INTRODUCTION. XIII
Elle n'a d'expression vive et qui sente la passion qu'à ce propos. « C'est le lieu de délices pour moi », dit-elle de Saint-Cyr ; « j'en reviens toujours plus assottée », dit-elle de Rueil. De même dans toute sa vie de jeunesse elle semble n'avoir euqu'uiie seule crise de sentiment exalté, c'est quand on la sépara de cette maîtresse de Niort qu'elle remplaçait pendant ses maladies. Alors elle fut malade de chagrin, demandant à Dieu de mourir. Sa vie tout entière a donc été remplie de préoccupations scolaires, de goûts et de soucis d'éducation. Epouse de roi, elle resta institutrice, le fut plus que jamais. L'idée de Saint-Cyr, dans une mesure beaucoup plus restreinte et humble, remonte à Tannée 1680 environ, avant son avènement. Elle n'avait qu'à se souvenir de sa triste enfance pour songer adonner l'éducation, l'instruction et l'affection à quelques filles pauvres et dénuées ; mais il n'était pas vulgaire de s'en souvenir. Elle eut à Montmorency, sous la direction d'une Ursuline. madame de Brinon, un petit nombre de pauvres filles, la plupart tirées de Maintenon, à qui elle faisait donner une instruction élémentaire, un peu de lecture, d'écriture et de catéchisme, et beaucoup de couture (1680). L'essai réussit. Pour avoir son troupeau plus proche d'elle, elle le transporta àRueil (1682). Il y avaitalors une cinquantaine d'élèves, quarante pauvres environ, et une douzaine de « demoiselles », filles de nobles peu fortunés, ou nouvelles converties. En 1683, elle obtint du roi le château de Noisydans le parc de Versailles, « pour cent demoiselles ». L'affaire fut menée à bien. Madame de Maintenon était enchantée. Elle écrivait à son frère l'année suivante : « Jugez de mon plaisir quand jereviens, le long de l'avenue, suivie decentvingt-quatre demoiselles (Ic^hiffre officiel étaitdéjà dépassé) quiy sont présentement!» Est-ce bien elle! Épouse du roi, cette année même, ou allant l'être, et s'écriant : « Jugez de mon plaisir ! » quand elle mène des pensionnaires à Ja promenade. Enfin le projet définitif de Saint- Cyr fut conçu, c'est-à-dire d'un grand établissement pouvant recevoir cinq cents pensionnaires (on se restreignit ensuite à deux cent cinquante). Le roi y consentit aisément. C'était d'abord une idée et un vif désir de madame de Maintenon; ensuite cela semble avoir été dans son esprit une conception correspondante à celle des Invalides, à celle des Écoles de cadets. Recueillir les vieux ofïiciers