelle, et croit que c'est moi qui ai ohtenu que M'"' des Irsins vint ici. rie|)endant je travaille à empêcher quelle ne couche à Versailles et à la faire sortir de France le plus tôt qu'il se pourra, ('/est ainsi qu'on se trompe souvent.

Vous avez, monsieur, une grande honte pour la maison

* Le roi d'Espa|,'iie vcnail de se réconcilier avec le duc dOrléans; les intrigues qui avaient un instant enveloppé ce prince dans une conspiration contre Pliilippe V pouvaient lacilenient s'oublier, et le roi d'Es]»ay;ne, solidement rélaldi sur son trône, avait tout intérêt à ne plus compter connue ennemi un prince cpii, d'un jour à l'autre, pouvait se trouver liégent de France. La réconciliation se lit aux dépens de M"" des Ursins. riiili]»pe Y, cpii n'était jilus entouré (pie des ennemis de celle (pii l'avait si lonfîtemps dominé, déclara cpie les accusations qui avaient éié portées contie le duc d'Orléans n'étaient que jmres calonmies; qu'il avait été indignement tromp»': et le duc d'Orléans, de son côté, i>our entrer dans son rôle, lit j^raiid bruit de sa colère contre M"" des Ursins. Personne ne la délendail; 6 la cour de France on ne soubaitait que son départ : on lui lil défense de se trouver dans aucun lieu où elle put rencontrer le dm; ou la ducliesse d'Orléans. Elle parut une fois à Versailles, y vit courtementle Roi et M™* de Maintenon; elle obtint, en remettant ses jiensions, un don de 40 000 livres de rente. Après avoir erré quelque temps et s'être arrêtée à (Jênes, elle vint linir ses jours à Ronio, dont elle s'était vu d'abord refuser le séjour. Dans cette patrie des exilés, elle retrouva les Stuarts, le prétendant Jac(jues 111 et la reine sa mère; elle s'atlaclia à eux et les gouverna. « Triste ressource, dit Saint-Simon; niais enlin c'était une idée de cour et un fumet «l'affairés 1 » Elle mourut en 172*2, à quatre-vingt-sept ans, ayant conseivé toute sa santé, sa force, son esprit, et toujours occupée du mondo. Il est curieux de conqiarer cette lin à celle de M"" de Maintenon tt de voir s'accuser jusqu'au bout le contraste des caractères.

de Saint-Cyr. Klle est présentement dans un grand éclat ; mais il viendra un jour (ju'elle aura grand hesoin de votre protection, et je vous la demande.

J'ai fort connu Saint-Joseph', quand M'"" de Montespan en prenoit soin (car, malgré ses désordres, elh^ aimoit h's honnes œuvres). Je ne crois pas qu'il n'y ait rien de mauvais. On y travaille heaucoup, ce qui est un grand préservatif. Je suis ravie du commerce que vous avez dans cette maison ; il me semhle qu'elle est en sûreté.

Il est vrai que Rome jusques ici ne veut point de concile. Le parti- paroît le craindre fort. M. le cardinal et ses ailhérens paroisseni toiijoiu's plus opiniâtres.

(Jue pourroit mon iidérét auprès de M. le cardinal, j)uisqu'il résiste au Roi son maître, son hienfaiteur, prévenu d'estime et d'inclination pour lui, qui a tout employé pour le litire revenir, jusciu'à ses larmes et à ses conjurations à la mort de nos princes? Il a résisté à tout et s'en sait hon gré. H est sans cesse encensé là-dessus. Il est certain qu'il abrégera les jours du Hoi, qui a le cœur serré entre la religion et les droits de son royaume. Rites tout ce qui vous plaira, monsieur, je ne vous désavouerai pas; mais je ci\)is que vous parlerez inutilement.

* Le couvent de Saint-Josepb. situé à Paris, était une communauté de femmes dont M""" de Montespan avait été la bienfaitrice, ti'est là qu'elle se retira après qu'elle eut délinitivement quitté la cour. On y élevait des jeunes lilles pauvres de moyenne condition auxquelles on donnait un métier; on faisait en particulier dans telte maison de très beaux ouvrages de tapisserie ou de broderie pour des ornements d'église ou des tentures. C'était ce qu'on apjielloiait dans notre temps une école professionnelle.

- Les Jansénistes.

50i LETTRES DE M- DE ^lAlNTENON.

A M. LANGLET DK GERGY, CURK DE SAIM-SLLPICE.

Lelti-e luiblioe dans le Currespondanl, (lôcenibrc 1850.

A Saint-Cyr, 24 mars 1715.

Vos lettros ne nrinip(»rluinMil jamais, iiioiisieur, je les reçois toujours avec plaisir et je les lis avec empressement. Je suis ravie d'être en commerce avec un saint, et il me semble qu'il rectifie Ions ceux que j'ai avec des gens qui ne sont pas des saints. Je ne puis pas toujours repondre aussi vile que je le voudrois, voilà la pure verite Je m'estimerois trop heureuse si jepouvois vous servir dans vos bonnes œuvres ; mais il est certam que les Jésuites gouvernent absolument, et qu'ainsi il faut, malgré qu'on en ait, compter avec eux. Le Koi me dit il y a deux ou trois jours, et avanl qu'il eût vu le père le Tellier, qu'il avoitordomié qu'on fitsur Sainte-Tliècle tout ce que vous demandiez. Vous voyez le succès de cet ordre-la : comment arriver à éclaircir tous les différens intérêts qui font agir ceux (pii s'en mêlent? M. le procureurgénéral a toujours élé très-opposé auxcmimunautes secu- Hères. 11 V a (juelques années qu'il fit là-dessus un trèsbeau mémoire qu'il présenta au Roi. Je ne laissai pas de prendre la liberté de le contrarier : il soutenoit les reri<-ieuses et attaquoit les communautés séculières, et il me'paroit qu'elles sont plus utiles et moins à charge que les couvens. Tant que les communautés n'ont point de lettres patentes, elles s'appliquent à l'œuvre qnon leur confie; dés qu'elles en ont, elles ne pensent plus qu'à acquérir, bâtir, s'accroître et faire de belles maisons. Quand elles ne font i.as bien, il est très facile de les séparer. Il n'en est pas de même des couvens, et il me semble qu'il n'y en a que trop. Je ne serois pas étonnée que M. le procureur-général vous eût manqué de parolo, Saint-Sulpice est plus estimé qu'aimé. On ne peut iv-

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