Quelle grandeur dans cette expression
beaux exemples de délicatesse et de fierté qu’une femme pût donner. Qu’on juge par là du cas que l’on doit faire des imputations de Saint-Simon !
Ce que ne comprenaient ni Mme d’Albret, ni Mme de Richelieu, Ninon de L’Enclos sut l’apprécier. Elle approuva hautement Mme Scarron. Nous en trouvons la preuve dans une lettre de celle-ci , datée du 8 mars.
« Votre approbation me console de la cruauté de mes amis. Dans l’état où je suis, je ne saurais me dire trop souvent que vous approuvez le courage que j’ai eu de m’y mettre. A la place Royale on me blâme ; à Saint-Germain on me loue , et nulle part on ne songe à me plaindre ni à me servir. Que pensez-vous de la comparaison qu’on a osé faire de cet homme à M. Scarron ? O Dieu , quelle différence ! sans fortune, sans plaisirs, il attirait chez moi la bonne compagnie; celui-ci l’aurait haïe et éloignée. M. Scarron avait cet enjouement que tout le monde sait, et cette bonté d’esprit que presque personne ne lui a connue. Celui-ci ne l’a ni brillant, ni badin , ni solide ; s’il parle , il est ridicule. Mon mari avait le fond excellent; je l’avais corrigé de ses licences. Il n’était ni fou, ni vicieux par le cœur; d’une probité reconnue , d’un désintéressement sans exemple. C*** n’aime que les plaisirs, et n’est estimé que d’une jeunesse perdue; livré aux femmes, dupe
de ses amis, haut, emporté, avare et prodigue. Au moins m’a-t-il paru tout cela. Je vous sais bon gré de ne l’avoir pas reçu , malgré les recommandations de La Châtre ; il n’aurait pas senti que la première fois devait être la dernière. Assurez ceux qui attribuent mon refus à un engagement que mon cœur est parfaitement libre, veut toujours l’ètre, et le sera toujours. Je l’ai trop éprouvé, que le mariage ne saurait être délicieux 1 ! et je trouve que la liberté l’est. Faites, je vous prie, mes compliments à M. de La Rochefoucauld; dites-lui que le livre de Job et le livres des Maximes sont mes seules lectures.
« Vous ne serez pas remerciée , puisque vous ne voulez pas l'être ; mais la reconnaissance ne perd rien au silence que vous m’imposez. Que je vous dois de choses , ma très-aimable ! »
Celte dernière phrase autorise à croire que Ninon de L’Enclos ne l’avait point aidée seulement de son approbation.
On reprocherait sans doute aujourd’hui à une femme qui aurait autant d’instruction, d’esprit et de talents qu’en avait Mme Scarron, de ne pas chercher à vivre de son travail. Mais alors la chose
l.ll y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux. (La Rochefoucauld, Maxime 113.) La phrase qui suit prouve que Mme Scarron fait là une citation.
HISTOIRE
était à peu près impossible. Son unique ressource , son seul espoir était d’obtenir de Louis XIV le rétablissement de sa pension. Elle rencontra d’aussi grandes difficultés qu’ autrefois, et chez ses amis beaucoup moins de zèle. Apparemment, son obstination à repousser un mariage odieux les avait refroidis. Elle écrivait, le 28 avril, à Mme de Chanteloup :
« Me voilà, madame, bien éloignée de la grandeur prédite *.... On m’a envoyée à M. de Colbert, mais sans fruit. J’ai fait présenter deux placets au roi, où l’abbé Testu a mis toute son éloquence • ils n’ont pas seulement été lus. Oh ! si j’étais dans la faveur, que je traiterais différemment les malheureux! Qu’on doit peu compter sur les hommes!..* Mme de Chalais m’a offert sa protection, mais du bout des lèvres. Mme de Lyonne m’a dit : Je verrai, je parlerai, du ton dont on dit le contraire. Tout le monde m’a offert ses services , et personne ne m’en a rendu. Le duc * est sans crédit, le maréchal occupé à demander pour lui-même ; enfin , madame, il est très-sûr que ma pension ne sera point rétablie. Je crois que Dieu m’appelle à lui par ees épreuves : il appelle ses enfants par les adversités. Qu’il m’appelle 1 Je le suivrai dans la re-