I. A Maintenon
Elle y avait fondé, en effet, des établissements utiles, une école, une manufacture de toiles, et, probablement, une maison de refuge pour la vieillesse indigente; car, dans sa correspondance, elle parle quelquefois de ses vieilles. Elle s’était chargée de l’éducation d’un fils naturel qu’avait eu son frère , Charles d’Aubigné. Elle comprenait enfin tous les devoirs que la richesse impose.
C’est vers le même temps qu’elle eut l’idée d’une autre fondation plus importante, et qui devait lui survivre , d’une maison où l’éducation serait gratuitement donnée à de jeunes filles que leurs familles n’avaient pas le moyen d’élever convenablement.
Elle avait connu chez Mme de Montchevreuil une religieuse ursuline appelée Mme de Brinon , que la ruine de son couvent avait réduite à l’indigence. Cette femme, qui avait du mérite, imagina de prendre de jeunes pensionnaires en se chargeant de leur instruction. Elle s’associa pour cet objet avec une de ses anciennes compagnes, et s’établit d’abord à Anvers , puis? à Montmorency. Mais elle réussit mal, -et, se trouvant dans une grande détresse, elle eut recours à Mme de Maintenon, qui se prit d’un vif intérêt pour elle et pour son en In prise. Mme de Maintenon commença par des secours pécuniaires , et passa bientôt à une coopération plus active. Elle loua à Rueil, pour l’établis-
HISTOIRE
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sement , une maison convenable , la meubla , y plaça à ses frais plusieurs jeunes filles , et ne négligea rien pour l’achalander. Au bout de quelques mois , il s’y trouvait déjà plus de soixante pensionnaires.
Elle s’attacha à cet établissement par les services mêmes qu’elle lui avait rendus, et aussi par un goût spécial que la nature lui avait donné, et qu’avaient singulièrement développé les fonctions qu’elle avait remplies auprès des enfants de Louis XIV. Tous les détails de sa vie, toute sa correspondance, prouvent qu’elle aimait à conseiller, à prêcher, à régenter , et qu’elle se croyait un grand talent pour l’éducation. Elle allait donc souvent à Rueil , s’y faisait rendre compte de tout , surveillait l’administration, assistait aux classes. Quelque temps après , le roi ayant acheté aux environs de Versailles plusieurs maisons de campagne dont le terrain avait été jugé nécessaire au développement du parc , Mme de Maintenon en demanda une , et obtint la permission d’y transporter sa communauté. C’était Un petit château appelé Noisy. Le roi se chargea même des frais d’appropriation.
Cette faveur singulière accrut rapidement la prospérité de la maison et le nombre des pensionnaires. On a vu qu’à cette époque le zèle catholique ne se faisait pas scrupule de s’emparer , à l’occasion , des enfants des huguenots. Mlle de Villette
avait déjà été confiée à Mme de Brinon. Beaucoup d’autres jeunes filles, enlevées à leurs parents par des procédés semblables , furent placées dans le même asile 1 . Mme de Maintenon , l’ayant désormais à sa portée , commença à s’en occuper avec un soin plus assidu. Quand la cour était à Versailles , elle allait tous les jours à Noisj , et l’on comprend qu’elle y exerçât une autorité souveraine. Elle y réglait l’emploi du temps et la direction des éludes , dînait souvent au réfectoire de l’ordinaire des élèves , visitait celles qui étaient malades, et en prenait quelquefois avec elle dans l’appartement qu’elle occupait à Versailles. Le roi voulut enfin être de moitié dans son œuvre. Noisy n’étant plus assez grand, on acheta, à l’extrémité occidentale du parc, une maison qui fut payée quatrevingt-onze mille livres, et que Mansard fut chargé d’agrandir et de disposer pour l’usage qu’on en voulait faire. Mme de Maintenon eut carie blanche pour l’achat du mobilier et les frais d’installation. Le nomlire des pensionnaires fut fixé à deux cent cinquante, et le roi dota l’établissement de cinquante mille écus de rente. Ce fut Saint-Cyr, dont Mme de Maintenon
1 . « Je vous dis en confidence que je prends à Noisy des demoiselles dont le roi paye les pensions. Je le dis le plus bas que je puis parce que j’en serais accablée. Je voudrais bien que mon pays eût part à ce bienfait. Si l’on vous parlait de quelque demoiselle convertie, instruisez-moi de son nom, de son âge, de sa race, et de l’étatde sa famille.» (Lettre àd’Aubigné, du 1 8 juillet 1084.)
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fut comme la supérieure , et où , quand Louis XIV eut cessé de vivre, elle alla attendre tranquillement la mort.
L’édit d’érection de la communauté de Saint-Cyr ne fut présenté et enregistré au parlement qu’au mois de juin 1686. Retournons à 1683, où se passa l’événement qui décida de la destinée de Mme de Maintenon. On a déjà vu par quelques fragments de correspondance combien l’inimitié était devenue vive entre elle et Mme (je Montespan. La défaite de celle-ci était consommée. Mais elle jouait toujours à la cour un assez grand rôle, investie qu’elle était de la plus importante des charges féminines. Elle ne pouvait pardonner à son ancienne protégée d’étre devenue , à force de mérite et d’habileté, non pas précisément sa rivale , mais à coup sûr quelque chose de plus. Elle tenta tous les moyens de détruire, ou tout au- moins d’ébranler cette influence victorieuse et prédominante. Elle s’adressa successivement au roi, à la reine, à la dauphine elle-même, à qui elle fit des antécédents de Mme Scarron un récit où la calomnie n’était pas épargnée. Il parait que Mme de Richelieu l’appuya. Mme de Richelieu, autrefois si zélée à servir Mme de Maintenon, était devenue son ennemie secrète à mesure qu’elle l’avait vue s’élever. «• On est trompé tous les jours par des amitiés de trente ans, » a écrit à ce sujet Mme de Maintenon. Quoi qu’il en soit, tous ces ef-
forts furent vains , toutes des intrigues échouèrent , et Mme de Maintenon jouissait d’une égale faveur auprès de la dauphine, du roi et de la reine, lorsque celle-ci mourut de la manière la plus imprévue, après trois jours de maladie 1 .
« Voilà le premier chagrin qu’elle m’ait causé, » dit le roi, dont la douleur n’était pas a^ez profonde pour l’empêcher d’avoir de l’esprit. On raconte que Mme de Maintenon, qui n’avait pas quitté cette pauvre princesse pendant les dernières heures de sa vie, voulut, quand tout fut fini, se retirer dans son 'appartement , mais que le duc de La Rochefoucauld la saisit par le hras, et la poussa chez le roi, en lui disant : «Ce n’est pas le temps de le quitter, madame ; dans l’état où il est, il a besoin de vous. »
Que se passa-t-il entre eux pendant ces premiers temps du veuvage de Louis XIV ï On est réduit, sur ce point , aux conjectures. « 11 fut ,' dit la duchesse d’Orléans, très-touché en la voyant mourir (la reine) ; mais la vieille Maintenon fit tant par son babil qu’en quatre jours il fut consolé. » Mme de Caylus dit, au contraire , et avec plus de vraisemblance , que Mme de Maintenon , le premier jour , ' ne resta qu’un moment auprès du roi, ne le suivit point à Saint-Cloud , où il alla passer trois jours , et demeura auprès de la dauphine, que sa grossesse