A M. LA.NGUET DE GERGY, CURÉ DE SALNT-SULPICE
Lettre publiée dans le Concspomlant, dcceiubre 1859.
A Saint-Cyr, 50 juillet 1715.
Le Roi devoit donner dimanche matin le placet du Val-de-Gràce à M. Oesmarelz, ce qui, venant par-dessus votre conversation, monsieur, doit produire un bon effet pour le payement de ce qui leui- est dû. Le ministre a parfaitement bien fait de vous instruire de ses desseins, de ses raisons; j'ai toujonis dans la tête qu'on ne parle point assez etque, si l'on s'expliquoit davantage, on feroit souvent entendre raison; j'en ai vu plusieurs exemples. Il est certain que les dettes du Roi sont celles de l'État. H s'est engagé pour empêcher les ennemis d'entrer dans son royaume, et il n'est point possible qu'on |)nisse sitôt se trouver dans l'abondam-e. On est longlenq)s foible nprès les longues maladies et on se trouve heureux d'être hors de danger. Je n'entends rien aux finances; mais il me semble qu'une imposition bien ordonnée est moins odieuse (piune banqueroute. Un Jionime comme vous peut rendie de grands services en apaisant les pre-
miors niiirniurcs. M. Fagon, intendant des finances*, passe ponr un homme rare et d'une probilé qui lui attire la confiance de tous les honnêtes gens. Il est d'un grand travail, quoique d'une com[)lexion délicate; je n'ai point \u d'honmie plus généralement approuvé. On blâme M. Desmaretz de ce qu'il ne recherche pas tous les gens d'affoires qui se sont enrichis aux dépens du royaume ; il est contraint de les ménager, parce qu«% dans les occasions pressantes, il ne trouve de ressources que chez eux ; mais il projette bien de tirer d'eux des sommes considérables.
M™*^" de Fontaines^ est troj) habile sur la santé de nos filles; elle les veut juger poui' l'avenir sur de très petites apparences, et les religieuses du Val-de-Gràce démêleront aussi bien qu'elle s'il y a quelque chose à craindre de la santé de M"" d'Orcise. Je serai fort aise de voir M. l'évêque de Soissons et encore plus que vous l'accompagniez au voyage qu'il veut bien faire ici; mais je voudrois bien que vous pussiez attendre quand nous serons à Versailles; car présentement je viens bien rarement ici, et il me seroit difficile de vous v donner un rendez-vous assuré. Il est sûr que M. Févêque de Soissons^ doit prendre congé du Hoi avant de partir pour son diocèse.
Vous avez eu la charité, monsieur, d'assister et de confesser M""^ de Saint-Hermine à la mort; vous ne l'avez pas fait pour l'amour de moi, mais je ne puism'empêcher de vous en remercier.
* Socuiid (ils du célèbre médecin de Louis XIV.
- M"' de Koulaines était alors suj»orieure de Saint-Cyr, el M"« d'Orcise était une demoiselle de Saint-Cyr qui voulait entrer au couvent du Val-de-(iràce.
^ Frère du curé de Saint-Suliiice.