‹ Madame de MaintenonChapitre 9 sur 36 · M. le duc de Noailles · texte numérisé non relu

M. le duc de Noailles

pressée et naturelle ce que son maintien avait de réservé. Sa vertu, déjà ferme, s’était fait un plan de défense générale , résolue à ne se laisser entamer sur aucun point. » « C’est là, dit Mme de Caylus, que cette jeune personne imprima, par ses manières honnêtes et modestes, tant de respect, qu’aucun des jeunes gens qui fréquentaient la maison n’osa jamais prononcer devant elle une parole à double entente, et qu’un de ces jeunes gens dit : « S’il fallait prendre des libertés avec la «reine, ou avec Mme Scarron, je ne balancerais « pas , j’en prendrais plutôt avec la reine. » Elle passait ses carêmes à manger un hareng au bout de la table, et se retirait aussitôt dans sa chambre, parce quelle avait compris qu’une conduite moins exacte et moins austère, à l’àge où elle était, ferait que la licence de celte jeunesse n’aurait plus de frein, et deviendrait préjudiciable à sa réputation. Ce n’est pas d’elle seule que je liens ces particularités, je les tiens de mon père , de M. de Beuvron , et de plusieurs autres qui vivaient dans la maison en ce même temps. »

Le ré:it de Mme de Caylus est confirmé par Tallemant de Réaux.

«Scarron, dit-il, a souffert que beaucoup de gens aient porté chez lui ‘de quoi faire bonne chère. Une fois , le comte du Lude, un peu brusquement, voulut faire de même : il mangea bien

18 HISTOIRE

avec le mari, mais la femme se retira dans sa

chambre. »

Pour être devenue plus décente , la maison n’en fut pourtant pas plus triste. On y fut moins familier, on y plaisanta avec plus de goût et plus de grâce , on y eut meilleur ton ; voilà tout. Scarron n’en fut pas moins recherché pour cela. Tout porte à croire, au contraire, qu’il le fut davantage, et il en paraît , dans une lettre , singulièrement flatté. « On fait dire tous les jours aux princes , ducs et officiers de la couronne qu’on ne voit personne , et l’ambition d’être admis à notre petite société commence à être grande et à s’échauffer furieusement dans la cour et dans la ville *. »

L’histoire du hareng au bout de la table montre avec quelle exactitude rigoureuse Mme Scarron, dès cette époque, obéissait à toutes les prescriptions de l’Église catholique. L’instruction religieuse qu’elle avait reçue au couvent, avant et après sa conversion , avait fait sur son esprit une impression ineffaçable. Elle s’en était imprégnée , si bien qu’à vingt ans elle parlait déjà le langage de la dévotion comme un grave prédicateur. En 1654, elle écrivait à une femme qui avait été jadis la maîtresse de son mari, et qui, depuis, s’était compromise par d’autres faiblesses : « .... Vous seriez

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