‹ Madame De Maintenon institutriceChapitre 14 sur 70 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

tenon crut mieux faire en demandant à Racine une pièce religieuse, ou plutôt un divertissement pieux sous forme dramatique, tiré des livres saints. Vers la fin de 1688, il apporta Esther, dont madame de Maintenon fut ravie. La pièce fut vite apprise, et la première représentation eut lieu le mercredi 26 janvier 1 689, en présence du roi. Il y eut cinq représentations du 26 janvier au 19 février, ce qui, pour tout homme habitué aux choses scolaires, signifie que les demoiselles de Saint-Cyrperdirent deux mois cette année-là. Toute la cour de France défila successivement dans le petit théâtre de Saint-Cyr. Madame de Sévigné ne put être que de la cinquième représentation et eut grand'peur jusqu'au dernier moment de n'en être point. On connaît sa lettre à ce propos, qui est partout, et que nous citons parce qu'il est difficile de rencontrer une lettre de madame de Sévigné sans avoir envie de la transcrire : « Je fis ma cour l'autre jour à Saint-Cyr plus agréablement que je n'eussejamaispensé.Nousy allâmes samedi soir, madame de Coulanges, madame de Bagnols, l'abbé Têtu et moi. Nous trouvâmes nos places gardées. Un officier dit à madame de Coulanges que madame de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d'elle... Je me mis avec madame de Bagnols au second banc derrière les duchesses. Le maréchal de Bellefonds vint se mettre par choix à mon côté droit, et devant c'étaient mesdames d'Auvergne, de Coislin, de Sully. Nous écoutâmes, le maréchal et moi, cette tragédie avec une attention qui fut remarquée, et de certaines louanges sourdes et bien placées qui n'étaient peut-être pas sous les fontanges de toutes les dames [dans l'esprit de toutes les dames]. Je ne puis vous dire l'excès de l'agrément de cette pièce; c'est une chose qui n'est pas aisée à représenter et qui ne sera jamais imitée; c'est iin rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes, si parfait et si complet, qu'on n'y souhaite rien... Tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et touchant... Tous les chants convenables aux paroles, qui sont tirées des Psaumes et de la Sagesse^ et mis dans le sujet, sont d'une beauté qu'on ne soutient pas sans larmes : la mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce, c'est celle du goût et de l'attention. J'en fus charmée, et le maréchal aussi, qui sortit de sa place pour aller dire au roi combien il était content, et qu'il était auprès d'une

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