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prendre sa doctrine ni ses mœurs, c'est assez pour exciter l'envie. Je lirai pourtant votre lettre au Roi, parce qu'elle me paroît toute raisonnable. Ce ne sera pourtant pas sans l'avoir encore relue plus d'une fois, car il faut vous ménager avec le bon Père ^
Ce seroit un très-grand malheur que MM. des missions étrangères fussent véritablement Jansénistes, car ils confessent bien des gens et plus qu'on ne pourroit penser. Je découvris un jour que M. Tiberge dirigeoit M"'^ la princesse de Vaudeinont, qui étoit à Milan, et qu'il n'avoit jamais certainement connue en France, car elle en étoit j)artie bien jeune. Il seroit fort à désirer de savoir si M. Tiberge est l'auteur du Témoignage de la vérité^^, car, si cela étoit, je ne crois pas qu'il dût demeurer en paix au milieu de Paris, avec la liberté d'écrire tout ce qui plairoit à ces Messieurs.
Je suis véritablement bien afUigée de tout ce qui se passe dans l'Église. Quelque vieille que je sois, je crains de voir le désordre poussé à l'extrémité. Je prends d'ailleurs une grande part à vos peines et je ne puis presque vous donner aucun secours.
^ Le père le Tellier, Jésuite, confesseur de Louis XIY après le père de la Chaise.
- Ce livre, qui lit un bruit énorme, et qui l'ut censuré par rassemblée du clerjxé et supprimé par le i'arlement, était dirij^é contre la constitution Uniqenilus. Attribué d'abord à l'abbé Tiberj,^e, puis à Dusiiel, il était de l'oratorien la Borde, alors supérieur du séminaire Saint-Magloire de Paris, fort avant dans la confiance du cardinal de Noailles.
A M--^ m LA ROUZ[KRE, DAME DE SAINT-LOUIS.
BiliL liai. Mss. Fr. nouv. ac»|.. ii** 1158, - Manuscrits de Versailles. Lettres cdifhinles, t. VI, p. 651 .
Lundi, 6 mai (1715).
Je crois, ma clière fillo, qu'êtiv trop altachêe à son corps, c'est de craindre tiof) les incommodités, c'est de recherclier trop les commodités et les aises, c'est d'élro trop propre, c'est d'être aisément dégoûtée des autres, c'est de s'habiller avec trop de soin, c'est d'appréhendé)' trop le froid, le chaud, la fumée, la poussière, en un mot toutes les petites mortifications de piovidence ; c'est de désiier de coidenter ses sens, c'est de chercher le plaisir, être trop attachée à sa santé, c'est d'en prendre trop de soin, c'est de s'inquiéter sur les remèdes, c'est de s'occuper de tout ce que l'on croit de bon pour votre soulagement, c'est de raffiner sur ce que l'on désire ou sur ce que l'on craint ; c'est de s'examiner là-dessus avec trop de soin. Être trop attachée à son esprit, c'est de croire en avoir, et s'en savoir bon gré; c'est de vouloir laugmenter, c'est de le montrer, c'est de tourner la conversation selon notre goût, c'est de chercher celles qui ont le plus d'esprit, c'est de uiépriser celles à qui on n'en trouve point, c'est de parler avec affectation, c'est d'écrire de même.... Je suis obligée de finir, ma chère fille.
A M" LA PRINCESSE DES l HSINS.
Musée brit. Add. m.M., n" 20 î^iO.
Saint-Cyr, le 14 mai 1715.
Il est vrai, madame, qu'il y a longtemps que vous ne m'avez fait l'honneur de m'écrire; mais je n'en ai pas moins pensé à vous. Je n'en ai que trop de sujets, et.
quand il n'y auroit que M. le maréchal de Villeroy, il me seroit difficile de vous oublier. En vérité, madame, vous devez être charmée de lui, et M. le duc de Noirmoutier ne peut pas être plus occupé de vous que l'est ce véritable ami. 11 est vrai que, ne pouvant demeurer en France, je vous ai toujours souhaitée à Rome, et que je ne saurois croire que vous ne vous y attiriez une considération qu'il est impossible de vous refuser. Quelque persécution que vous souffriez du côté de la fortune, j'espère, madame, que votre courage, la raison, la douceur de votre sang vous rendront heureuse en quelque lieu que vous soyez, et malgré tous ceux qui voudront vous troubler. Je crains seulement pour vous les incommodités, et surtout les accidens qui pourroient menacer votre vue. Dieu est bon et ne vous donnera pas plus de peine que vous n'en pourrez porter.
Je ne fais plus que languir par une fièvre qui est très jH'tite, mais presque continuelle; j'ai duré assez longtemps. Je serai toute ma vie, madame, la plus respectueuse et la plus sincère de vos très humbles et très obéissantes servantes.