INTRODUCTION. XV
guor. Madame de Maintenon avait été charmée par ce grand éducateur, cet orateur aimable, ce causeur merveilleux ; leurs besoins de plaire s'étaient rencontrés. « La spiritualité de Fénelon l'enchanta », dit Saint-Simon. Elle s'inspira donc du Traité de l'Education des filles pour la fondation et l'esprit général de Saint-Gyr, en quoi elle eut absolument raison. Mais elle ne se défia pas assez du Fénelon mystique, et de ce qu'il pouvait y avoir de troublant et dangereux pour déjeunes esprits dans sa « spiritualité » nuageuse. Fénelon eut sur Saint-Cyr naissant une influence malheureuse. Ses instructions, ses entretiens avec les maîtresses répandirent dans la maison le goût avec certain raffinement dans les idées religieuses et d'une certaine subtilité de dévotion. C'était le bel esprit du christianisme. Danger faible peut-être ; mais il n'est pas de faible danger dans l'éducation des femmes. Madame de Maintenon en fut plus tard épouvantée, plus que de raison, il nous semble, et réagit avec vigueur.
Racine fut un bien autre péril , et une bien autre « tempête » (Sainte-Beuve). Madame de Maintenon l'aimait fort. Madame de Brinon plus encore. C'était un esprit très cultivé, qui avait du monde et des lettres, et qui s'entendait bien en poésie. Elle mettait le théâtre de Racine entre les mains de ses filles, et poussa l'imprudence, car en vérité cela n'avait pas le sens commun, jusqu'à leur faire jouer Andromaque. Andromaque a pris de nos jours, comme toutes les pièces classiques, un air d'antiquité vénérable qui en ôte tout le poison. Mais dans tout le charme de sa nouveauté, et quand les expressions où la passion s'exhale avaient la saveur piquante de la langue du jour, ce n'était rien moins qu'un roman passionné qu'on faisait jouer par des pensionnaires. Elles le jouèrent si bien qu'il fut décidé qu'elles ne joueraient plus. « Ni Andromaque ni aucune de vos pièces », écrivait madame de Maintenon à Racine. Il y a de singulières contradictions dans les plus grands esprits. Racine s'était repenti, et en toute sincérité, d'avoir écrit des «comédies »; il en faisait pénitence pour lui-même, et, voyant presque chaque jour madame de Maintenon, il ne l'avait pas avertie qu'on faisait fausse route à Saint-Cyr en habituant des petites lilles à jouer des pièces que l'auteur lui-même se reprochait d'avoir écrites ! Madame de Main^