A M""^ LA DUCHESSE DE VENTADOLR
Manuscrits de Versailles. Lettres édifiantes, t. VF, p. 68:2.
Co 10 juin 1715.
Si on voyoit vos dernières lettres, madame, on admireroit plus celle qui reçoit les avis que celle qui les domie, car il est plus ordinaire de savoir discourir que de prendre ce que l'on nous donne avec humilité et douceur comme vous le faites, et surtout, madame, étant au-dessus de moi comme Dieu vous y a mise; mais j'ai
* On se rappollo que M""" de Ventadour était gouvernante du petit Dauphin.
LMicore une chose à dire, c'est que, si vous suivez mes idées, votre éducation ne brillera point : tout le mérite sera pour l'avenir et il ne paroitra rien dans le temps présent. Feu Monseigneur savoit à cinq ou six ans mille mots latins et pas un quand il fut maître de lui.
Vous voyez bien, madame, que le Roi est en bonne santé, puisque je n'ai pas commencé par vous en dire des nouvelles; il va venir dîner chez moi et recommencer apparemment à bien manger des pois et des fraises, qui font mourir M. Fagon.
Je croirois assez, madame, que le rhume de ce cher prince vient d'une dent qu'il aura percée; il me semble que cela arrive aux enfans.
On a grande passion de voir le vôtre à Saint-Cyr. Le jardin est en sa beauté, et il n'y a point de malades; mais il fait encore froid.
Ne sauriez-vous guérir notre maréchal* de ses inquiétudes; il croit voir mieux que moi l'état du Roi, il croit toujours tout perdu.
A M-"" LA COMTESSK DE CAYLLS.
Collection Morrison.
Mercredi (1715).
En envovant cette lettre, ma chère nièce, mandez qu'elle est écrite à la fin d'une fièvre de trente heures bien promenée pour chercher du repos. J'ai un peu dormi, je ne suis pas mal.
Soyez honteuse d'être esclave de la coutume au point d'être démontée de ce que .M. votre fils ne suit pas le train ordinaire, qui auroit pu être dérangé comme nous le voyons tous les jours. A quoi vous sert donc tout l'es-
* Yilleroy.
prit que vous avez? et pouvez-vous être désespérée quand ce jeune homme n'a rien à se reprocher? Voyez-le, je vous prie, fuyant un jour de bataille, ou faisant une friponnerie bien avérée. Tout son tort est d'avoir trop de sagesse. Plus je pense à cette aventure, plus je trouve de sujets de consolation ^
A M'"^ LA COMTESSE DE CAYLUS
Collection Morrison.
Faites un effort de courage pour venir dîner avec nous; on iroit chez vous après dîner et ce seroit encore pis. Vous n'apprenez lien que vous n'ayez prévu. Vous êtes chrétienne et il n'y a rien en tout cela qui offense Dieu. La réputation sur le cœur est établie. Imaginez que la peur lui fît prendre un tel parti, où en seriez-vous? La Providence conduit tout. Je crois qu'il ne faut rien dire, mais le presser de venir ici sans contrarier son projet,
* Celte lettre et la suivante se rapportent à Philippe de Tubières, comte de Caylus, fils aîné de la nièce de M-'^^dc Maintcnon. C'est le célèbre archéologue. Ses goûts pour l'élude, les arts, les voyages, se déclarèrent de bonne heure, et il passa pour sauvage et singulier. Comme tous les jeunes gens de semblable naissance, il avait commencé à servir en sortant de l'académie. M"'*' de Maintenoii écrivait en septembre 1700 que, « n'ayant pas encore dix-sept ans, il s'était distingué, et que le Roi lui avait donné un guidon de gendarmerie » (Bossange, t. I, p. 470). Peu après, il avait eu l'agrément du Roi pour acheter un régiment. Cependant il profita de la fin de la guerre pour l'aire un voyage en Italie, et de là écrivit à sa mère jxiur lui annoncer sa résolution de renoncer au service, abandonnant son régiment à son plus jeune frère le chevalier. C'est là ce projet qui désespère M™" de Caylus, mais que M"" de Maintenon oîivisagc avec plus de sang-froid et n'est pas loin d'approuver. Dans l'édition des Souvenirs et correspondance de M'"" de Caylus, par E. Rauuié (Paris, 1881), on trouve quelques lettres de M"" de Caylus a son fils ayant trait aux mêmes circonstances.
570 I-ETIUES DE M- DE MAINTEMON.
aisaiil seukMiuMjl qu'il est assez impurlaiit pour le consulter ensemble. Votre état me serre le cœur, ma chère jiièce. Prolitons de la conlraiute où il faut vivre à la cour et de l'oubli de nous-mêmes.
A M-"^ LA PUINCESSE DES URSINS
Musoe brit. Add. luss., n* iOOit).
Marly, I»' 14 juillet 1715.
Enfm, madame, vous voilà parvenue à vous plaindre! Je crois que c'est la première fois ((ue je l'ai vu, et ce (pii seroit bien diliicile à croire après tout ce que vous avez essuvé depuis six mois.
Je ne .jugeois pjint (jue le pape vous refuseroit un asile dans Uome, mais je craigiiois qu'on ne donnât le lenqjs à vos eimenus de Iraverser ce dessein, et c'est une des raisons que j'avois de tant presser votre dépari; cependant, madame, on m'a assuré que M. le nonce est allé vous déclarer que vous pouvez aller à lîome, sur la promesse du Uoi de le faire agréer au roi d'Kspagne son pelil-lils.
H est vrai que la reine d'Espngne m'a fait l'honneur de la écrire par M. le prince Cellamare, el que j'ai eu celui d'y répondre; mais j'ai reçu une autre lellre qui vous auroit plus allendrie, c'est de voire cher prince des Asturies, dont le slyle et le caractère ne paroissent p;«s d'un enfant. H v en avoit aussi une du Ibn; M. Ijunbassadeur vouloit me les donner lui-même, mais le Iloi a Irouvé bon que je ne le visse poinl. Je me renferme le plus qu'il m'est possible : il y a longtemps, madame, que vous me connoissez ce goût-là, et tout ce (fui s'est passé depuis ce temps ne l'a [mint changé; les aimées et les inlirmites le conlirmenl, el votre asenlure, madame,
doit rebuter du monde tous ceux qui sont capables de <|nelque rétlexion. Le courage que vous avez ne peut venii- que de Dieu; je le prie de tout mon cœur de vous consoler.
Voire Angloise n'aura point ce qu'elle demande : on ne donne guère de gratifications quand on ne paie pas ce qu'on doit; vous l'éprouvez, madame, et en entendez parler. Ma lettre n'est que troj) longue, ne pouvant traiter (jue des matières fort tristes, et les assurances de Jnon respectueux attachement ne vous étant pas nouvelles.