‹ Madame de MaintenonChapitre 63 sur 128 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Et selon toi, Nanon, c'est un complot encore, C'est un péril prochain.

NANON

Oui, Madame. J'ignore D'où viennent, ni quels sont les propos malfaisants ; Mais on lit la disgrâce aux yeux des courtisans. Et je vous avertis du danger qui menace. Vous le conjurerez, d'ailleurs.

Je suis bien lasse !

Comme ils savent haïr, ces prétendus chrétiens ! S'ils connaissaient le prix des faveurs que j'obtiens, Comme ils m'épargneraient leur basse jalousie ! Certes, je n'aurai pas pour toi l'hypocrisie

De paraître accepter mon sort comme un devoir.

C'est un enivrement bien fort que le pouvoir,

Et je ne ferai pas la désintéressée,

Nanon, car tu connais ma secrète pensée,

Et, pour me consoler de mes longs jours d'ennuis,

Quel rêve audacieux hante toutes mes nuits.

— Mais mon œuvre est si lente, et si lourde estma tâche,

Et ce monde des cours si méchant et si lâche,

Que parfois le regret entre en ce cœur lassé

Et l'entraîne avec lui vers le lointain passé !

Oui, prés d'un roi qui m'aime, à l'ombre de ce trône.

Souvent je me revois dans le vieux salon jaune.

Jeune femme accoudée au fauteuil de Scarron,

Et j'écoute causer son gai décaméron.

Puis, c'est notre mansarde et les longs mois d'épreuve.

Lorsque tu reprisais mes vieux habits de veuve

Et lorsque je vivais, — courage aidé du tien, —

Attendant de Dieu seul mon pain quotidien...

Pauvre et libre jeunesse !... Oui, c'est étrange comme

Hier j'étais émue en voyant ce jeune homme ;

Pour lui je me sens mère, et mon cœur a battu.

Mais non, il me méprise, il me hait, entends-tu ?

Oui, cet enfant me hait, ainsi que tout le monde.

Oh ! quand il me parlait avec sa voix profonde,

J'ai cru que Dieu voulait, par lui, me châtier. •

NANON

De grâce...

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