I. On lit dans les Mémoires de Saint-Simon
« Lorsque M. le duc d'Orléans partit pour aller en Espagne rejoindre Herwick, le roi lui demanda qui il menait en Espagne ; M. le duc d'Orléans ldi nomma parmi eux Fontpertuis. « Comment ! mon neveu , reprit le roi avec émotion, le fils de cette folle qui a couru M. Arnauld partout! un janséniste! Je ne veux point de cela avec vous. — Ma foi, sire, lui répondit M. d’Orléans, je ne sais pas ce qu’a fait la mère, mais pour le fils, être janséniste! il ne croit pas en Dieu. - Est-il possible! reprit le roi, et m'en assurez-vous? Si cela est, il n'y a point de mal; vous pouvez l'emmener. » L’après-dînée même, M. le duc d’Orléans me le conta en pâmant de rire. » On en rit fort à la cour et à la ville, et les plus libertins admirèrent jusqu’à quel aveuglement les jésuites et Saint-Sulpice pouvaient pousser. »
révocation de l’édit de Nantes, la fureur des conversions forcées, les dragonnades, les guerres civiles des Cévennes, les horreurs qui ensanglantèrent les deux tiers de la France. De là l’hypocrisie érigée en moyen de fortune, se substituant partout au talent, et chassant des emplois importants les hommes qui auraient rendu le plus de services'. De là enfin les revers et les calamités qui assombrirent le déclin d’un règne dont l’aurore avait été si brillante.
Ce zèle excessif et persécuteur, Mme de Maintenon en avait été d’abord bien éloignée. En 1672 elle écrivait à son frère, qui commandait la place d’Amersfoort, dans les Pays-Bas, pendant la guerre de Hollande: « .... Je vous prie de n’ètre pas inhumain aux huguenots. Il faut attirer les gens par la douceur. » Et , à quelque temps de là : « On m’a porté sur votre compte des plaintes qui ne vous font pas honneur: vous maltraitez les huguenots,
1 . LettredeMinedeMaintenonàMmedeSaint-Géran(avril 1703 : « Que vous dirai-je de M. de Catinat ? Il sait son métier, mais il ne connaît pas Dieu. Le roi n’aime pas à confier ses affaires à des gens sans dévotion. M. de Catinat croit que son orgueilleuse philosophie suffit à tout: c’est bien dommage qu’il n’aime pas Dieu! » Huit ans des plus cruels revers furent le résultat de cette exclusion ! Le prince Eugène , au moment d’entrer en campagne avec le duc de Marlborough, et ne sachant encore quel adversaire on allait leur opposer, disait : « Si c’est Villeroy, je le battrai ; si c’est Vendôme, nous le battrons; si c'est Catinat, je serai battu. » Ce ne fut point Catinat.
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vous en faites naître les occasions. Cela n'est pas d’un homme de qualité. Ayez pitié de gens plus malheureux que coupables. Ils sont dans des erreurs où nous avons été nous-mêmes, et d’où la violence ne nous aurait jamais tirés. Henri IV a professé celte religion, et plusieurs grands princes. Ne les inquiétez donc point. Il faut attirer les hommes par la douceur et la charité ; Jésus -Christ nous en a donné l’exemple, et telle est l’intention du roi. >> Peut-être entrait-il dans cette modération autant de politique que d’humanité. Amersfoort était en pays ennemi. La Hollande se défendait avec le courage du désespoir, et il importait sans doute de ne point compliquer les difficultés de l’expédition par des haines religieuses. Mais à mesure que Louis XIV inclina vers la dévotion, son zèle devint plus vif. Vers 1680, Mme de Maintenon écrivait à Mme de Saint-Géran : « Le roi est plein de bons sentiments. Il lit quelquefois l’Écriture sainte, et il trouve que c’est le plus beau de tous les livres. Il avoue ses faiblesses; il reconnaît ses fautes.... Il pense sérieusement à la conversion des hérétiques, et dans peu on y travaillera tout de bon. »
On voit par d’autres lettres qu’elle -même eut besoin de prouver que son abjuration avait été complète, et qu’il ne lui restait rien de huguenot au fond du cœur. La meilleure preuve qu’elle en pût donner, c’était de s’employer elle-même à faire
des conversions. Elle en prit résolùment son parti, et opéra, pour commencer, sur sa propre famille.
Mme de Viiletfe, cette vieille tante, dont nous avons parlé si souvent au commencement de cette histoire, avait laissé un fils, M. le marquis de Villette, qui, après avoir servi avec distinction dans l’armée de terre, avait passé dans la marine en 1672. C’était un des meilleurs capitaines de vaisseau qu’eût Louis XIV. Il s’était couvert de gloire, en 1676, au combat naval de Messine, où le plus grand homme de mer de la Hollande, Ruyter, fut défait par Duquesne. Il avait auprès de lui, dans cette journée périlleuse , son fds ainé , âgé de douze ans à peine, et qui s’était fait remarquer par son intrépidité et son sang-froid au milieu du feu. M. de Villette aurait pu aspirer aux grades les plus élevés dans son arme. Scs talents, son courage, ses services l’y appelaient ; mais il était de la religion réformée, et cela suffisait pour lui ôter tout espoir d’avancement. Les huguenots n’avaient plus à attendre du gouvernement que des injustices, et bientôt des persécutions.
Mme de Maintenon, qui voyait se former l’orage, en avertit son cousin , mais inutilement. Elle s’en- ' tendit alors avec M. de Seignelay, qui l’envoya pour un an dans l’archipel des Antilles, et plaça son fils, le jeune de Murçay, sur une escadre destinée à réprimer les corsaires de la Méditerranée.
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Dès que le père eut mis à la voile, on lit revenir le fils à Versailles, où Mme de Maintenon l’endocjjrina. Il fut aisément convaincu, et ne marchanda pas longtemps son abjuration. Son frère cadet, amené à son tour, ne fit guère plus de résistance. Restait leur sœur, Mlle de Murçay, qui fut depuis Mme de Caylus. Celle-ci était auprès, de sa mère, et on l’élevait dans la religion protestante, bien que Mme de Villette fût catholique. On savait même que M. de Villette aurait difficilement pardonné à sa femme tout acte ayant pour but de changer la croyance de ses enfants. Mme de Maintenon vit qu’il fallait user de ruse, et voici le stratagème quelle employa. Laissons parler Mlle de Murçay, ou Mme de Caylus, elle-même.
« A peine mon père fut-il embarqué, qu’une de ses sœurs, que ma mère avait été voir à Niort, la pria de me laisser chez elle jusqu’au lendemain. Ma mère y consentit avec peine; car, quoiqu’elle fût catholique, elle n’était nullement dans la confidence des desseins qu’on avait sur moi , parce qu’on la voulait ménager par rapport à mon père. A peine ma mère fut -elle partie de Niort, que ma tante, accoutumée à changer de religion, et qui venait de se convertir pour la seconde ou troisième fois, partit de son côté, et m’emmena à Paris.... Mme de Maintenon vint me chercher, et m’emmena seule à Saint-Germain. Je pleurai d’abord beau-
coup. Mais je trouvai le lendemain la messe du roi si belle, que je consentis à me faire catholique, à condition que je l’entendrais tous les jours, et qu’on me garantirait du fouet. C’est là toute la controverse qu’on employa, et la seule abjuration que je tis. >>
A la même époque, Mme de Mamtenon écrivait à son frère, qui était alors gouverneur de Cognac : « Il y a longtemps que le petit de Murçay est catholique. M. de Sainte -Hermine* est arrivé aujourd’hui : il me donnera plus de peine. J’aurai dans peu de jours Mlles de Sainte-Hermine, de Caumont, et de Murçay. J’espère que je n’en manquerai pas une. Mais j’aime Minette* que j’ai vue à Cognac. Si vous pouviez me l’envoyer, je la convertirais aussi. II n’y a plus d’autres moyens que la violence. On sera si affligé, dans la famille, de la conversion de Murçay , qu’on ne me confiera plus personne. Il faudrait donc que vous obtinssiez d’elle de m’écrire qu’elle veut être catholique. Vous m’enverriez cette lettre -là : je vous enverrais une lettre de cachet, avec laquelle vous prendriez Minette chez vous jusqu’à ce que vous trouvassiez une occasion de la faire partir par le moyen de M. de
1 . Autre cousin de Mme de Maintenon. Il ne céda point , ni aucun membre de sa famille.
2. La Beaumelle, qui publie cette lettre, ajoute en note que Minette fut depuis Mme de Mailly.
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Xaintes ou de M. de Tours. >• Il faut sc rappeler, pour comprendre cetle manœuvre, qu’il avait été décrété par ordonnance royale, qu’un enfant de sept ans avait un discernement suffisant pour changer de religion en connaissance de cause.
Nous ne discuterons pas ici le mérite de ces procédés. La conscience du lecteur les jugera. Le moment approchait d’ailleurs où l’on allait en employer d’autres, beaucoup plus violents, beaucoup moins excusables. Toujours est-il que Mme de Mainlcnon , à cette époque , déploya un zèle extrême. On lit dans une lettre à son frère, datée du 22 octobre 1681 : << Poignelte * est bonne catholique. M. de Marmande* l’est aussi. M. de Souché fit son abjuration il y -a deux jours. On ne voit que moi dans les églises, conduisant quelque huguenot. »
Mais l’œuvre où elle mit le plus d’ardeur et le plus de suite, ce fut de convertir Louis XIV à la morale et aux affections de la famille ; d’en faire , en un mot , un bon mari . La naissance du duc de bourgogne , fils aîné de Monseigneur , arriva à point pour décider sa victoire , la rendre certaine et visible à tous les yeux. Louis trouva, à se voir grand-père , cent fois plus de plaisir que ses nombreuses paternités ne lui en avaient jamais donné \