‹ Madame de MaintenonChapitre 16 sur 36 · De Richelieu, sans doute · texte numérisé non relu

De Richelieu, sans doute

traite la plus austère. Je suis aussi lasse du monde que les gens de cour le sont de moi. »

Ces derniers mots sont à remarquer. Les dégoûts qu’elle essuya et qu’on peut imaginer d’après l’amertume de ses plaintes, modifièrent profondément son caractère et eurent une grande influence sur le reste de sa vie. Découragée, froissée, guérie de bien des illusions, éclairée sur la valeur de plus d’une amitié, un grand ennui, une grande soif de consolations la saisirent, et ses instincts religieux prirent un développement inattendu. Jusqu’alors elle avait eu de la piété : on ne tarda pas à la voir dévote.

Ce qu’elle avait souhaité si vivement, et si vainement sollicité , lui vint tout à coup au moment qu’elle ne l’espérait plus, et de la manière qu’elle avait pu le moins prévoir. Le mariage de Mlle de Nemours avec l’infant de Portugal don Alphonse, fils de Jean de Bragance, était arrêté. La princesse allait partir. Elle offrit à Mme Scarron de l’emmener avec elle. On ignore sous quel titre et à quelles conditions; on sait seulement que Mme Scarron accepta avec empressement et reconnaissance.

Quèlques jours avant celui qui avait été fixé pour son départ, elle écrivait à Mlle d’Artigny : « Que quitté-je ici? des amis à qui je suis à charge, des gens qui ne savent pas servir l’infortune. Le ma-

HISTOIRE

réclial d’Albret est le seul qui me reste. Mais les choses sont bien changées : autrefois mon ami, il est aujourd’hui mon protecteur. Il a bien voulu s’intéresser pour moi auprès de Mme de Montespan : ménagez-moi, je vous prie, l’honneur de lui être présentée, lorsque j’irai vous faire mes remerciments et mes adieux. Que je n’aie pas à me reprocher d’avoir quitté la France sans en avoir revu la merveille ! •«

Mme de Montespan avait vingt-cinq ans alors , et étalait, dans tout son épanouissement, une beauté incomparable et resplendissante. Elle était mariée depuis trois ans. M. de Montespan, parent du maréchal d’Albret, était un des habitués de l’hôtel, et y avait conduit quelquefois sa femme. Mme Scarron l’y avait connue. Mais Mme de Montespan ayant été nommée dame du palais de la reine , sa charge la retenait à la cour , et on ne la voyait presque plus à Paris.

Que l’entrevue entre Mme de Montespan et Mme Scarron ait été ménagée par le maréchal ou par Mlle d’Artignv, il est certain qu’elle eut lieu, et qu’elle amena des conséquences auxquelles personne n’avait pu s’attendre. Voici en quels termes Mme Scarron la raconte, il n’a jamais été plus à propos de la laisser parler.

«‘Je n’irai point en Portugal, madame, c’est une

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