Mémoires de d’Àubigné
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les torts aient toujours été du côté d’Henri IV. Ce prince savait apprécier la brusque franchise de d’Aubigné et n’en avait que plus de confiance en lui. D’Aubigné, d’ailleurs, avait les défauts de ses qualités. Il était vantard, irritable, satirique, indiscret, exigeant. Il ne trouvait jamais que ses services fussent assez payés. A la vérité , il en retirait plus d’honneur que de profit. Mais y avait-il du bon sens à taxer d’avarice un prince qui, le plus souvent, manquait même du nécessaire?
On connaît sa lettre à Sully, que celui-ci a rapportée dans ses Économies royales : « Mon ami, mes chemises sont toutes déchirées , mon pourpoint troué au coude, ma marmite souvent renversée, et je soupe et dîne chez les autres. » Il semble qu’un chef de parti réduit à un aussi triste état aurait dû trouver ses compagnons moins exigeants, surtout si l’on songe que le capitaine et les soldats défendaient une cause commune et combattaient pour leur croyance. Mais, au fond, les huguenots étaient un parti politique, autant pour le moins qu’une secte. La religion était leur drapeau, mais non leur unique but, et les plus dévoués à leur foi oubliaient rarement qu’ils avaient leur fortune à faire. Aussi accusaient-ils à tout propos leur chef de lésinerie et d’ingratitude. « Montez les degrés, écrivait la duchesse de Rohan , vous oyrez les gentilshommes qui diront : J’ai mis ma vie tant de fois
pour son service, je l’ai tant de temps suivi, j’ai été blessé, j’ai été prisonnier, j’y ai perdu mon fils, mon frère ou mon parent : au partir de là , il ne me connaît plus. »
D’Aubigné était de ces gentilshommes, et des moins réservés. Immédiatement après son évasion , le roi de Navarre lui avait confié une mission importante et périlleuse. A son retour, Henri, pour récompense, lui donna son portrait. D’Aubigné ne refusa point le portrait ; mais il mit au bas ces quatre vers :
Ce prince est d’étrange nature ;
Je ne sais qui diable l’a fait.
Ceux qui le servent en effet,
Il les récompense en peinture.
Quand il se brouilla pour la première fois avec lui, il rencontra dans Agen le grand épagneul de ce prince, errant par la ville, et affamé. Il le recueillit et fit graver sur son collier le sonnet que voici :
Le fidèle Citron, qui couchait autrefois Sur votre lit sacré, couche ores sur la dure.
C’est ce fidèle chien qui apprit de nature A faire des amis et des traîtres le choix.
C’est lui qui les brigands effrayait de sa voix,
Des dents les assassins ; d’où vient donc qu'il endure La faim, le froid, les coups, les dédains et l’injure, Payement coutumier du service des rois?
Sa fierté, sa beauté, sa jeunesse agréable,
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Le fit chérir de vous, mais il fut redoutable A vos haineux, aux siens, par sa dextérité.
Courtisans, qui jetez vos dédaigneuses vues Sur ce chien délaissé, mort de faim par les rues, Attendez ce loyer de la fidélité.
C’est d’Aubigné lui-même qui a rappoité ce fait et transcrit cette œuvre poétique dans ses Mémoires, et il ajoute que l’épagneul fut ramené au roi, « lequel changea de couleur en lisant ces vers, et en resta confus. » On avouera que peu de princes auraient pardonné de pareilles licences.
Mais aucun n’a poussé la tolérance ou l’indifférence plus loin que Henri IV. Un jour, d’Aubigné (c’est son propre récit que nous citons), « se trouvant couché dans la garde-robe de son maître, avec le sieur de La Force, il lui dit : La Force, notre maître est un ladre vert , et le plus ingrat mortel qu’il y ait sur la terre. A quoi l’autre, qui sommeillait, répondit : Que dis-tu, d’Aubigné? Le roi, qui avait entendu, cria : Il dit que je suis un ladre vert, et le plus ingrat mortel qu’il y ail sur la terre. — Dormez , Sire , répliqua d’Aubigné , nous en avons bien d’autres à dire à vos dépens. »
Malgré ses mécontentements et ses plaintes continuelles, d’Aubigné n’en était pas moins dévoué à son parti, et ses bouderies ne l’empêchaient pas de se battre chaque fois que l’occasion s’en présentait. De 1576 à 1589,. il eut presque continuellc-
ment l’épée à la main. Il était près de Henri à Coutras, et, deux ans plus tard, à Saint-Cloud, quand la mort du dernier des Valois le fit roi de France. A partir de cette époque, son acfivilé se ralentit un peu. Il avait pris Maillezais en 1588, et en était resté gouverneur. Il y fut bientôt chargé de la garde du cardinal de Bourbon. On tenta de le corrompre. Un envoyé de la duchesse de Retz lui vint offrir, un jour, à son choix, deux cent mille livres, ou cinquante mille livres et le gouvernement de Belle- Isle. Sa réponse est remarquable et peint admirablement son caractère : « Belle-Isle me conviendrai! mieux pour manger le pain de mon infidélité. Mais ma conscience, qui me suit partout de très-près, s’embarquerait avec moi quand je passerais dans cet asile. Partez donc ! et sachez que si je ne vous avais donné un sauf-conduit, je vous enverrais pieds et poings liés au roi mon maître. »
Huguenot convaincu et inflexible, d’Aubigné fut profondément blessé de l’abjuration du roi. Il se retira dans son gouvernemeut , et fut plusieurs années sans reparaître à la cour. Il y revint un moment en 1 595, et le roi lui ayant montré la cicatrice qui lui était restée à la lèvre du coup de couteau de Jean Chàtel , il lui dit ces paroles célèbres : « Vous n’avez encore renoncé Dieu que des lèvres, et il a percé les lèvres ; si un jour vous le renoncez du cœur, il percera le cœur. » Il a mis depuis
cette réponse en vers, mais ses vers ne valent pas sa prose.
Il poussa plus loin l’opposition, et s’associa plus d’une fois aux tentatives de résistance où le mécontentement des chefs calvinistes se laissait souvent entraîner. Un jour, le duc de La Trémoille, investi dans Thouars par les troupes royales , lui écrivit : « Mon ami, je vous convie , suivant vos serments , à venir mourir avec votre affectionné serviteur. » Il lui répondit : « Monsieur , votre lettre sera bien obéie. Je la blâme pourtant d’une chose : c’est d’avoir allégué mes serments, qui doivent être crus trop inviolables pour me les ramentevoir. »
Henri IV connaissait son cœur, et des deux parts les ressentiments n’eurent jamais une longue durée.
Quatre ans après la mort de ce monarque , il vendit au duc de Rohan son gouvernement de Maillezais et du Roignon , petit poste qui en dépendait, puis il se retira à Saint-Jean-d’Angély, et ne s’y occupa plus que de travaux littéraires. Il a pris, au milieu des écrivains de son temps , une place qui n’est pas à dédaigner. Sa poésie, dure et souvent incorrecte , est relevée de temps en temps par des traits d’une remarquable énergie. Sa prose vaut beaucoup mieux , et les Aventures du baron de Fœneste , ouvrage au-dessous du médiocre , sont plus que compensées par la Confession de Sancy, satire pleine de verve, par l'Histoire secrète de sa vie et
DE MADAME DE MAINTENON. lü
YHistoire universelle de son temps. Ce dernier ouvrage parut en 1016, et fut brûlé, par décret du parlement , « pour contenir plusieurs choses contre l’État et l’honneur des rois , des reines , et autres seigneurs du royaume. » Les condamnations prononcées par le parlement contre les livres ont été souvent pour eux des brevets d’immortalité.
Jusqu’à la prise de la Rochelle, le règne de Louis XIII fut troublé presque continuellement par les agitations des huguenots et les efforts qu’il fallait faire pour les réprimer. En 1620, d’Aubigné ne se croyant plus en sûreté dans son pays, partit tout à coup , accompagné de dix hommes armés , traversa la France à cheval, malgré ses soixante-dix ans, et se réfugia à Genève. Il y fut reçu avec de grands honneurs. On le nomma président du conseil de guerre. Il dirigea les travaux de fortification de Genève et de Berne. 11 prit une part très-active aux négociations par lesquelles les réformés, à cette époque , se procurèrent le secours de l’Angleterre , des ducs de Weimar, et d’autres princes allemands. La cour de France le fit juger par contumace , et il fut condamné à mort. « C’est, dit-il, dans ses mémoires , le quatrième arrêt rendu contre moi pour de semblables crimes, lesquels m’ont fait honneur et plaisir. » Il n’avait pourtant pas à se vanter du dernier. Toute alliance d’un parti avec l’étranger est criminelle. Mais ce point de la mor
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raie politique n’était pas encore , à cette époque , suffisamment établi.
Ce fut alors qu’il se remaria 1 , comme pour donner un démenti à ce dernier arrêt , ajoute l’un de ses historiens. Il avait soixante-treize ans, vécut sept ans encore , et conserva presque jusqu’à son dernier jour sa santé, sa vigueur, l’activité de son esprit et l’énergie de son âme. 11 mourut le 9 mai 1630 , âgé de quatre-vingts ans. La lettre suivante , adressée par sa veuve à M. de Villette, son gendre, donnera une idée des mœurs et du langage du temps. ,
« Il faut que je vous dise , avec une main tremblante et le cœur plein d’angoisse et d’amertume , que Dieu a retiré à soi notre bon seigneur , et votre bon et affectionné père, et à moi aussi père et mari si cher et bien aimé, que je m’estime bien heureuse de l’avoir servi , et malheureuse de ne le servir plus. Hélas! tout d’un coup il m’a été ravi!... Il tomba malade le dimanche, à quatre heures du matin, le 21 avril, selon le style nouveau; il rendit l’esprit à six heures, le jeudi matin, 9 mai, le jour de l’Ascension. Je supplie madame ma fille de modérer sa très-juste douleur... Il eut très-bonne connaissance jusqu’à quelques moments avant qu’il mourût. Il nous a rendu de grands témoignages de
1 . Il avait épousé en premières noces Mlle Suzanne de Lezay, dame de Surineau.
la joie qu’il ressentait, et , quand il faisait des difficultés de prendre nourriture, il disait : Ma mie , laissez-moi aller en paix , je veux aller manger du pain céleste.... En ses deux dernières nuits, il fut consolé par deux excellents ministres de ses amis. Il n’a manqué ni d’assistance, ni de consolation jusqu’à son dernier soupir , par les plus excellents hommes de la ville.... il est regretté de tous les gens de bien. Il a achevé ses jours en paix, et, deux heures avant sa fin, il dit d’une face joyeuse, et d’un esprit paisible et content :
La voici, l’heureuse journée Que Dieu a faite à plein désir;
Par nous soit gloire à lui donnée,
Et prenons en elle plaisir.
« Je n’oublierai jamais celui de qui j’ai eu l’honneur d’être si chèrement aimée, et à qui je ne puis penser que je ne jette un ruisseau de larmes. »
D’Aubigné avait eu de son premier mariage un fils et deux filles. Ces deux filles épousèrent, l’une M. de Caumont-Dade , l’autre M. le marquis de Villelte. Le fils, Constant d’Aubignô, n’eut de commun avec son père que le nom.
Le meilleur moyen de le faire connaître , c’est de transcrire ici ce qu’en a écrit Théodore-Agrippa lui-même.
« Comme Dieu n’attache pas ses grâces à la chair ni au sang , mon fils aîné, nommé Constant d’A.u- 101 &
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bigné, ne ressembla pas à son père, quoique j’eusse pris tous les soins possibles de son éducation. Je l’avais élevé avec autant d’application et de dépense que si c’eût été un prince ; mais ce misérable, s’étant d’abord adonné au jeu et à l’ivrognerie à Sedan, où je l’avais envoyé aux académies, et s’étant ensuite dégoûté de l’étude , acheva de se perdre entièrement dans les musicos de Hollande , parmi les tilles de joie. Ensuite qu’il fut revenu en France , il se maria sans mon consentement à une malheureuse qu’il a depuis tuée. Voulant le tirer de la cour, où il continuait ses débauches, je lui fis donner un régiment, lors de la guerre du prince de Condé, que je mis sur pied à mes dépens ; mais rien ne pouvait arrêter ni contenter les passions déréglées de cet esprit volage, libertin et audacieux. Il retourna à la cour, où il perdit au jeu vingt fois plus qu’il n’avait vaillant, de sorte que, se trouvant sans ressource, il abjura sa religion, et embrassa la romaine , dont il ne faisait pas cependant profession publique de peur que je ne le déshéritasse. Puis il s’en vint en Poitou , à dessein de me dépouiller de mes deux places de Maiilezais et du Doignon. Comme je ne connaissais point sa perverse intention, je le fis mon lieutenant dans Maiilezais, avec pleine puissance d’y commander en mon absence, et je me retirai au Doignon.
« Par cette belle disposition, la ville de Maiilezais
DE MADAME DE MAINTENON. t!)
devint bientôt un brelan public, un rendez-vous de femmes de mauvaise vie et une vraie boutique de faux monnayeurs. De plus, ce digne commandant, pour faire sa cour, se vantait dans ses lettres que tous les soldats de la garnison étaient plus à lui qu’à moi. Je ne fus pas longtemps sans être informé de toutes ccs choses.... ce qui me fit aussitôt recourir au remède. Je me mis, pour cet effet, dans un grand bateau, avec un nombre de soldats affidés, des pétards et des échelles, et, m’étant approché, à la faveur de la nuit, des murailles de Maillezais , je m’avançai seul et travesti pour gagner la porte de la citadelle. La sentinelle, m’ayant découvert, se mit en devoir de m’en empêcher, mais je ne lui en donnai pas le temps, car, lui sautant au cou, et lui faisant briller aux yeux un poignard qui le fit taire, je me rendis le maître de ladite porte , je fis entrer par elle mes gens dans la citadelle, et j’en chassai ceux de mon fils que je croyais lui être le plus attachés. Mon indigne fils, se voyant ainsi délogé de sa tanière, se retira à Niort, auprès du baron de Neuillant, révolté comme lui contre son père....»
Et d’Aubigné fut bientôt forcé de faire contre son fils une seconde expédition , « tout fébricitant qu'il était. » Plus tard, Constant d’Aubigné fit semblant de revenir à la religion réformée, obtint par ce moyen le pardon de son père , qui était à Ge-
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nève, et la confiance du parti, passa en Angleterre, fut admis aux conseils où le gouvernement anglais décida de secourir la Rochelle , puis revint à Paris et vendit ce secret au gouvernement français. Le vieil Agrippa , au désespoir , le déshérita et le maudit. Constant d’Aubigné, pour prix de son service, devint écuyer du roi et gentilhomme de la chambre; on lui rendit la baronnie de §urineau, qui avait été confisquée sur son père. Il profita de ces faveurs de la fortune pour se remarier. Tous les biens lui venaient à la fois , en récompense d’une action infâme.
Mais son bonheur dura peu. Ses perfidies l’avaient élevé, l’avaient enrichi: ses désordres l’abîmèrent. Quand il se vit ruiné, il voulut former un établissement à la Caroline. A cet effet il noua des intelligences avec le gouvernement anglais. On eut vent de ses menées, et il fut enfermé au château Trompette , à Bordeaux , d’où il obtint d’étre tranféré à Niort.
On ne l’avait point séparé de Mme d’Aubigné, femme respectable par sa vertu, son dévouement sans bornes et ses malheurs. C’est dans la conciergerie de la prison de Niort que naquit , le 27 novembre 1635, son troisième enfant, Françoise d’Aubigné , qui devait , après les plus étranges vicissitudes, s’appeler, un jour la marquise de Maintenon, et épouser Louis XIV.
Mademoiselle d’Aubigné (1635-1662).
La plupart des historiens font un tableau effrayant de la misère de cette famille enfermée à Niort. Cependant la petite d’Aubigné eut pour parrain le comte François de La Rochefoucauld, et pour marraine Suzanne de Baudéan, fille du baron de Neuillant, laquelle depuis, fut la maréchale de Navailles. M. de Neuillant, parent des d’Aubigné, était gouverneur de Niort. On éprouve quelque embarras à concilier cet extrême dénûment avec des relations aussi élevées.
Mme de Villette , cette fille de Théodore-Agrippa dont nous avons déjà parlé, vint voir son frère dans sa prison et eut pitié de lui. Elle se chargea de ses trois enfants, et les emmena chez elle au château de Murçay, près de Niort. Elle avait ellemême une fille au berceau, qui fut depuis Mme de Sainte-Hermine. Les deux cousines eurent la même nourrice.
On ne saurait dire au juste combien de temps la petite d’Aubigné resta près de sa tante. Il paraît que Constant d’Aubigné fut de nouveau transféré de Niort au château Trompette. Un jour que
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Mlle d’Aubigné jouait avec la fille du concierge, celle-ci lui dit :
« J’ai un ménage d’argent , et vous êtes trop pauvre pour en avoir un pareil.
— C’est vrai, répondit la petite Françoise, mais je suis demoiselle, et vous ne l’ètes pas. »
Elle ne pouvait pas avoir alors plus de trois ou quatre ans.
Constant d’Aubigné fut enfin élargi, et voulut de nouveau aller chercher la fortune en Amérique. Il partit pour la Martinique, où l’on avait ébauché déjà quelques établissements. Pendant la traversée, sa fille fut dangereusement malade : on la crut morte, et, sans celte obstination de l’amour maternel qui ne renonce jamais à l’espérance, on l’aurait jetée à la mer. Peu après, le bâtiment qui la portait faillit d’être pris par un corsaire. Ajoutons , pour en finir avec les aventures de son enfance, ce qu’on lit dans le recueil d’anecdotes intitulé : Segraisiana.
«Mme de Maintenon m’a raconté qu’étant à la Martinique à la campagne , et mangeant du lait avec sa mère, un serpent long de plusieurs coudées vint pour être de la compagnie. Elles ne l’attendirent pas; elles s’enfuirent bien vite et elles lui laissèrent chacune leur part qu’il avala. «
Un jour qu’elle racontait à Versailles ces incidents de la première époque de sa vie : « Madame ,
lui dit l’évèque de Metz, on ne revient pas de si loin pour peu de chose. »
Constant d’Aubigné réussit d’abord à la Marti- nique. Mais ses vices, pour employer l’expression pittoresque de son père , s’étaient embarqués avec lui. Il perdit au jeu tout ce qu’il avait acquis par la culture et le commerce, et vécut misérablement, quelque temps encore., d’un petit emploi militaire dont le produit ne suffisait pas à l’entretien de sa famille. Après sa mort, Mme d’Aubigné revint en France avec ses deux enfants'. Ce fut, selon toute apparence vers 1644 ou 1645.
C’était une femme d’un esprit sérieux , d’un caractère triste , d’une moralité austère , d’une tendresse concentrée et sans effusions. Elle avait, dès les premières années, donné de grands soins à l’éducation de sa fille. Mais en France il fallut qu’elle s’en séparât encore. Elle était revenue à peu près sans ressource, et fut bientôt réduite à vivre du travail de ses mains. Obligée d’ailleurs de poursuivre devant les tribunaux la restitution de l’héritage de ses enfants*, elle eut à faire plusieurs voyages, et confia de nouveau Françoise, alors âgée de onze ans, à Mme de Villette sa belle-sœur.