Monseigneur écrivit plusieurs fois à Mme de Maintenon
HISTOIRE
En 1691 il alla lui nu'me au siège de Mous, et Mme de Mainlenon passa tout le temps de son absence à Saint-Cyr, dans la plus profonde retraite. Ce fut tout le contraire l’année suivante. Louis XIV voulut présider en personne à la prise de Namur, et il 'emmena à sa suite Mme de Maintenon et les dames de la cour. Elles furent logées à six lieues
pendant la campagne , et l’on voit par ses lettres en quels termes il était avec elle. En voici quelques extraits :
10 octobre 1688. — Je ne vous avais pas encore écrit, de peur de vous importuner.... Je ne me sens pas de joie de ce qu’il (le roi) est content de moi. Je vous suis infiniment obligé de la part que vous prenez à ce qui me regarde. Je vous prie de faire mes compliments aux comtesses. On m’avait déjà dit que l’on jouait chez vous, et je crois que cela fait un bel effet auprès de cette grande fenêtre que j’aimais tant. J’espère que nous aurons fini ceci dans dix ou douze jours. Comme le roi reçoit de mes nouvelles fort souvent, je crois qu’il n’est pas nécessaire que je vous en mande. Tout ce que je vous dirai, c’est que je m’applique le plus que je puis à devenir capable de quelque chose , que j’entre dans tous les détails, et me fais rendre compte de tout. Je vous prie d’être persuadée que personne n’est plus à vous que moi. •
(Du 81 octobre.) — Je me flatte que vous n’ètes pas fâchée de la conquête que je viens de faire. Je vous assure qu’elle me fait un double plaisir, par la gloire que j’en acquiers, et par la satisfaction que je sais que le roi en aura. M. le duc de Montauzier m’écrit les plus belles choses du monde. (I.a lettre de M. de Montauzier est assez connue.) Comptez que vous n’avez pas de meilleur ami que moi
( Du 12 novemhre. ) — La capitulation de Manheim vient d’être signée. Je me flatte que vous n’en serez pas fâchée.... J’espère que Frankendal ne durera pas longtemps, et que je pourrai vous témoigner bientôt moi-même l’amitié que j’ai pour vous.
de la place assiégée, dans. la petite ville de Dinant, d’où elles entendaient la canonnade.
Louvois était mort subitement en 1691 , au moment môme où sa disgrâce venait d’ôtre résolue. Il ne fut donc pas plus regretté du roi que de Mme de Maintenon. « Dites à la reine que mes affaires n’en iront pas plus mal, » répondit gaiement Louis XIV au compliment de condoléance de la reine d’Angleterre. Nous trouvons dans une lettre adressée par Mme de Maintenon à Mme de Rochechouart , abbesse de Fontevrault , et sœur de Mme de Montespan, une oraison funèbre à peu près aussi laconique : * Je suis ravie, madame, d’avoir reçu quelques marques du souvenir de Mme de Montespan. Je craignais d’être mal avec elle. Dieu sait si j’ai rien fait contre elle, et combien je l’aime encore! J’aurais quelque curiosité de savoir ce qu’elle a pensé sur l’horrible mort de cet homme qui seul lui paraissait quelque chose, et qui remplissait toutes ses idées.
« Il n’a fait que passer.... il n’était déjà plus. »
Il traversa la galerie en santé, et il allait mourir! »
Pour apercevoir la poitée de ces quelques lignes , il faut se rappeler que Mme de Montespan venait de quitter pour jamais Versailles. Après avoir perdu, par la mort de la reine, sa charge de surintendante, l’ancienne protectrice de Mme de
HISTOIRE
Mainlciion était restée à ki cour eoimnc gouvernante de Mlle de Blois, sa dernière lille. Le mariage de Mlle de Blois lui ayant ôté ce dernier titre en 1691 , « le roi lui avait lait dire par M. l’évêque de Meaux qu’elle ferait bien, pour elle et pour lui, de se retirer'. » On ne sait pas au juste quelle pari Mme de Maintenon avait eue à cet arrêt; mais il est difficile de croire quelle y eût été complètement étrangère.
Mme de Brinon n’était plus à Saint-Cyr. Elle avait contribué pour une très-grande part à tous les règlements qui avaient été faits pour celte maison, et l’on crut d’abord qu’elle était nécessaire pour les maintenir. « Mais, dit Mme de Caylus , comme elle en était encore plus persuadée que les autres, elle se laissa si fort emporter par son caractère naturellement impérieux, que Mme de Maintenon se repentit de s’être donné à ellemême une supérieure aussi hautaine. Elle renvoya donc cette fille dans le temps qu’on la croyait au comble de la faveur; car les gens de la cour, qui la regardaient connue une seconde favorite, la ménageaient, lui écrivaient, et la venaient quelquefois voir, chose qui ne plut pas encore à Mme de Maintenon. Enfin , pendant un voyage de Fontainebleau, elle eut ordre de sortir de Saint-Cyr, et