INTRODUCTION. XVII
dame qui était bien digne d'avoir vu Esther. Le roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s'adressa à moi et me dit : « Madame, je suis assuré que vous avez été contente. ))Moi, sans m'étonner, je répondis: «Sire, je suis charmée; ce que je sens est au-dessus des paroles. » Le roi me dit : « Racine a bien de l'esprit. » Je lui dis : « Sire, il en a beaucoup; mais en vérité ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi: elles entrent dans le sujet comme si elles n'avaient jamais fait autre chose. » Il me dit: « Ah ! pour cela, il est vrai! » Et puis Sa Majesté s'en alla et me laissa l'objet de l'envie... Monsieur le Prince (Condé), et. madame la Princesse me vinrent dire un mot; madame de Maintenon, un éclair: elle s'en allait avec le roi ; je répondis à tout ; car j'étais en fortune. Nous revînmes le soir aux flambeaux. » — Une représentation de gala à l'Opéra, dans un pensionnat.
L'année suivante, Racine apporta Athalie. On se prépara' à la représenter. Costumes et décors occupèrent les premiers mois de 1691. Le 5 avril on la joua. Mais on ne la/ joua qu'une fois. Le danger de ces amusements avait fini par frapper tous les yeux, et le clergé français se fâchait. Jansénistes et Jésuites étaient d'accord sur cette affaire. Dès le premier jour,M. Hébert, curé de Versailles, avec un vrai courage, avait refusé d'assister à ces représentations : « Ces divertissements, disait-il, doivent être proscrits de toute bonne éducation... Tous les couvents ont les yeux sur Saint-Cyr ; ils vont suivre votre exemple (voilà le bon sens), et, au lieu de former des novices, ils dresseront des comédiennes. » Il avait raison dans sa rudesse. Esther et Athalie, ce n'était plus Andromaque ; mais mieux valait A?idromaque jouée en petit comité, et comme un prolongement des lectures de classe, qu'Esther ou même le Mystère de l'Ancien Testament joué devant le roi, toute la cour, « toute la France », en beaux costumes, sous les yeux des courtisans, au milieu des « louanges sourdes et bien placées ))^ des « ces jeunes personnes ont bien de Vesprit », et des appréciations des critiques établissant un parallèle approfondi entre M^^^ de Caylus et la Champmeslé. Il faut comprendre que Saint-Cyr, en ses commencements, a été une haute, généreuse et pure idée de M^"" ^q Maintenon ; mais il a été aussi, cela est clair, un amusement délicat de Louis XIV, un bâtiment construit, des jardins dessinés,