Le 30 juillet IG
HISTOIRE
avait retenue à Versailles, et qui ne quitta le lit que le jour où le roi partit de Saint-Cloud pour Fontainebleau. « Mme de Maintenon la suivait, ajoute Mine de Caylus, et parut aux yeux du roi dans un si grand deuil , avec un air si affligé , que lui, dont la douleur était passée , ne put s’empêcher de lui en faire quelques plaisanteries. »
Mme de Caylus dit plus loin que Mme de Montchevreuil fut « la confidente des choses particulières qui se passèrent après la mort de la reine , qu’elle seule en eut le secret. » Elle ajoute : « Pendant le voyage de Fontainebleau je vis tant d’agitation dans l’esprit de Mme de Maintenon que j’ai jugé depuis, en la rappelant à ma mémoire, qu’elle ôtait causée par une incertitude violente de son état, de ses pensées , de ses craintes et de ses espérances ; en un mot , son cœur n’était pas libre , et son esprit fort agité. Pour cacher ses divers mouvements, et pour justifier les larmes que son domestique et moi lui voyions quelquefois répandre , elle se plaignait de vapeurs, et elle allait, disait-elle, chercher à respirer dans la forêt avec la seule Mme de Montchevreuil ; elle y allait même quelquefois à des heures indues. Enfin les vapeurs passèrent, le cahne succéda à l’agitation , et ce fut à la fin de ce même voyage. »
Cependant rien ne parut changé dans sa situation pendant près de dix-huit mois. En 1684 Mme de
DE MADAME DE MAIIN’TENON. Kiî»
Richelieu mourut, et la dauphine demanda que Mme de Maintenon succédât à la défunte dans la charge de dame d’honneur. C’était aussi l’intention du roi. Mais Mme de Maintenon déclara cet honneur au-dessus d’elle. Et comme le roi ne faisait plus rien sans la consulter, elle lui proposa la duchesse d’Arpajon, sœur du marquis de Beuvron, laquelle avait été son amie au temps de ses disgrâces, aussi bien que Mme de Richelieu et Mme de Montchevreuil.
« Ce refus, dit Mme de Caylus, lit beaucoup de bruit à la cour. On y trouva plus de gloire que de modestie, et j’avoue que mon enfance ne m’empôcha pas d’en porter le môme jugement. Je me souviens que Mme de Maintenon me lit venir, à son ordinaire, pour voir ce que je pensais : elle me demanda si j’aimerais mieux être la nièce cle la dame d’honneur que la nièce d’une personne qui refuserait de l’être. A quoi je répondis sans balancer que je trouvais celle qui refusait infiniment au-dessus de l’autre , et Mme de Maintenon contente de ma réponse, m’embrassa. »
J’ai fait des souverains et n’ai pas voulu l’être,
dit certain personnage tragique. On ne peut méconnaître en Mme de Maintenon le modeste orgueil que ce vers exprime. Elle tenait peu aux apparences du pouvoir, à ce qui n’en est, pour ainsi dire, que