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Il y avait Conseil tous les jours, excepté le vendredi

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Mme de Montespan quitta la cour. Après dîner, il allait à la chasse ou à la promenade , toujours en grande compagnie , et ne rentrait qu’à six ou sept heures. 11 se rendait alors chez Mme deMaintenon, où une conversation spirituelle et simple, pleine tout à la fois d’agrément et de raison , le délassait du travail de la matinée et des ennuis de la représentation. Il ne la quittait qu’à dix heures pour aller souper. Mme de Maintenon n’allait chez lui que lorsqu’il était malade, ce qui arrivait très-rarement.

C’est grâce à ces trois ou quatre heures de société intime que Mme de Maintenon, communiquant librement au roi ses sentiments et ses idées, acquit par degrés sur son esprit une influence qu’il est aussi impossible de nier qu’il est difficile d’en déterminer les limites. Saint-Simon lui attribue tous les actes du gouver nement , pendant les trente dernières années de ce long règne. A l’en croire, Mme de Maintenon aurait mis la main sur tout; elle aurait décidé des alliances, des plans de finance et des plans de campagne; elle aurait fait et défait selon son caprice les ministres, les généraux, les ambassadeurs; elle aurait disposé de tous les emplois; enfin elle aurait régne. C’est l’expression dont il se sert. Voltaire , qui a pu être aussi bien informé que Saint-Simon, et qui a sur lui l’avantage d’écrire de sang-froid et sans parti pris, dit précisément le

contraire. « Ne s’empressant jamais de parler d’affaires d’État, paraissant souvent les ignorer, rejetant bien loin tout ce qui avait la plus légère apparence d’intrigue ou de cabale, beaucoup plus empressée de complaire à celui qui gouvernait que de gouverner, et ménageant son crédit en ne l’employant qu’avec une discrétion extrême. « Nous pourrions citer ici vingt lettres de Mme de Mainlenon, qui confirment en effet ce dernier point. On est souvent étonné, en parcourant sa volumineuse correspondance, des précautions infinies qu’elle prenait pour ne point donner d’ombrage à-ce prince jaloux, par-dessus toutes choses, de son autorité. Cependant, si l’auteur des Mémoires a évidemment exagéré le rôle de Mme de Maintenon , Voltaire semble, de son côté, l’avoir diminué outre mesure.

Nous lisons dans une lettre à Mme de Saint- Géran, datée du 13 août 1684 : « Le roi a dessein de travailler à la conversion entière des hérétiques. Il a souvent des conférences là-dessus avec M. Le Tellier et M. de Chàteauneuf, où l’on voudrait me persuader que je ne serais pas de trop. M. de Châteaunêüf a proposé des moyens qui ne conviennent pas. Il ne faut point précipiter les choses; il faut convertir, et non pas persécuter. M. de Louvois voudrait de la douceur, ce qui ne s’accorde point avec son naturel et son empressement de voir finir les choses. Le roi esL. prêt à faire tout ce qui sera

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jugé utile au bieu de la religion. Cette entreprise le couvrira de gloire devant Dieu et devant les hommes. » Ainsi , dès cette époque, et avant son mariage , Mine de Maintenon avait déjà, comme on dit, voix au chapitre, même sur les questions les plus importantes.

Celte conliance du roi s’accrut encore après le mariage. Il prit l'habitude de faire venir chez Mme de Maintenon, pendant les trois ou quatre heures qu’il y passait chaque jour, soit quelqu’un des secrétaires d’État, soit le contrôleur général des linances, et d’y travailler avec lui. Assise dans un

coin de la chambre, et les mains occupées à quelque ouvrage d’aiguille, Mme de Maintenon écoutait en silence, et n’ouvrait la bouche qu’après que le roi l’y avait formellement invitée. Mais il l’y invitait assez souvent, surtout quand le ministre et lui n’étaient pas d’accord. « Consultons la raison , » disait-il alors ; ou bien , se tournant vers elle : « Qu’en jtense votre Solidité?» Il est à croire que son avis a fait plus d’une fois pencher la balance.

Le pouvoir de Mme de Maintenon fut celui de * toute femme que son mari sait de bon jugement , et consulte volontiers sur ses affaires. Mais il s’agissait ici des affaires du plus puissant monarque de l’Europe , et l’on s’explique sans peine que le privilège de participer à ce point à leur direction ait fait de celle qui en jouissait qn objet d’envie pour

tous les courtisans, et de haine pour quelques-

uns.

Cette influence de Mme de Maintenon , basée uniquement sur la confiance qu’elle inspirait, s’était établie et se maintint précisément par son peu d’empressement à l’exercer , par le soin qu’elle prenait de la cacher , par l’éloignement qu’elle affectait pour les affaires. C’est parce quelle n’ofïrait jamais ses conseils que Louis XIV 4 CS lui demandait toujours. 11 faut songer aux recommandations de ce prince à son petit-fils, lorsqu’il l’envoya régner en Espagne : « Ne vous laissez pas gouverner. Soyez le maître. N’ayez jamais de favori ni de premier ministre. Écoutez , consultez votre conseil , mais décidez. Dieu qui vous a fait roi vous donnera les lumières qui vous seront nécessaires.... » Ce dernier point une fois admis, peu importe en effet qui l’on consulte. 11 faut se souvenir d’ailleurs qu’il disait en donnant la charge de Louvois à Barbezieux : « Je le formerai comme j’ai formé son père. » N’élail-ce pas un moyen d’établir cette supériorité intellectuelle qu’il s’attribuait, d’assurer la dépendance de ses ministres » et d’imposer la modestie aux plus présomptueux, que de les tenir auprès de lui sur le même pied qu’une femme dont le seul titre était de lui avoir plu ? L’orgueil du pouvoir a de ces raffinements.

Cet orgueil, passiqn dominante de Louis XIV,

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était aussi le principe de sa force, et la suprême habileté de Mme de Maintenon fut de lui inspirer une sécurité complète. Jamais elle ne heurta de front l’opinion du roi. Jamais elle ne fit acte d’indépendance auprès de lui. Jamais elle ne laissa échapper le plus léger symptôme de volonté personnelle.

L’évêque de Chartres, Godet Desmarais, qui fut son directeur après l’abbé Gobelin, et dont la correspondance nous a été en grande partie conservée , lui recommande souvent cette docilité d’humeur et ce continuel sacrifice d’elle-même , qui étaient aux yeux de Louis XIV son principal attrait. Elle s’en était fait une règle invariable. Elle se l’imposait à elle-même et la conseillait aux autres. Nous trouvons dans une instruction rédigée par elle , à l’usage de la duchesse de Bourgogne , les principes qui ont évidemment dirigé sa propre conduite.

« Votre sexe est encore plus exposé à souffrir,

parce qu’il est toujours dans la dépendance. Ne

soyez ni fâchée ni honteuse de cette dépendance , ni de toutes celles qui sont dans l’ordre de la Providence.

« Que M. le duc de Bourgogne soit votre meilleur ami et votre seul confident. Prenez ses conseils ; donnez-lui les vôtres. Ne soyez , vous et lui , qu’un cœur et qu’une âme.

<« Soyez complaisante sans faire valoir vos complaisances. Supportez les défauts de l’humeur , ceux du tempérament et de la conduite , la différence des opinions et des goûts. C’est à vous à être soumise, et c’est en vous soumettant à M. le duc de Bourgogne que vous régnerez sur lui....

« En sacrifiant votre volonté, ne prétendez rien sur celle de votre époux. Les hommes y sont encore plus attachés que les femmes, parce qu’on les élève avec moins de contrainte. Ils sont naturellement tyranniques. Ils veulent les plaisirs et la liberté , et que les femmes y renoncent. N’examinez pas si leurs droits sont fondés. Qu’il vous suffise qu'ils soient établis. Ils sont les maîtres ; il n’y a qu’à souffrir et à obéir de bonne grâce. >•

Pour son compte , elle suivit fidèlement cette règle de conduite. Voltaire dit que son élévation fut une retraite. 11 aürait pu dire qu’elle fut un esclavage de tous les jours , de tous les moments. Accoutumé par vingt-cinq années d’un règne absolu à voir toutes ses volontés obéies , tous ses désirs prévenus, Louis XIV n’imaginait pas, ou n’admettait pas qu’on pût avoir d’autres goûts, d’autres plaisirs , d’autres besoins que les siens. Il fallait être toujours prêt à le suivre à la chasse , à la promenade , dans ses voyages. Il fallait manger quand il avait faim , boire quand il avait soif, et , comme il jouissait d’une santé robuste, il ne per-

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mettait guère à ceux qui l’entouraient d’être malades. Malheur à qui aurait attristé ses divertissements par un visage triste ou des allures languissantes ! Saint-Simon rapporte que la duchesse de Bourgogne fit une fausse couche parce qu’il exigea qu’elle le suivît à Marly , un jour que son état demandait un repos absolu. « line fallait pas hésiter, dit-il, à marcher, à s’arrêter, à faire toujours comme lui quand il donnait le signal. Quelquefois il arrivait chez Mme de Maintenon incommodée, et , tout étonné de trouver tout fermé , il n’hésitait pas, sans y penser, à faire ouvrir les fenêtres, parce qu’il craignait le chaud , quoiqu’elle fût dans son lit avec la fièvre. Elle fit , dit-il ailleurs , bien des voyages à Marly, dans un état à ne pas faire marcher une servante. ••

Dans quelques lettres à la princesse des Ursins citées par M. le duc de Noailles , Mme de Maintenon plaisante elle-même sur ces petits inconvénients de sa position.

« Il est vrai , madame , qu’il n’y a que la santé et la force extraordinaire du roi qui puissent consoler de la manière dont il traite les gens qu’il aime le mieux.... Il ne faut point compter sur les incommodités. Avec lui, il n’y a que grandeur, magnificence et symétrie. Il vaut mieux essuyer tous les vents coulis des portes, afin qu’elles soient vis-à-vis les unes des autres. Je lui ai vu une cham-

bre avec quatre portes, toutes également grandes, et deux très-grandes fenêtres. A Fontainebleau, j’ai un très-bel appartement , mais sujet au même froid et au môme chaud , y ayant une fenêtre de la grandeur des plus grandes arcades , où il n’y a ni volet ni châssis , ni contrevent , parce que la symétrie en serait choquée. Ma solidité a quelque chose à souffrir, ainsi que ma santé, de vivre avec des gens qui ne veulent que paraître, et qui se logent comme des divinités.... Ne croyez pas, madame, que je puisse mettre des paravents devant ma grande fenêtre. On n’arrange pas sa chambre comme on veut quand le roi y vient tous les jours, et il faut périr en symétrie. »

Dans une lettre au marquis de Villetlc, son cousin , elle se plaint de ce qu’il ne lui est point permis de le voir. « On ne peut ni dîner avec ses parents, ni les servir, ni avoir le moindre commerce avec eux sans déplaire. Voilà l’état des choses, désespérant pour vous et pour moi. »

Ce sont là de petits détails; mais ils donnent une idée de la pesanteur de ce joug superbe où étaient attachés ceux qui vivaient autour de Louis XIV. Mme de Main tenon le porta pendant trente ans, et il lui arriva bien rarement de manquer de patience en présence du maître impérieux qu’elle s’était donné. Quand elle était seule , elle se dédommageait de cette contrainte, et on l’entendit souvent

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gémir de son élévation. Une fois, étant à Marly , avec Mme de Caylus, auprès d’un bassin, elle y observait des carpes qui paraissaient languissantes. « Elles sont comme moi, dit-elle tristement; elles regrettent leur bourbe. »

« Elle avait souvent bien pleuré, dit Mlle d’Aumale, avant que le roi entrât dans sa chambre, et il n’v paraissait plus dès qu’il entrait. Je l’ai vue bien des fois lasse, chagrine, inquiète, malade, et malgré cela, l’amuser, l’entretenir trois ou quatre heures toute seule; et, quand il sortait de sa chambre, à dix heures du soir, et qu’on fermait son rideau, me dire : « Je n’ai que le temps de vous dire que je n’en puis plus.... » D’autres fois, après avoir reçu les refus du roi de choses qu’elle demandait pour sa famille ou pour ses amis, elle me disait : « Je suis poussée à bout, mais le roi ne s’en est pas aperçu; maintenant je vais pleurer à mon aise entre mes quatre rideaux. •>

« Elle ne croyait pas devoir insister dans les demandes qu’elle lui faisait, quoiqu’il eût pour elle autant d’amitié qu’il était capable d’en avoir, et dès qu’il l’avait refusée, disant : Non, madame, je veux faire cette grâce à un tel, elle ne répondait rien et ne marquait aucun mécontentement, ne voulant jamais gêner ni contraindre le roi, de sorte qu’il croyait que la chose lui était indifférente....

Là-dessus, je prenais la liberté de lui dire : « Mais madame, vous faites tort, par votre douceur, à vos parents et à vos amis. Paraissez un peu fâchée, et vous ferez tout ce que vous voudrez. — Il est vrai, répondait-elle.... mais je ne pense pas que Dieu m’ait placée où je suis pour être la croix du roi , et je lui demande tous les jours la grâce de m’assister pour souffrir en paix.... Elle aurait été bien fâchée que l’on sût tous les refus que le roi lui faisait, de crainte qu’il ne fût blâmé. Elle en a bien essuyé. Cependant tous voulaient passer par elle pour obtenir ce qu’ils demandaient, non-seuleinent ses parents , mais toute la cour, à commencer par les princes. On croyait qu’elle avait part à tout. Bien des fois j’ai vu qu’on venait la remercier d’une grâce que le roi avait faite, comme gouvernement, pension, évêché, abbaye, et elle se tournait de mon côté en me disant : « Il m’apprend qu’il l’a. Si je m’en étais mêlée, cela n’aurait pas si bien réussi. »

Fénelon lui écrivait un jour, à propos de ces déboires « L’amitié que vous avez pour le roi doit se purifier par la douleur. C’est peu que de n’avoir aucun intérêt ; il faut renoncer à toute consolation et porter les choses les plus humiliantes. Vous ne sauriez devenir trop petite sous votre croix, et vous n’aurez jamais tant de liberté, d’autorité et d’efficace dans vos paroles que lorsque vous serez bien

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humiliée el bien petite par renoncement à toute votre sensibilité. »

Fénelon avait raison, ainsi que l’événement le prouva. Mme de Maintenon ne cessa pas de gagner auprès du roi , en autorité et en efficace. Convaincu qu’elle n’avait pas d’autres intérêts que les siens , que , loin d’aspirer à le gouverner , elle était toujours prête à lui sacrifier ses volontés et jusqu’à ses affections, Louis XIV se fit une douce habitude de lui confier ses desseins les plus secrets, ses pensées les plus intimes, de la consulter, de l’écouter, de la croire ; d’où naquit chez lui , peut-être à son insu , une disposition constante à adopter les idées d’une femme dont il faisait tant de cas , à partager ses antipathies, à épouser ses préférences.

Ce fut principalement sur les points de morale et dans les questions religieuses que cette influence de Mme de Maintenon fut puissante, et presque irrésistible. A cet égard elle croyait avoir une mission à remplir. Elle se regardait de très- bonne foi comme choisie par la Providence pour ramener Louis XIV à la continence et à la piété , poulie guider dans la voie du salut, pour sanctifier un règne qui jusque-là n’avait encore été que glorieux, pour fortifier , pour étendre l’empire de la religion et l’autorité de l’Église. C’est là ce que lui répétaient sans cesse des hommes revêtus d’un caractère sacré, dont elle admirait les vertus, qui lui inspi-

raient une confiance sans bornes , et qu’elle écoutait avec une docilité recueillie. On a vu plus haut ce que lui écrivait Fénelon. Une lettre de l’évêque de Chartres ne laissera aucun doute sur ce point.

« Il est vrai, madame, que votre état est une énigme : mais c’est Dieu qui l’a fait. 11 est si singulier que vous ne l’auriez pas même imaginé. II ne faut pas vous étonner s’il vous a caché des secrets que vous ne connaissez qu’à mesure qu’il se découvre à vous ; il en cache aussi bien au public qui le surprendraient fort, si vous le lui disiez comme à moi. C’est le mystère de Dieu....

« Il a fallu que vous fussiez élevée, aimée, considérée, et dans l’état le plus grand, sans en avoir les apparences, afin de sanctifier ceux pour qui vous y êtes.... Dieu ne vous a mise où vous êtes que pour y faire glorifier son nom. Vous y devez être la lumière du monde et le sel de la terre....

« Quelle reconnaissance ne devez-vous pas à Dieu de vous avoir faite digne d’un tel ministère ! Quelle marque de confiance et de prédilection! Dieu met entre vos mains les intérêts- de l’Église, de l’État, le salut d’un grand roi qui lient à tout, celui des princes qui doivent régner après lui, et une infinité d’autres œuvres importantes. Le roi ne vous traite pas seulement comme sa première sujette , mais comme son amie , sa confidente et son

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épouse, puisqu’il vous conlie les choses les plus précieuses de son royaume.... Fille de Sion, réjouissez-vous....

« Bénissez le Seigneur qui a fuit pour vous tant de choses admirables.... Tenez-vous sous le joug de l’obéissance. Vous la devez au roi ; vous la devez aux ministres de Jésus-Christ.... Au premier, comme à votre seigneur et maître, aux autres, comme à vos guides et aux envoyés de Dieu.... quand ils vous parlent au nom de Jésus-Christ, si vous les écoutez, vous écoutez Jésus-Christ; si vous leur obéissez , vous obéissez à Jésus - Christ, » etc.

On voit par cette dernière phrase quel puissant instrument de domination le clergé avait trouvé dans cette femme , qui avait plus de bonne volonté que de lumières. Et pourtant Godet Desmarais était un homme de très-bonne foi , simple de cœur, et incapable de se laisser égarer par aucune vue personnelle.

Saint-Cyr, maison religieuse, relevait de l’autorité spirituelle de l’évèque de Chartres. Quand cet établissement avait été fondé, on avait eu besoin du concours de ce prélat pour l’organisation de la communauté, pour l’élaboration des statuts, pour la consécration de la chapelle , pour la nomination de l’aumônier, etc. La surveillance des religieuses

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lui appartenait, ainsi que leur direction spirituelle. Madame de Maintenon eut donc avec lui des rapports nécessaires et fréquents. Elle n’eut qu’à s’en louer. Trouvant en lui un prêtre selon son cœur, elle passa rapidement de l’estime à la confiance.

L’abbé Gobelin était demeuré néanmoins son directeur. Mais lorsqu’elle eut épousé Louis XIV, le pauvre théologien fut saisi d’une telle admiration pour sa pénitente, et pénétré d’un si profond respect, qu’il se trouva désormais hors d’état de remplir auprès d’elle son ministère. « 11 m’était devenu complètement inutile ; » a dit depuis Mme de Maintenon elle-même. Elle essaya d’abord de le faire revenir de cet éblouissement ef de lui donner du courage. Nous trouvons une lettre d’elle, datée du 3 janvier 1686, laquelle débute ainsi :

« J’ai reçu vos étrennes avec grande joie. Mais j’ai des reproches à vous faire de la manière pleine de respect et de cérémonie dont votre lettre était écrite. Je ne sais si les honneurs dont je suis environnée vous inspirent quelque chose de nouveau. Mais, pour moi, je ne suis pas changée, et je reçois les marques de votre amitié comme je l’ai fait depuis seize ans. «

Ce premier avis fut inutile , et probablement plusieurs autres. Elle fit un dernier effort le

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27 juillet de la même année, et lui écrivit la lettre suivante, qui mérite d’être transcrite presque tout entière. ^

« El vous aussi, vous me rendez ma faveur embarrassante jusque dans le confessionnal ! Je croyais vous trouver toujours tel pour moi que vous étiez aux tilles bleues. Vous connaissez ma sincérité : je ne fais de compliments ni ne les aime. Je vous conjure donc de vous défaire du style que vous avez avec moi , qui ne m’est point agréable , et qui peut m’être nuisible. Je ne suis pas plus grande dame que j’étais rue des Tournelles, où vous me disiez fort bien mes vérités. Si la faveur où je suis met tout le monde à mes pieds, elle n’y doit pas mettre un homme chargé de ma conscience , et à qui je demande très-instamment de me conduire sans nul égard dans le chemin le plus sûr. Ce n’est point à vous à m’inspirer de l’orgueil , à vous qui devez le détruire en moi. Où trouverai-je la vérité , si je ne la trouve pas en vous? Et à qui puis-je être soumise qu’à vous, ne voyant dans tout ce qui m’approche que respects, adulations et complaisances? Parlez-moi, éerivez-moi sans tour, sans cérémonie , sans insinuation, et surtout, je vous prie, sans respect. Ne craignez ni de m’offenser, ni de m’importuner. Je veux faire mon salut ; je vous en charge. Ne

me parlez jamais des obligations que vous m’avez. Regardez-moi comme dépouillée de tout ce qui m’environne, attachée au monde, mais voulant me donner à Dieu. Voilà mes véritables sentiments. «

Cette lettre nous semble prouver jusqu’à l’évidence la bonne foi de celle qui l’a écrite, et la sincérité de sa dévotion. Mais ce qu’elle demandait à l’abbé Gobelin était, apparemment, au-dessus des forces de ce pauvre homme, et Mme de Maintenon comprit enfin qu’il fallait lui chercher un remplaçant.

Elle s’adressa d’abord au père Bourdaloue.

Le père Bourdaloue n’avait rien de ce qui fait réussir à la cour, quoique jésuite. Il ne refusa pas positivement, mais il répondit que ses travaux oratoires et la nécessité de préparer et de composer ses sermons ne lui permettraient pas de recevoir plus d’une fois en six mois les confidences intimes de la femme de Louis XIV.

Ce fut alors qu’elle jeta les yeux sur l’évêque de Chartres 1 , qu’elle trouva moins occupé, et plus facilement accessible que le père Bourdaloue. Sans être précisément un homme d’esprit , ce nouveau

1. Elle consulta aussi quelquefois Fénelon, qui , étant précepteur du duc de Bourgogne, passait sa vie à Versailles. Fénelon fut très -avant dans sa confiance jusqu’à l’affaire du quiétisme, dont on a tant parlé jadis, et dont il y a si peu à dire aujourd’hui.

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directeur avait, en somme,. plus de bon sens que l’abbé (lobelin , et eu même temps plus de désintéressement et de droiture. Il nous reste un volume entier de ses lettres confidentielles, ou lettres de direction. 11 n’y en a guère qui ne contiennent de grandes louanges à l’adresse de la dirigée : mais ces louanges sont moins des flatteries que des encouragements. L’évêque discute avec sa pénitente des cas de conscience d’une ténuité extrême, et éclaircit ses doutes sur des points dont on ne s’inquiète guère que lorsqu’on prétend à la perfection. Il lui avait imposé pour règle d’écrire chaque soir ce qu’elle aurait fait, dit et pensé pendant la journée. Elle y manquait rarement, et elle envoyait très-régulièrement au prélat ces examens de conscience. II ne nous en reste qu’un fragment, écrit en forme d’oraison jaculatoire, et où l’on ne retrouve pas le calme et la simplicité du style habituel de Mme de Maintenon. Mais on peut jusqu’à un certain point se faire une idée de ce que contenaient ces communications par les réponses de l’évêque, où il n’est question le plus souvent que des scrupules d’une àme timorée , qui craint d’avoir compromis son salut , tantôt en écoutant avec trop de complaisance les adulations qui l’assiègent, tantôt en perdant patience sous les chaînes dorées qu’il lui faut porter, tantôt en se laissant aller à des distractions qui ont amorti la ferveur de ses prières.

Jamais un mot des affaires publiques , ni d’aucun intérêt mondain. Si le prélat a fait senir ces relations au triomphe de ses opinions théologiques et à l’accroissement de l’autorité de l’Église, on ne voit pas du moins qu’il en ait tiré pour lui-même aucun avantage temporel.

A l’époque où Mme de Maintenon n’était encore que la gouvernante du duc du Maine et de Mlle de Nantes, convertir le roi était déjà son désir le plus ardent, et comme le but de sa vie. Elle y travailla avec obstination pendant plusieurs années. Elle y réussit enfin, et son triomphe éclata par la séparation irrévocable de Louis XIV et de Mme de Monlespan, par le rapprochement de ce prince et de la reine. Celle-ci mourut presque aussitôt, et l’ascendant de Mme de Maintenon n’en devint que plus grand sur le roi , et, par contre-coup, sur la cour.

Dès cc moment l’on comprit à Versailles que, pour arriver à la faveur ou pour s’y maintenir, il faudrait à l’avenir être dévot ou en avoir l’air. La dévotion devint le costume à la mode , et tout le monde s’en affubla , sans en excepter même les personnes de qui , vu leurs antécédents , on aurait pu attendre quelques tentatives d’opposition ou de résistance. « Je crois, écrivait Mme de Maintenon à son frère d’Aubigné, le 28 septembre 1Ô83, que la reine a demandé à Dieu la conversion de toute la cour. Celle du roi est admirable. Les dames qui

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en paraissaient le plus éloignées ne quittent plus les églises. Mme de Montchevreuil, Mmes de Chevreuse et de Beauvilliers, la princesse d’Harcourt , en un mot toutes nos dévotes, n’y sont pas plus souvent que Mmes de Montespan , de Thianges , la comtesse de Grammont, la duchesse du Lude, Mme de Soubise. Les simples dimanches sont comme autrefois les jours de Pâques. »

Précisément dans le même temps Mme de Maintenon parlait â l’une de ses plus intimes amies , à Mme de Saint-Géran , de cette ferveur nouvelle de sa rivale en des termes qui prouvent qu’elle ne lui en savait pas beaucoup de gré. « Mme de Montespan s’est jetée dans la plus grande dévotion. 11 e>t bien temps qu’elle nous édifie. »

Cela est sec ; mais un autre billet , adressé trois - jours après à la même confidente, explique tout. « Mme de Montespan paraît uniquement occupée de son salut.... Je sais qu’elle a dit au roi que je m’étais mis en tête de le gouverner, et je sais aussi qu’elle n’a pas eu lieu d’être contente de la réponse du roi. C’est l’homme de la cour qui a le plus de sens, et qui donne le moins dans ces pièges. «

La dévotion de Louis XIV alla toujours croissant jusqu’à sa mort. Vers la fin de 1686, une fistule mit sa vie en danger : il subit une opération douloureuse. Peu après vint la fête de Noël , et nous trouvons dans une lettre de Mme de Maintenon

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comment ce monarque , dont la blessure saignait encore, employa cette journée.

« Le roi a été à une partie de matines cette nuit. Il a entendu trois messes. 11 a été à la grand’messe aujourd’hui, après laquelle il est venu voir Madame , chez laquelle il a passé une heure. Il a été chez Mme la Dauphine, de là au sermon. Il a entendu les vêpres en musique. On ne met presque rien sur sa plaie, » etc.

Un zèle si vif devait se manifester de mille ma* mères. Louis XIV ne se contenta pas de prêcher d’exemple. Il crut de son devoir de s’occuper directement du salut de ses sujets. Il devint sévère sur la morale et sur l’observance des lois de l’Église. « Il exhortait les femmes même à vivre saintement, dit un écrivain. Il parla des mouches si bien que les plus coquettes n’osèrent plus en porter. Le costume des hommes même s’en ressentit : il y eut pour le courtisan un costume dévot. »

Nous lisons en effet dans La Bruyère ( et c’est , on le remarquera , au chapitre de la Mode que La Bruyère a placé ce qu’il dit sur la dévotion de ce temps-là) :

« Le courtisan, autrefois, avait ses cheveux, était en chausses et en pourpoint , portait de larges canons, et il était libertin. Cela ne sied plus. Il porte une perruque , l’habit serré , le bas uni , et il est dévot. Tout se règle sur la mode.

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« De quoi n’est pas capable un courtisan dans la vue de sa fortune , si , pour ne la pas manquer, il devient dévot? »

La dévotion de Louis XIV et l’ardeur de néophyte dont il s’enflamma tout à coup curent pour résultat immédiat, non de lui faire entreprendre la conversion des calvinistes , — on y travaillait déjà depuis longtemps, — mais de vaincre ses scrupules relativement aux engagements pris par son aïeul. La révocation de l’édit de Nantes ne fut qu’un dernier pas dans la voie fatale où le gouvernement s’était engagé : mais après ce pas décisif l’orgueil du despotisme devait se croire dans l’impossibilité de reculer. Ce fut la plus grande faute de ce règne, et la plus funeste. Les lettres de Mme de Maintenon prouvent qu’elle y prit une part active et qu’elle aida très-puissamment le père de La Chaise 1 . Mais elles prouvent en même temps que, loin d’exciter aux persécutions, elle ne les avait même pas prévues , et qu’elle partagea d’abord les illusions du roi sur les véritables dispositions des réformés*. Plus tard, quand la vérité se lit jour ,

1 . « On est fort content du père de La Chaise : il inspire au roi de grandes choses. Bientôt tous ses sujets serviront Dieu en esprit et en vérité. » (Lettre à Mme de Saint-Géran, du 20 décembre 1683.)

2. « Le roi est fort content d’avoir mis la dernière main au grand ouvrage de la réunion des hérétiques à l’Eglise. Le père de La Chaise a promis qu’il n’en coûterait pas une goutte de sang, et

elle manqua de courage et n’entreprit même pas de plaider la cause de l’humanité. Elle n’aurait probablement pas réussi ; mais il lui eût été glorieux d’essayer, et sa participation aux mesures qui avaient amené tant de malheurs semblait lui en faire un devoir de conscience.

Il est certain que son influence , puissante dans les petites choses, ou lorsqu’il s’agissait de l’appréciation des personnes, disparaissait presque toujours dans les grandes questions politiques. Louis XIV tenait trop aux maximes de son gouvernement poulies sacrifier, même à la femme qu’il aimait le plus. Mme de Maintenon ne se hasarda jamais à les attaquer de front; elle ne les combattit qu’indirectement, et avec une timidité extrême. Par exemple, elle gémissait du faste de Louis XIV et de l’énormité des impôts 1 ; elle ne put même obtenir que la cha-

M. deLouvoisdit la même chose. Je suis bien aise que ceux de Paris aient entendu raison. Claude était un séditieux qui les confirmait dans leurs erreurs. Depuis qu’ils ne l’ont plus ils sont plus dociles. Je crois bien, comme vous, que toutes ces conversions ne sont pas également sincères ; mais Dieu se sert de toutes les voies pour ramener à lui les hérétiques. Leurs enfants du moins seront catholiques. Si les pères sont hypocrites, leur réunion extérieure les rapproche du moins de la vérité ; ils en ont du moins les signes communs avec les fidèles. Priez Dieu qu’il les éclaire tous : le roi n’a rien plus à cœur. «(Lettre à Mme de Saint-Géran, 25 oct. 1685).

I . « Le roi n’a jamais été de si bonne humeur que depuis qu'il a' été témoin de l’amour de sa capitale. Je lui aime bien ces sentiments. Ils lui inspireront peut-être le dessein de soulager son peuple. » (Lettre du 2 février 1687).

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pelle de Versailles fût décorée avec moins de luxe. Elle craignait et détestait la guerre , et l’on ne peut douter qu’elle n’ait souvent conseillé au roi la modération. En 1684, elle écrivait à Mme de Saint- Géran : « Je ne respire qu’après la paix. Je ne donnerai jamais au roi de conseils désavantageux à sa gloire ; mais , si j’étais crue , on aurait moins d’ambition, on serait moins ébloui de cet éclat d’une victoire, et l’on songerait plus sérieusement à son salut. Mais ce n’est pas à moi à gouverner l’État. Je demande tous les jours à Dieu qu’il en inspire et qu’il en dirige le maître, qu’il lui fasse connaître la vérité, qu’il lui donne des sentiments de paix. » Elle crut avoir réussi après la trêve de Ratisbonne , ne comprenant pas bien, apparemment, tout ce qu’il y avait d’excessif et d’insultant dans les procédés de Louis XIV envers la république de Gènes, envers le pape, envers l’Empire. «Je suis, écrivaitelle en 1687, un peu mieux instruite qu’on ne l’est à Paris , et je ne vois point d’apparence de guerre. Le roi a des sentiments très-pacifiques. Si l’on en croyait certaines gens , il arrêterait les progrès de la maison d’Autriche; mais le roi est trop fidèle à sa parole pour mettre, par une jalousie mal fondée, toute l’Europe en feu. Dans un autre temps je n’aurais peut-être pas répondu de lui ; mais, à présent, Dieu lui a inspiré un amour pour la paix, qui augmente tous les jours. » *

Par certaines gens elle entendait Louvois qui , en ce temps-Htmênic, poussait son maître à la guerre, et qui employa, pour la faire éclater, les [dus coupables manœuvres. Il y eut alors une lutte d’influence très-vive entre le ministre et la favorite, et ; '* nous en trouvons quelques traces dans la correspondance qui nous a déjà tant servi. « M. de Louvois parait désolé de ce que son crédit commence à tomber. Il m’envie ma faveur; il m’attribue les dégoûts du roi. Enfin, il veut se rendre nécessaire par quelque guerre nouvelle. Le ciel m’a fait bien des grâces; il ne manque à mon bonheur temporel que la certitude de la paix. »

Saint-Simon attribue cet antagonisme à ce que Louvois aurait empêché Louis XIV de déclarer son mariage et de couronner Mine de Mainlenon. Voici le récit de cet écrivain , à qui l’on ne peut du moins contester le mérite d’un très-vif coloris, et d’une piquante mise en scène.

« Louvois , qui était toujours bien informé de l’intérieur le plus intime, et qui n’épargnait rien pour l’être fidèlement et promptement, sut les manèges de Mme de Maintenon pour se faire déclarer, que le roi avait eu la faiblesse de le lui promettre, et que la chose allait éclater. Il mande à Versailles l’archevêque de Paris, et, au sortir du dîner, prend des papiers, et s’en va chez le roi, et entre droit dans les cabinets. Le roi , qui allait

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se promener, sortait de sa chaise percée, et raccommodait ses chausses. Voyant Louvois à l’heure qu’il ne l’attendait pas , il lui demande ce qui l’amène.— ■■ Quelque chose de pressé et d’important,» lui répondit Louvois d’un air triste qui étonna le roi , et qui l’engagea à commander à ce qui était toujours là de valets intérieurs, de sortir....

« Eux sortis, Louvois ne feignit point de dire au roi ce qui l’amenait. Ce monarque était souvent faux, mais il n’était pas au-dessus du mensonge. Surpris d’ôtre découvert, il s’entortilla de faibles et transparents détours; et, pressé par son ministre , se mit à marcher pour gagner l’autre cabinet où étaient les valets, et se délivrer de la sorte; mais Louvois qui l’aperçoit se jette à ses genoux et l’arrête, tire de son côté une petite épée de rien qu’il portait , en présente la garde au roi , et le prie de le tuer sur-le-champ s’il veut persister à déclarer son mariage, lui manquer de parole, ou plutôt à soi-même, et se couvrir, aux yeux de toute l’Europe, d’une infamie qu’il ne veut pas voir. Le roi trépigne , pétillé , dit à Louvois de le laisser. Louvois le serre de plus en plus par les jambes , de peur qu’il ne lui échappe , lui représente l’horrible contraste de sa couronne, et de la gloire personnelle qu’il y a jointe , avec la honte de ce qu’il veut faire, dont il mourra après de regret et de confusion; en un mot, fait tant, qu’il

lire une seconde fois la parole du roi, qu'il ne déclarera jamais ce mariage. »

Voilà une aventure bien extraordinaire ! Ce n’est évidemment qu’une variante de banecdole rapportée par l’abbé de Choisy, et que nous avons transcrite au précédent chapitre. Saint-Simon , qui n’éta t pas encore né quand Mme de Maintenon parut à la cour, a raconté , de très-bonne foi peutêtre, ce qu’il avait entendu dire, vers 1710, aux mécontents avec lesquels il. passait alors sa vie. Il ne faut donc faire honneur à son imagination , ni des chausses raccommodées , ni de la petite épée de rien , ni des autres détails de cette scène tragicomique. Mais il aurait dû expliquer comment , après la mort de Louvois, qui arriva en 1691 , Mme de Maintenon ne lit aucune tentative pour obtenir ce que Louvois seul avait empêché.

Mme de Maintenon avait commencé à se plaindre de Louvois dès 1680, quand il avait entrepris de rapprocher Louis XIV de Mme de Montespan. Elle n’ignorait pas qu’il s’était opposé à son mariage. Mais Louvois n’avait rien négligé pour rentrer dans ses bonnes grâces. 11 s’était employé avec un grand zèle à la dédommager des dégâts qu’avait entraînés la construction de l’aqueduc. 11 lui avait rendu , lors de la fondation de Saint-Cyr, des services dont elle lui avait su gré. Qu’elle eût ou n’eût pas oublié ses anciens griefs , elle n’en parlait plus depuis

longtemps, lorsque les manœuvres du ministre pour amener la guerre, lui rendirent toute son

antipathie. Saint-Simon raconte lui-même ces ma-

nœuvres, et les qualifie très-sévèrement. 11 n’avait donc pas besoin de chercher une cause fantastique à des faits dont il avait sous la main une explication toute naturelle. Quelle femme, fùt-ce la plus petite bourgeoise, ne s’efforce de détromper son mari sur un homme qui abuse de sa confiance ?

Cependant, si, dans ses entretiens intimes avec Louis XIV, Mme de Maintcnon attaqua le crédit de Louvois, il est à croire qu’elle ne le fit qu’avec sa réserve et sa timidité habituelles. Le 5 septembre 1688, elle écrivait : «J’avais fait des vœux pour la paix, et Dieu nous donne la guerre. Humilionsnous sous sa puissante main. Monseigneur partira de Versailles vers la fin de ce mois. Son armée investira Philisbourg. Louvois n’oubliera rien pour engager par les premiers succès à continuer cette guerre. Je n'ose le (lire au roi. »

Il paraît qu’elle osa, pourtant, et que Louvois s’en aperçut. Nous lisons dans une autre lettre, datée du 4 novembre suivant :

« M. de Louvois veut qu’on aille en Allemagne , et qu’on ravage sans pitié le Palatinat. Cependant, d’habiles gens prétendent qu’il ne faudrait faire la guerre qu’à l’Empereur, et qu’il est de la prudence de ne pas attaquer l’Empire. On fera tout ce qui

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paraiîra glorieux, et l’on pensera ensuite à ce qui est utile ; on agira , et puis on examinera comment on aurait dû agir. Mu présence gêne M. de Louvois. Je ne le contredis pourtant jamais, et le roi a dit plusieurs fois qu’il pouvait parler en toute liberté. »

On voit par ce qui précède que les horreurs commises dans le Palatinat ne furent pas de son goût. Saint-Simon assure qu’elle s’en lit contre Louvois une arme terrible. « ipe ne manqua pas d’en peindre au roi toute la cruauté ; elle n’oublia pas de lui en faire naître les plus grands scrupules, car le roi en était lors plus susceptible qu’il ne l’a été depuis. Elle s’aida aussi de la haine qui en retombait à plomb sur lui, non sur son ministre, et des dangereux effets qu’elle pouvait produire. Enfin elle vint à bout d’aliéner fort le roi et de le mettre de mauvaise humeur contre Louvois.

« Celui-ci, non content des terribles exécutions du Palatinat, voulut encore brûler Trêves. Il le proposa au roi, comme plus nécessaire encore que ce qui avait été fait à Worms et à Spire, dont les ennemis avaient fait leurs places d’armes, et qui en feraient une à Trêves, dans une position à notre égard bien plus dangereuse. La dispute s'échauffa , sans que le roi pût ou voulût être persuadé. On peut juger que Mme de Mainlenon après n’adoucit pas les choses.

« A quelques jours de là, Louvois, qui avait le

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défaut de l’opiniâtreté,... vint à son ordinaire travailler avec le roi chez Mme de Maintenon. A la fin • du travail il lui dit qu’il avait bien senti que le scrupule était la seule raison qui l’eût retenu pour une chose aussi nécessaire à son service que l’était le brûlement de Trêves; qu’il croyait lui en rendre un essentiel de l’en délivrer en s’en chargeant lui-môme, et que pour cela, sans lui en avoir voulu reparler, il avait dépôché un courrier avec l’ordre de brûler Trêves à son arrivée.,

- Le roi fut à l’instant, et contre son naturel, si transporté de colère qu’il se jeta sur les pincettes de la cheminée , et en allait charger Louvois, sans , Mme de Maintenon , qui se jeta aussitôt entre eux deux, en s’écriant : Ah ! Sire, qu’allez-vous faire? et lui ôta les pincettes des mains. Louvois cependant gagnait la porte. Le roi cria après lui pour le rappeler, et lui dit, les yeux étincelants : «Dépêchez un courrier tout à cette heure avec un contre-ordre, et qu’il arrive à temps ! et sachez que votre tête en répond si on brûle une seule maison. » Louvois,

plus mort que vif, s’en alla sur-le-champ. »

Saint-Simon ajoute que le courrier n’était pas encore parti, et que Louvois avait voulu seulement tenter une épreuve. Toujours est-il que Trêves ne fut point brûlée. Saint-Simon attribue le salut de cette ville à l’inlluence de Mme de Maintenon, et telle est sa prévention qu’il semble

en faire un reproche à » la sultane manquée. >• Plù! au ciel qu’elle en eût souvent mérité de semblables !

Ce fut à peu près vers ce temps qu’on résolut l’expédition d’Irlande, pour rendre à Jacques II un trône qu’il avait trop justement perdu. Louvois et Seignelay prétendirent tous deux en avoir la direction. Seignelay l’emporta, et Mme de Maintenon parle de cette affaire en des termes d’où il est permis de conclure qu’elle n’y fut pas étrangère.

« .... h' inquiet ne tient plus qu’à un fil. Il est fort choqué qu’on lui ait ôté la direction des affaires d’Irlande. Il s’en est pris à moi , et puis à Mme de Chevreuse. Il comptait sur des profits immenses. M. de Seignelay ne compte que sur des périls et des travaux. »

La joie du triomphe perce à travers ces phrases voilées.

Cette hostilité de Mme de Maintcnon et du ministre n’avait pu rester secrète. Il y parut bien lors des représentations d 'Esther, dont le succès vint en partie des allusions qu’y saisirent les courtisans. Il était aisé de reconnaître, en effet, dans Aman, Louvois, dans l’altière Vasthi, Mme de'Montespan, dans Esther, Mme de Maintenon, dans le chœur de jeunes filles, les élèves de Saint-Cyr. On voulut même trouver des rapports entre les juifs proscrits

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et les protestants persécutés. Sur ce dernier point on était assez loin de la vérité , car si Mme de ♦ Maintenon descendait d’une famille calviniste, et si elle regrettait les cruautés administratives qui désolaient et ensanglantaient la France , elle ne fit aucun effort pour y mettre un terme, et se contenta de déplorer tout bas que le roi eût été trompé ‘. A d'autrqs égards, les allusions étaient, en effet, transparentes , et ne furent certainement pas l’œuvre du liasard. Racine le fils en fait un mérite à son père qui, dit-il, a suivi en cela l’exemple des anciens. Mme de Maintenon jouit de ces allusions avant tout le monde, si nous en croyons Mme de Caylus. « Il porta le premier acte tout fait. Mme de Maintenon en fut charmée , et sa modestie ne put l’empêcher de trouver dans le caractère d’Esther, et dans quelques circonstances de ce sujet, des choses flatteuses pour elle. La Vaslhi avait ses applications, Aman des traits de ressemblance.... » etc. Ainsi Racine avait flatté à la fois Mme de Maintenon dans son amour-propre et dans sa haine.

Ces vers, en effet,

Cependant, mon amour pour notre nation

A rempli ce palais de filles de Sion,

I. En 1703, elle écrivit, à propos de l’insurrection des Céveunes, cette phrase trop significative : « Il est inutile que le roi s’inquiète des circonstances de cette révolte : cela ne guérirait pas le mal et lui en ferait beaucoup. »

Jeunes et tendres fleurs, par le sort agitées,

Sous un ciel étranger comme moi transplantées.

Dans un lieu séparé de profanes témoins,

Je mets à les former mon étude et mes soins ;

Et c’est là que, fuyant l’orgueil du diadème,

Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-môme. Aux pieds de l’Éternel je viens m'humilier.

Et goûter le plaisir de me faire oublier.

ces vers, tlisons-rions , s’appliquent trop exactement à l’établissement de Sainl-Cjr et aux habitudes de Mme de Maintenon pour qu’on puisse douter de l’intention qui les a dictés. Le sens de ceuxci n’est pas moins clair :

Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours, et jamais ne me lasse.

De l’aimable vertu doux et puissants attraits!

Tout respire en Esther l'innocence et la paix.

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres.

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.

Quant à la tirade d’Aman :

Il sait qu’il me doit tout, et que pour sa grandeur J’ai foulé sous mes pieds remords, crainte, pudeur; Qu’avec un cœur d’airain exerçant la puissance,

J’ai fait taire les lois et gémir l’innocence, etc. ,

elle est un peu dure, et l’on hésiterait peut-être à y soupçonner une arrière-pensée, si l’on ne savait que ces mots il sait qu’il me doit tout , avaient échappé à Louvois lui-même, dans une conversa, lion avec Mme de Maintenon. On est assez étonné

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que le tendre Racine ait eu tant de hardiesse. On l’est plus encore que l’orgueilleux Louvois ne se soit pas vengé. Rien ne fait mieux voir combien son crédit avait baissé , cl combien la puissance de Mme de Mainlenon s’était accrue.

La tragédie d'Esther nous ramène à Saint-Cyr, dont Mme de Maintenon s’occupait plus que jamais. C’est là qu’elle gouvernait réellement , et que son autorité était absolue. Elle y surveillait l’administration intérieure; elle y dirigeait l’instruction religieuse et l’instruction mondaine. Elle s’y était fait arranger un petit appartement où elle allait souvent passer la matinée , loin de la cour dont le tumulte l’obsédait, dont elle dédaignait les vanités et détestait les cabales. Elle ne retrouvait qu’à Saint-Cyr le repos et la liberté.

On ne peut qu’approuver les règlements qu’elle y établit, les principes d’éducation qu’elle y lit prévaloir. On a un certain nombre de lettres écrites par elle, soit aux dames institutrices, soit à quelques-unes des élèves sorties de Saint-Cyr pour se marier. Elles traite les premières en religieuses, qu’elles étaient , leur parle le langage d’un directeur, ou plutôt d’une abbesse, et les pousse avec un grand zèle dans les voies de la perfection ascétique. Quant aux élèves, qui sont destinées au monde, elle ne leur demande qu’une piété sincère, de la droiture de cœur, de la modestie et de la rai-

son. On pourra juger de l’esprit qui l’animait par ce fragment d’une lettre adressée A l’abbé Gobelin, à qui, dès l’origine, elle avait confié dans la maison des fonctions importantes.

>■ "Vous ne pouvez trop prêcher l’humilité à nos postulantes. Je crains que Mme de Brinon ne leur ait inspiré une certaine grandeur , et que le voisinage de la cour, une fondation royale, les visites du roi, et même les miennes, ne leur donnent une idée de chanoinesses , et de dames importantes, ce qui s’opposerait fort au bien que nous voulons faire. Il y a un milieu à prendre entre une orgueilleuse dévotion et les misères et petitesses des couvents.... »

Les élèves de Saint-Cyr recevaient une instruction littéraire très-soignée. Mme de Brinon, qui fut, comme nous l’avons dit, la première supérieure, avait de l’esprit, si l’on en croit Mme de Caylus, et » une facilité incroyable d’écrire et de parler. » Pour exercer les élèves à une prononciation nette et correcte, — chose très-nécessaire, puisqu’il y en avait de toutes les provinces, — pour leur donner l’aisance de manières indispensable dans le monde, et sans laquelle on y semble déplacé, elle imagina de leur faire jouer à huis clos des pièces de théâtre, et en composa plusieurs elle-même à celte intention. Mme de Maintenon voulut en voir une. « Elle la trouva, dit Mme de 101 o

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Caylus, telle qu’elle était, c’est-à-dire si mauvaise, qu’elle la pria de n’en plus faire jouer de semblables , et de prendre plutôt quelques belles pièces de Corneille ou de Racine , 'choisissant seulement celles où il y aurait le moins d’amour.

« Ces petites tilles représentèrent Cinna assez passablement pour des enfants qui n’avaient été formées au théâtre que par une vieille religieuse. Elles jouèrent ensuite Andromaquc ; et, soit que les actrices en fussent mieux choisies, ou qu’elles commençassent à prendre des airs de la cour, dont elles ne laissaient pas de voir de temps en temps tout ce qu’il y avait de meilleur, cette pièce ne fut que trop bien représentée , au gré de Mme de Maintenon, et elle lui fit appréhender que cet amusement ne leur insinuât des sentiments opposés à ceux qu’elle voidail leur inspirer. Cependant, comme elle était persuadée que ces sortes d’amusements sont bons à la jeunesse , qu’ils donnent de la grâce, apprennent à mieux prononcer, et cultivent la mémoire (car elle n’oubliait rien de tout ce qui pouvait contribuer à l’éducation de ces demoiselles, dont elle se croyait avec raison particulièrement chargée), elle écrivit à M. Racine : « Nos petites tilles viennent de jouer Andromaque, et l’ont si bien jouée, qu’elles ne la joueront plus, ni aucune de vos pièces. » Elle le pria de lui faire , dans ses moments de loisir, quelque cs-

DE MADAME DE MaINTENON. 227

pèce de poème moral ou historique dont l'amour fût entièrement banni, et dans lequel il ne crût pas que sa réputation fût intéressée, puisqu’il demeurerait enseveli dans Sainl-Cvr, ajoutant qu’il ne lui importait que cet ouvrage fût contre les règles, pourvu qu’il contribuât aux vues qu’elle avait de divertir les demoiselles de Saint-Cyr en les instruisant. »

Racine écrivit Esther, et, selon son habitude r il y mit le temps. Une année s’écoula entre la demande de Mme de Maintenon et la première représentation de la pièce. Ce fut un grand événement littéraire, car, depuis douze ans, Racine avait renoncé par dévotion au théâtre et à la poésie, et probablement il n’y serait jamais revenu si une sollicitation partie de si haut ne l’y eût en quelque sorte contraint. Nous devons donc à Mme de Maintenon Esther et Athalie -, et la postérité ne l’oubliera pas.

Le roi se rendit à Saint-Cyr, accompagné de ce qu’il y avait à la cour de plus considérable, pour assister à la première représentation d 'Esther. 11 y prit tant de plaisir qu’il voulut voir plusieurs fois cet ouvrage. On imagine de reste avec quel enthousiasme les courtisans l’accueillirent. Racine le lit imprimer, et demanda lui-môme que le privilège interdit aux comédiens de Je jouer. 11 ne l avait pas fait pour le théâtre, et savait bien qu’il ne

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s’y pourrait soutenir*. Il voulut le dédier à Mme de Maintenon, qui refusa cet honneur.

Encouragée par le succès d 'Esther, elle pria Racine de s’occuper d’une autre pièce, et le roi le lui commanda. Racine fit Athalie. Mais pendant qu’il y travaillait , « Mme de Maintenon , dit Mme de Caylus, reçut de tous côtés tant d’avis et tant de représentations des dévots, qui agissaient en cela de bonne foi, et de la part des poètes jaloux de la gloire de Racine, qui, non contents de faire parler les gens de bien, écrivirent plusieurs lettres anonymes, qu’ils empêchèrent enfin Athalie d’ètre représentée sur le théâtre. On disait à Mme de Maintenon qju’il était honteux à elle d’exposer sur le théâtre des demoiselles rassemblées de toutes les parties du rayaume pour recevoir une éducation chrétienne, et que c’était mal répondre à l’idée que l’établissement de Saint-Cyr avait fait concevoir. J’avais pari aussi à ces discours : on trouvait qu’il était fort indécent à elle de me faire voir sur un théâtre à toute la cour. »

Mme de Maintenon et Louis XIV cédèrent à ces clameurs. Il n’y eut plus de représentation à Saint- Cyr. Athalie fut exécutée, deux fois seulement, sans

I . Cela aurait choqué d’ailleurs le sentiment public , si bien exprimé par Mme de Sévigné : « Il fallait des personnes innocentes pour chanter les malheurs de Sion. La Champmeslé nous eût fait mal au cœur. »

costumes, à Versailles, dans la chambre de Mme de Maintenon , devant elle et Louis XIV. « Cette pièce est si belle, dit Mme de Caylus, que l’action n’en parut pas refroidie. » C’est possible. Mais le roi n’ayant donné cette fois aucune publicité à son approbation, le chef-d’œuvre de Racine fut à peine lu, et n’eut aucun succès.

Ces amusements n’empêchaient pas Louis XIV de pousser très-vivement la guerre. Jacques II, rejeté par la nation anglaise , et détrôné par son gendre, reçut en France une hospitalité généreuse et vraiment royale. Mais Louis XIV ne put, en cette circonstance, commander à l’opinion. La cour et la ville trouvèrent Jacques II ridicule 1 2 , chute bien profonde pour un prince qui avait répandu tant de sang. Mme de Maintenon, au contraire, l'admira. — « 11 est beau , écrit-elle à Mme de Saint-Géran , il esl beau de voir un roi confesseur! » Dès que Louis XIV eut entrepris de venger le dernier des Stuarts , et de le replacer sur son trône, elle n’eut plus d’objections contre la guerre.

Le roi, en 1688, avait envoyé Monseigneur et le duc du Maine au siège de Philisbourg*.

1. Ou connaît le couplet de Fontenelle: Quand je veux rimer à Guillaume, etc. On connaît aussi le mot de l’archevêque de Reims: Voilà un bonhomme qui a quitté trois royaumes pour une messe.

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