XXXIV APPENDICE A L'INTRODUCTION
littéralement de la même école, a très bien rendu l'effet que font les lettres de Madame de Maintenon : « Ses lettres sont réfléchies, ditelle ; il y a beaucoup d'esprit, d'un style simple; mais elles ne sont point animées, et il s'en faut beaucoup qu'elles soient aussi agréables que celles de Madame de Se vigne ; tout est passion, tout est en action dans celles de cette dernière : elle prend part à tout. Tout l'affecte, tout l'intéresse ; Madame de Maintenon, tout au contraire, raconte les plus grands événements où elle jouait un rôle, avec le plus parfait sang- froid... Sans sentiment, sans imagination, /?Z;<? ne se fait point d'illusion^ elle connaît la valeur intrinsèque des choses ; elle s'ennuie de la vie, et elle dit : Il n'y a que la mort qui termine nettement les chagrins et les malheurs... Il me reste de cette lecture beaucoup d'opinion de son esprit, peu d'estime de son cœur, et nul goût pour sa personne ; mais je persiste à ne la pas croire fausse. » Elle ne paraît point fausse en effet, dans ces lettres, elle n'est que discrète, et un peu serrée. Pour se compléter l'idée de Madame de Maintenon, il convient, en les lisant, d'y ajouter un certain enjouement de raison, uae certaine grâce vivante qu'elle eut jusqu'à la fin, même dans son austérité, qui tenait à sa personne, à son désir de plaire en présence des gens, qui n'allait pas jusqu'à se fixer par écrit (1).
Madame de Se vigne, Madame de la Fayette et Madame de Maintenon sont les plus distinguées entre les femmes du xvii^ siècle qui ont écrit. Les deux dernières ont su concilier dans une rare mesure Vexaotitnde et Vatticisme.
J'ai parlé de Madame de Sévigné et de Madame Sand. Entre ces deux femmes si éloignées et si distantes, quels sont les noms qui comptent véritablement, qui méritent de figurer en première ligne dans la série des femmes célèbres par leur talent d'écrivain? Tout à côté de Madame de Sévigné, avec moins d'imagination dans le style et de génie dans le détail, mais avec une invention poétique et romanesque pleine de tendresse, et une légèreté, une justesse d'expression incomparable, on trouve Madame de La Fayette. Puis on a Madame de Maintenon, esprit juste, tête saine, parole agréable et parfaite dans un cercle tracé.
La duchesse de Bourgogne jouait un rôle dans Athalie ; mais pourquoi ne saurions-nous pas aussi ce qu'elle pensait dC Athalie, en
(1) Etdont on retrouve très nettementla trace brillante dans ses Entretiens à Saint- Cyr.
APPENDICE A l'introduction. XXXV
enfant capricieuse qu'elle était ? C'est à propos de ces représentations de Saint-Cyr que Madame de Maintenon écrivait : «Voilà donc Athalie encore tombée I Le malheur poursuit tout ce que je protège et que j'aime. Madame la duchesse de Bourgogne m'a dit qu'elle ne réussirait pas, que c'était une pièce fort froide, que Racine s'en était repenti, que j'étais la seule qui l'estimait, et mille autres choses qui m'ont fait pénétrer, parla seule connaissance que j'ai de cette courlà, que son personnage lui déplaît. Elle veut jouer Josabeth qu'elle ne jouera pas comme la comtesse d'Ayen. X) Et dès qu'on lui a accordé le rôle qu'elle désire, tout change : le point de vue a tourné en un instant ; ce sont là les coulisses de Saint-Cyr : ce Elle est ravie, continue Madame de Maintenon, et ïtouyq Athalie merveilleuse. Jouonsla, puisque nous y sommes engagés ; mais, en vérité, il n'est point agréable de se mêler des plaisirs des grands. »
Au milieu de toutes ces légèretés et de ces enfances, la duchesse de Bourgogne avait des qualités sérieuses et qui le devenaient de plus en plus avec l'âge. Elle disait agréablement un jour à Madame de Maintenon : ce Ma tante, je vous ai des obligations infinies ; vous avez eu la patience d'attendre ma raison. »
....Louis XIV se tempérait à son tour, et une femme sortie duplns pur milieu de la société de Madame de Rambouillet et qui en était moralement l'héritière, une femme accomplie par le ton, la raison ornée,la justesse de langage et le sentiment des convenances, Madame de Maintenon, s'y prenait si bien qu'elle faisait asseoir sur le trône, dans un demi-jour modeste, tous les genres d'esprit et de mérite qui composent la perfection d« la société française dans son meilleur temps. Le triomphe de Madame de Maintenon était celui de la société polie elle-même. Anne de Bretagne avait trouvé son pendant à l'autre extrémité de la chaîne, après deux siècles.
...Le roi se promena dans le parc [àPetitbourg, chezleducd'Antin], loua tout, hors une belle allée de marronniers qui masquait la vue de sa chambre. T;o lendemain, au réveil, regardant à sa fenêtre, il fut bien étonné d'avoir la plus belle vue du monde. L'allée entière avait disparu, la nuit, sans bruit aucun, et comme par enchantement. « Sire, comment vouliez-vous qu'elle osât encore paraître devant Votre Majesté 1 elle vous a déplu. » On ajoute que Madame de Maintenon ne put s'empêcher de dire en partant qu'elle se trouvait heureuse de n'avoir pas déplu au roi le soir ; car elle voyait bien, de la façon dont y allait M. d'Antin, qu'elle avait risqué d'aller coucher sur la grand'route.
XXXVI APPENDICE A L'INTKODUGTION.