ACTE III. — SCENE Vil
Et ne reculez pas, quand vous y monterez, Si mon sang répandu coule sur les degrés.
MADAME DE MAIXTENON
Arrêtez... Expliquez cette horrible parole...
SAMUEL
Je vous dis qu'un danger m'attend et que j'y vole.
Il sort.
SCENS VII
MADAME DE MAINTENON, puis LE ROI et LOUVOIS
MADAME DE MAINTENON, seule.
Samuel ! Lui ! Mourir ! Lui, le frère adoré Da seul homme pour qui j'ai souffert et pleuré ! Lui qui m'a fait trouver quelque tendresse encore Dans ce cœur que la froide ambition dévore ! Non je réparerai le mal dés aujourd'hui, Et je veux sur le champ prier le roi...
Elle aperçoit Louis XIV qui vient d'entrer suivi de Louvois.
C'est lui !
ii6 MADAME DE MAINTENON
Oui, madame, je viens présenter mon excuse. Oui, ma colère était trop vive, et je m'accuse D'avoir pu, sur de faux rapports, un seul moment. Concevoir un soupçon sur votre dévouement. Mais il a fait entendre un si noble langage, Cette conversion nous en est un tel gage. Que nous ne voulons pas plus longtemps ajourner Le grand acte qui doit nous faire pardonner.
MADAME DE MAINTENON, à part.
Je n'ose pas comprendre ! . . . Mon Dieu que va-t-il faire ?
LE ROI
Mon cœur, vous le savez, depuis longtemps diffère
De prendre ce parti par plusieurs combattu.
Mais tant d'affection, de charme, de vertu,
L'ont enfin emporté dans ce cœur qui vous aime.
Je ne puis vous placer, hélas ! au rang suprême.
Car le peuple nous juge avec trop de rigueur
Pour pardonner aux rois les faiblesses du cœur.
Il admire Titus renvoyant Bérénice.
Mais que la sainte église en secret nous unisse,
Et que vous ne soyez l'épouse que pour moi,
Mon peuple ne peut pas l'interdire à son roi.
Et même j'attends bien, en vous voyant si grande,
Que pour sa reine, un jour, la France vous demande.
— Madame, voulez-vous m'accorder votre main ?