‹ Madame de MaintenonChapitre 13 sur 36 · I.es Amadis, les Céladons · texte numérisé non relu

I.es Amadis, les Céladons

N’eussent paru que mirmidons.

Mais j’en vois .peu, je le confesse.

Dont la grâce et la gentillesse Puissent causer cette langueur Dont ton œil accuse tou cœur.

Serait-ce point certaine brune Dont la beauté n’est pas commune,

• Et qui brille de tous côtés

Par mille rares qualités?

Outre qu'elle est aimable et belle.

Je t'ai vu lancer devant elle De ceriains regards languissants Qui n’étaient pas trop innocents.

Je lui vois des attraits sans nombre :

Ses beaux yeux ont un éclat sombre Qui, par un miracle d'amour,

Au travers des cœurs se fait jour,

Et sait éblouir la paupière Mieux que la plus forte lumière.

Dans son esprit et dans son corps Je découvre plus de trésors Qu’elle n’en vit jamais paraître D-ins le climat qui l’a vue naître.

Si c’est cette rare beauté . Qui tient ton esprit enchaîné.

Marquis, j’ai raison de te plaindre,

. Car son humeur est fort à craindre:

Elle a presque autant de fierté Qu’elle a de grâce et de beauté. »

pousser la libéralité trop loin. Saint-Simon manque ici de mesure.

Imagine-t-on cette vie de désordre menée impunément dans un couvent par une femme étrangère à la communauté?

Ou, en admettant par hypothèse la version de Saint-Simon , comprend-on que cette femme , entretenue par cinq grands seigneurs et bien d’autres , habite une montée 1 , ne fasse parler que de sa vie modeste et demeure pauvre?

Nous demandons pardon au lecteur d’avoir discuté trop sérieusement ces absurdités. Saint-Simon n’est là, évidemment, qu’un écho. Il répète sans discernement les propos qui se tenaient, pendant la vieillesse de Louis XIV, au Palais-Royal, où Mme de Maintenon était détestée. Il donne le tour malin, où il excelle, aux grossièretés dont Madame régalait périodiquement ses bonnes amies d’Allemagne. 11 est vrai que Mme de Maintenon avait fait de grands efforts pour diminuer le duc d’Orléans au profit du duc du Maine. Mais cela ne donnait pas le droit de calomnier sa jeunesse, et la justice nous faisait un devoir d’écarter, une fois pour toutes, ces vilenies. Plus tard elle eut des torts, mais d’une autre nature, et nous ne les dissimulerons pas.

i. Qu’entend-il par là? Apparemment, un logement fort misérable. Mais on ne trouve à ce mot , dans aucun dictionnaire , pas même dans celui de Richelet, aucuu sens qui se puisse appliquer à la phrase de Saint-Simon.

HISTOIRE

U faut ne rien savoir de Mme de Maintenon , il faut n’avoir lu ni les écrits de ses contemporains , ni surtout sa correspondance, pour imaginer qu’elle ait jamais pu s’avilir. Elle tenait à sa réputation plus qu’à sa vie. Elle voulait, avant toutes choses, être considérée , estimée , honorée : elle aurait souffert toutes les privations, toutes les douleurs, plutôt que de compromettre un bien qui lui tenait lieu de tous les autres, et qu’aucun autre n’aurait pu remplacer. Cette fierté est un des plus solides appuis de la vertu ; mais Mme Scarron la poussait jusqu’à l’exagération. Dans la suite, elle s’en est plus d’une fois reproché l’excès. Elle cherchait la louange ; elle aimait à se faire remarquer par des actions extraordinaires. Un jour, par exemple, elle s’enferma avec une personne qui avait la petite vérole, que tout le monde avait abandonnée, et qu’elle connaissait à peine. Quel mobile l’avait portée à risquer ainsi sa vie? « Un peu de pitié, a-t-elle dit elle-même plus tard ; mais surtout l’envie de faire une chose qui ne s’était jamais faite. » Les médecins commençaient alors à faire usage de l’antimoine, et personne n’ignore quelle opposition violente rencontra d’abord ce moyen de médication. Les quelques novateurs qui osaient s’en servir étaient l’objet des anathèmes de leurs confrères , et surtout de ceux à qui l’âge , l’expérience et .la réputation acquise donnaient le plus d’auto-

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rité. Ceux-ci qualifiaient tout traitement par l’antimoine , quelle que fût la dose , quel que fût le cas , d’empoisonnement. Le parlement de Paris avait gravement pris parti dans la querelle, et, par un arrêt solennel, défendu, sous des peines sévères, l’emploi du nouveau remède. Et il est certain que les premiers essais n’avaient pas été heureux. Il avait fallu en étudier peu à peu l’action , en mesurer la force, et plus d’un malade avait payé de sa vie les tâtonnements des praticiens. Le nom même que l’on donnait à ce métal était sinistre : on l’appelait antimoine parce que les premières expériences avaient été faites sur trois moines qui en étaient morts. Que fit Mme Scarron? elle en prit une fois, d’elle -même, et sans nécessité aucune, et alla raconter son exploit d’un air indifférent, afin que l’on dît : « Voyez cette jolie femme; elle a plus de courage qu’un homme. »

C’est d’elle que l’on a su ces curieux détails, que les religieuses de Saint-Cyr ont recueillis et consignés dans les Entretiens de Mme de Maintenon. En voici quelques passages qui peignent assez bien son caractère :

« Dans mes tendres années j’étais ce qu’on appelle un bon enfant. Tout le monde m’aimait. Il n’v avait pas jusqu’aux domestiques de ma tante qui ne fussent charmés de moi. Plus grande, je fus mise dans des couvents. Vous savez combien j’y

HISTOIRE

étais chérie de mes compagnes, toujours par la môme raison : parce que je ne songeais du matin au soir qu’à les servir et à les obliger. Lorsque je fus avec ce pauvre estropié, je me trouvai dans le beau monde, où je fus recherchée et estimée. Les femmes m’aimaient, parce que j’étais douce dans la société, et que je m’occupais beaucoup plus des autres que de moi-même. Les hommes me suivaient parce que j’avais de la beauté et les grâces de la jeunesse. J’ai vu de tout, mais toujours de façon à me faire une réputation sans reproche. Le goût qu’on avait pour moi était plutôt une amitié générale, une amitié d’estime que de l’amour. Je ne voulais point être aimée en particulier de qui que ce fût, je voulais l’être de tout le monde, faire prononcer mon nom aVec admiration et respect, jouer un beau personnage, et surtout être approuvée des gens de bien. C’était mon idole. J’en suis peut-être punie maintenant par l’excès de ma faveur, comme si Dieu m’eût dit dans sa colère : « Tu veux de la gloire et des louanges : eh bien ! tu en auras jusqu’à en être rassasiée. » Quand je commençai à n’ètrc plus si jeune, ces grands empressements que le monde avait pour moi diminuèrent un peu ; mais en même temps commença ma faveur. Il n’y eut point d’intervalle. À peine le monde fit-il un vide autour de moi, que la cour le remplit. Je commençai à faire figure, et une conduite toujours au-dessus

du soupçon me conserva l’estime publique. Il n’cst rien que je n’eusse été capable (le tenter et de souffrir pour acquérir le renom de femme forte. Je me contrariais dans tous mes goûts; mais cela me coûtait peu, quand j’envisageais ces louanges et cette réputation qui devaient être les fruits de ma contrainte. C’était là ma folie. Je ne me souciais point des richesses. J’étais élevée de cent piques au-dessus de l’intérêt. Je voulais de l’honneur. Dites-moi, ma tille, y a-t-il rien de plus opposé à la vraie vertu que cet orgueil dans lequel j’ai usé ma jeunesse,? C’est le péché de Lucifer, et le plus sévèrement puni par ce Dieu jaloux qui se plaît à résister aux superbes. »

Elle a dit ailleurs : « Rien n’est plus habile qu’une conduite irréprochable. »• Voilà le principe qui l’a dirigée pendant toute sa vie.

Le cardinal Mazarin étant mort 1 2 , Mme Scarron reprit un peu d’espoir, et ses amis guettèrent l’occasion de revenir à la charge , cette fois auprès de la reine mère elle-même, dont Louis XIV avait sans doute agrandi la situation. L’occasion se présenta enfin, et le baron de La Garde*, probablement à l’instigation de la maréchale d’Albret , en profita pour rappeler à cette princesse ses bontés passées pour Scarron ; puis il lui peignit vivement

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