L'aîné avait peu vécu
2. Théodore-Agrippa, lorsqu’il avait déshérité son fils Constant, avait légué aux enfants légitimes de celui-ci, s’il en naissait, sa terre des Landes, dont M. de Caumont-Dade s’était emparé.
On a une lettre d’elle, datée du 28 juillet 1646, où elle lui dit : « Je crains bien que cette pauvre petite galeuse ne vous donne bien de la peine : ce sont des effets de votre bonté de l’avoir voulu prendre. Dieu lui fasse la grâce de s’en pouvoir revanchcr! »
Cependant Mme d’Aubigné était catholique, et Mme de Villelte, digne fille *de Théodore-Agrippa , élevait Françoise dans la religion réformée. Cette semence fructifia rapidement, et Mme d’Aubigné s’aperçut bientôt que Françoise avait à cet égard des sentiments plus décidés qu’on n’en a d’ordinaire à un âge si tendre. Un jour elle voulut la mener à la messe, et l’enfant s’y refusa. La mère insista.
« Vous ne m’aimez donc pas? lui dit-elle.
— J’aime encore plus mon Dieu, répondit Françoise. »
Elle la conduisit à l’église, ou plutôt elle l’y traîna. Mais l’enfant y commit de tels actes d’irrévérence que sa mère, excédée, lui donna un soufflet. Aussitôt, présentant l’autre joue :
« Frappez, dit-elle, il est beau de souffrir pour sa religion. »
Mme d’Aubigné redemanda sa fille à sa bellesœur, qui prétendit la garder» Mine de Neuillant, qui était de la famille , et catholique fervente , intervint , et obtint un ordre de la cour pour retirer
Françoise des mains de sa tante, et la faire rentrer au sein de l’orthodoxie.
Cela ne fut pas facile. La jeune fille s’obstinait et disputait contre tout le monde , sans excepter le curé, à qui elle dit un jour, se trouvant à bout d’arguments :
v Vous en savez plus que moi : mais voilà un livre (la Bible) qui en sait plus que vous. Ce livre ne dit pas ce que vous dites , et c’est pour cela que vous ne voulez pas qu’on le lise. »
Mme de Neuillant s’irrita enfin de celte résistance. C’est une erreur trop commune de croire que l’autorité peut suppléer au raisonnement, et la contrainte à la persuasion. « Les duretés succédèrent à la douceur. On la confondit avec les domestiques; on la chargea des plus vils détails de la maison. « Je commandais dans la basse-cour, a-t- « elle dit depuis, et c’est par là que mon règne a « commencé. » Tous les matins, un loup sur le visage , pour conserver son teint , un chapeau de paille sur la tête, un panier au bras, une gaule à la main , elle allait garder les dindons , avec ordre de ne toucher au panier, où était le déjeuner, qu’après avoir appris cinq quatrains de Pibrac 1 . *
Un jeune paysan la délivra de ces humiliations en lui faisant une déclaration d’amour. On la mit