‹ Madame De Maintenon institutriceChapitre 41 sur 70 · MADAME DE MAINT ENON · texte numérisé non relu

MADAME DE MAINT ENON

J'oubliais, ma mère, un fait remarquable de la journée d'hier, c'est que la maîtresse générale vint chercher M"'^ de Maintenon ; et comme elle n'osait l'interrompre, une de nos mères l'en avertit, parce qu'il y avait déjc^ quelque temps qu'elle attendait. La maîtresse générale approcha donc, et M^^ de Maintenon lui dit d'un air agréable : « Eh bien! que voulez-vous? nous avons bien ici d'autres affaires, pourquoi nous importuner? » Elle lui répondit du même ton : « Je ne savais pas, madame, que vous fussiez si bien occupée. » M™® de Maintenon, lui ayant répondu en fort peu de mots, reprit son occupation ; mais comme, en nous levant pour laisser passer la maîtresse générale, il s'était élevé beaucoup de poussière, W^^ de Loubert, notre première maîtresse, marqua à Mnie de Maintenon la peine qu'elle en avait, laquelle reprit aussitôt avec bonté : Ces pauvres enfants, j'aime jusqu'à leur poussière. Nous fûmes toutes pénétrées de la manière tendre dont elle dit ces paroles, et nous en pensâmes pleurer. Elle fit aussi tout cela avec tant d'application qu'elle fut obligée de s'essuyer plusieurs fois le visage. Avant que de s'en aller, elle nous dit : « Mes chères enfants, croyez-vous que cela vous puisse profiter ?» Nous lui répondîmes que nous espérions que la peine qu'elle avait prise ne serait pas inutile. Elle sortit en nous disant qu'elle le souhaitait de tout son cœur.

C'est avec bien du plaisir, ma mère, que nous nous sommes acquittées de ce que vous avez souhaité de nous; nous vousprions d'excuser tous les manquements que vous y remarquerez ; mais nous croyons qu'il n'est pas besoin de vous expliquer combien nous sommes remplies de reconnaissance pour Mnie de Maintenon; qui nous donne tous les jours de nouvelles marques de sa bonté ; c'est ce qui nous fait souhaiter un aussi heureux sort que celui qu'ont eu quelques-unes de nos compagnes d'être auprès d'elle. Nous n'espérons pas que le bonheur nous en veuille assez pour cela, mais dumoinsnous allons nous appliquer de toutes nos forces à profiter de toutes les bontés dont, elle nous honore présentement, et nous tâcherons toute notre vie de faire honneur à l'éducation qu'elle nous procure, à laquelle elle veut bien s'employer si souvent ellemême. Nous sommes, ma mère, avec un profond respectj^ vos très humbles et très obéissantes servantes.

Bonne humeur.

(A la classe jaune, 1704.)

« Comme je n'ai pu aller vous voir, mes chères enfants, je vous envoie quérir. II me semble que vous êtes toutes de ma connaissance. Voilà N...: j'ai eu une grande consolation quand on m'a mandé qu'elle faisait mieux; j'espère qu'après avoir goûté le plaisir qu'il y a de bien faire, elle ne voudra pas retourner au mal. » — « Eh bien ! Mesdames, dit-elle aux maîtresses, est-ce sans raison que je vous prêche la patience et que je vous dis souvent que vos peines ne seront pas perdues, quoique vous n'en voyiez pas sitôt le fruit ? De toutes les demoiselles de Saint- Gyr, je n'en connais aucune qui ait fait déshonneur à la maison. »

Après cela, Madame nous fît jouer devant elle le Proverbe : L'eau qui coule vaut mieux que celle qui croupit ; et elle nous dit : « Je vous recommande toujours la gaîté dans mes instructions, parce qu'il n'y a rien de si bon qu'une fille gaie, au lieu qu'une triste n'est propre à rien et est toujours de mauvaise humeur. Quand même la gaîté serait excessive, les suites en sont moins fâcheuses que celles de la tristesse. Vous le voyez par cette fille mélancolique, qui ne veut point se réjouir et qui veut bien se laisser enlever, au lieu que la gaie aime mieux mourir que de manquer à un seul de ses devoirs. Les personnes gaies ont ordinairement l'humeur douce, obligeante, sont de bonne volonté. Quand on me parle d'un sujet pour cette maison, je ne manque pas de m'informer si c'est une fille gaie, parce qu'elles sont meilleures que d'autres pour les communautés; mais, en recommandant la gaîté, je ne prétends pas que vous soyez évaporées, ni que vous vous laissiez aller à des ris immodérés, La gaîté ne doit point du tout faire tort à la îpodestie, j)

Douceur.

(A la classe verte, 1704..)

« ...Une chose qui me fait de la peine, dit Madame, c'est que celles qui savent bien lire, écrire, travailler, n'aiment point à le montrer à leurs compagnes, ou le font trop rudement, el que celles qui ne savent rien ne veulent rien apprendre de celles qui savent. Pour moi, si j'étais encore en âge d'apprendre, je ne me ferais point de peine d'apprendre de quelques-unes de vous des choses que vous savez et que je ne sais pas ; par exemple : vous me montreriez bien à piquer un bonnet. Il faut donc que celles qui savent quelque chose le montrent aux autres avec plaisir; mais il faut montrer doucement et point brusquement et ruslaudement. Il faut donner de ce qu'on a et recevoir de ce qu'on n'a pas; c'est là ce qui fait le commerce dans le monde. Il y a des pays qui manquent de blé, et d'autres ont beaucoup de vin. On donne de son vin et on reçoit du blé. Nous donnons à l'Espagne de la filasse et de la toile, et nous en recevons de la laine, parce que la leur est très belle.

II faut, mes enfants, user toujours de douceur en quelque poste qu'on soit. Le roi lui-même, s'il traitait ses sujets avec rigueur, aurait grand tort. Que celles qui gouvernent reprennent avec fermeté, comme je le fais présentement, mais toujours avec douceur. Punissez s'il le faut, mais doucement ; si vous vous accoutumez de bonne heure à montrer avec douceur, vous serez, dans des couvents, de bonnes maîtresses de pensionnaires ; dans le monde, de bonnes mères de famille. Tâchez donc de vous traiter avec douceur, car si vous n'en usez ainsi dinxvertes, vous serez aux jawwes rustaudes et malhonnêtes, ce qui vous fera haïr. La douceur est la vertu de notre sexe. Il faut laisser aux hommes le courage et la bravoure de se laisser tuer de sang-froid; mais ce qui nous convient, c'est l'honnêteté, la modestie, la douceur et la

timidité. Je suis toujours surprise de ne point trouver parmi vous l'iionnêteté qui règne dans ce monde corrompu, dont on vous dit tant de mal, et où il y en a beaucoup en effet. On n'y voit point assurément se cha griner les unes les autres ; au contraire, c'est une grande attention à s'y faire plaisir. Une demoiselle de Saint- Cyr se ferait une honte de caresser une paysanne, pendant que M'"^ la duchesse de Bourgogne, qui est la reine de France, embrasse Jeanne, cette pauvre fille que vous avez vue ici, et qui est cependant si raisonnable. Faites donc bien^ mes chères enfants, et ne vous contentez pas de dire que vous voulez être polies ; il faut travailler à le devenir. C'est ici la classe où les filles commencent à entendre raison ; les vertes ont toujours été jolies et aimables ; ne vous relâchez point, mes chères enfants. »

Du préjugé sur les fautes des parents.

(A M. l'abbé de Brisacier, septembre 1694.)

La mère des demoiselles de ... (1), Monsieur, a eu la tète tranchée, et je me reprocherai toujours de n'avoir pas suivi cette affaire avec un soin qui aurait peut-être sauvé la vie de cette pauvre créature. Dieu en a disposé ainsi. Je vous attends pour annoncer cette triste nouvelle à ses deux filles.

On m'a chargée de consulter le roi sur leur renvoi, et puisqu'il faut que j'en rende compte, ce n'est pas à revenir sur une décision. Il ne comprend pas plus que moi que le crime doive passer aux enfants, et je vous conjure devouloir bien encore y faire quelques réflexions avec M. Tévêque de Chartres et M. l'abbé Tiberge. On

(1) Mme d'Anglebelmer de Lagny fut condamnée k mort pour avoir tenté de livrer à Guillaume d'Orange la ville de Mons.

dit que les jésuites ne recevraient pas un homme en pareil cas, et que les filles de la Visitation en useraient de même. Si cet esprit vient de saint Ignace et de saint François de Sales, je m'y soumets sans répugnance ; mais si ce n'est que l'effet de la sagesse humaine ou de la dureté des communautés, je désirerais de tout mon cœur qu'on s'en sauvât dans celle-ci. Le père de M. de Luxembourg a eu le col coupé: on lui confie la personne du roi et de ses armées. Nous avons vu mourir M. de Rohansur un échafaud, il y a environ vingt ans, et toute sa famille était en charge auprès du roi et de la reine, recevant tous les compliments sur cette douleur, sans qu'il entrât dans la tête d'un seul courtisan de lui en faire des reproches. Quoi! l'honnêteté mondaine iraplusloin que la charité, et nous ne donnerons pas à nos filles les vraies idées qu'il faut avoir sur chaque chose! On dit que, dans les classes, elles en seraient moins respectées et exposées à des reproches: je mettrais ces fautes au nombre des plus punissables; celles qui auront le cœur bien fait en seront incapables, et il faut redresser les autres.

Je n'ai confié cette affaire qu'à notre supérieure; elle m'en a paru plus attendrie pour ces filles, et il me semble que c'est là l'effet d'un tel malheur. Il peut arriver aux Dames de Saint-Louis : seraient- elles inhabiles pour leurs emplois? Nevoyons-nous pas tous les joursdes aventures plus tristes et plus honteuses aux prêtres, dans la personne de leurs plus proches parents ? En sont-ils moins respectables pour nous?

Je dis tout ceci pour la justice et pour l'envie que j'ai que nos filles aient l'esprit et le cœur bien fait; car il pourra très bien arriver que celles dont il est question ne nous seront paspropres. Il n'est pas besoin. Monsieur, de les recommander à votre charité. Je prie Dieu de les consoler et de les bénir (16).

Vanité.

(A la classe jaune, 1701.)

Il y a longtemps que je vous parle de cet orgueil mal placé que je tâche de détruire à Saint -Cyr, et cependant je l'y trouve encore. Je ne saurais comprendre ce qu'a fait unedevous. Onl'envoiebalayer, et parce qu'on lui marque cequ'elle doit faire, elle s'en choque et dit: Une servante ne doit pas me commander, c'est à nous à faire ce que nous voulons. Peut-on voir une telle insolence? Quoi! parce qu'on vous dit: Vous balaierez là, ou vous ferez cela, vous êtes choquée! Mais moi, si on m'envoyait aider à une servante, la première chose que je ferais serait de demander ce qu'elle veut que je fasse, car certainement je ne saurais par où commencerUl faut qu'il y ait bien du travers dans votre tètent où en serions-nous si c'était un affront de s'instruire de gens au-dessous de soi? On le fait tous les jours, et personne ne s'avisede s'en croire déshonoré.

On dit à une autre de porter du bois et de balayer, elle répond qu'elle n'est pas une servante. Non certainement, vous ne l'êtes pas; mais je souhaite qu'au sortir d'ici vous trouviez une chambre à balayer, vous serez trop heureuse, et vous saurez alors que d'autres que des servantes balaient. Je me souviens qu'allant un jourchez M*"® de Montchevreuil, qui attendait compagnie, elle avait bien envie que sa chambre fût propre, et ne pouvait pas la nettoyer elle-même parce qu'elle était malade, ni la faire faire par ses gens, qu'elle n'avait pas alors ; je me mis à frotter de toutes mes forces pour la rendre nette, et je ne trouvai point cela au-dessous de moi. J'aurais beau frotter votre plancher, aller quérir du bois ou laver la vaisselle, je ne me croirais point rabaissée pour cela. Que tout le monde vienne à Saint-Gyr et qu'on vous trouve toutes le balai à la main, on ne le trouvera pas étrange et cela ne vous déshonorera pas.

Nous sommes toutes nées demoiselles, mais pauvres

demoiselles, et, comme dit Jeannette, j'aurais beau m'élever au-dessus du rang où Dieu m'a fait naître, je ne serai jamais qu'une simple demoiselle. On ne peut se donner la naissance ni se l'ôter; ainsi toutes ces choses ne sauraient vous faire mépriser. Il n'y a que les gueux revêtus (17) qui ont cette sotte gloire et qui croiraient se rabaisser en les faisant. Vous ne serez pas moins nobles pour porter du bois ou pour balayer; vos preuves sont ici, et vous deyez croire qu'on ne doute paint de votre noblesse, y^ « iJ ^ ■y Je suis persuadée que vous feriez toutes ces choses avec plaisir si on ne vous le disait point, quand ce ne serait que pour sortir de votre banc, monter et descendre; et parce qu'on vous y envoie une fois en trois mois^ cela vous fait faire mille insolences. C'est un orgueil insupportable. On connaît dans le monde la noblesse par son honnêteté ; elle aime à faire plaisir, à soulager, à épargner de la peine, et il est étonnant que vous ne vouliez \ pas rendre service à une maison qui fait tant pour vouSj^ Encore une fois, vous n'en seriez pas dégradées. Il faut que je vous dise une parole de M^^ Balbien, qui m'a toujours paru admirable. Elle était à la tête des bleues, dans le temps que les Dames faisaient leur noviciat. On obligea une demoiselle de lui venir demander pardon, et elle lui dit: Voyez, mademoiselle, où vous a réduite votre orgueil, jusqu'aux pieds d'une couturière, d'une petite femme de chambre ! Cela n'est-il pas admirable ? Voilà une femme qui mériterait assurément bien d'être née de parents nobles.

Rien n'est si beau que de ne point sortir de son état. Ceux qui ont le cœur véritablement noble ne sont point portés à s'élever ni à mépriser personne. Si on forçait une de vous de servir chez quelque particulier et qu'elle ne pût s'y résoudre, aimant mieux passer ses journées, depuis le matin jusqu'au soir, à travailler pour gagner ce qui lui serait nécessaire, je ne pourrais la blâmer. Si on venait faire à une autre la proposition d'un mariage avec un homme sans naissance, et qu'elle me répondît: Je ne puis vaincre la répugnance que je sens là-dessus ; je la plaindrais de ce qu'elle refuse (18) un parti qui pour-

rait la rendre heureuse, mais je ne le trouverais pas étrange, car ce sont des inclinations ordinaires à la noblesse. Si j'entendais dire à une demoiselle: J'aurais bien mieux aimé voir mourir mon frère que de savoir qu'il a fui, et de penser qu'il passe pour un poltron, je dirais aussi : Voilà quiestd'un cœur noble, et j'en pense tout autant que vous. Si plusieurs disaient: J'aime mieux être toute ma vievêtue d'étamine que de recevoir des présents, vivre de mes cinquante écus avec ce que je puis gagner par mon travail que de prendre quelque chose, je dirais: Voilà des demoiselles qui sentent leur noblesse, et c'est en cela justement que consiste la bonne gloire.

Même sujet.

(A la classe bleue, 1706.)

Un jour que nous priâmes Madame de nous parler de la bonne gloire, elle nous dit : « Je crois que la bonne gloire consiste à aimer son honneur et à ne jamais faire de bassesses. » Puis elle demanda à M^^^ Dubois ce que c'était que de faire des bassesses. — Elle répondit que ce serait, par exemple, de manquer au secret ou de voler. « 11 est vrai, dit ]Vl™°deMaintenon, que tout vice est une bassesse, et ceux que vous nommez sont des plus grands; mais je veux quelque chose de plus particulier. C'en serait une, par exemple, de recevoir des présents ; il vaut mieux se passer de tout que d'en prendre jamais que de ses plus proches parents, comme un père, une mère, unesœur,une tante; ces personnes-là sont sûres... »

Mlle de Partenay demanda si ce ne serait pas une bassesse d'aller dîner et souper chez les uns et les autres. Mn^e de Maintenon répondit : « C'en serait une d'en faire habitude. On peut quelquefois aller en visite, dîner chez une personne sans avoir dessein de lui rendre ; mais, pour l'ordinaire, il vaut mieux vivre chez soi à l'étroit et de peu, que de chercher à faire bonne chère

chez autrui. J'ai toujours aimé la mère d'une demoiselle de Saint-Cyr pour la vie qu'elle mène : elle se met au travail de grand matin, y emploie tout le jour, et vit de son épargne pour éviter d'être à charge à personne.

fif — Est-ce une bassesse de travailler pour gagner quelque chose? dit M^e du Tôt. — Au contraire, répondit Mme de Maintenon, il y a bien plus de noblesse de vivre de son travail et de ses épargnes que d'être àcharge à ses amis. Je vous ai habillé un proverbe, Tant vaut l'homme, tant vaut sa terre, où l'on voit un homme qui manque de tout, pour avoir abandonné son bien plutôt que de se donner la peine de le faire valoir, et un autre qui vit heureux dans sa famille, parce qu'il prend soin de ses affaires, qu'il vit de peu, ne mangeant que des légumes, pour assurer quelques biens à ses enfants; laquelle des deux manières de vie choisiriez-vous, Cugnac ? — C'est, dit lademoiselle, la seconde. — Vous avez grande raison; cependant cela n'est pas aussi aisé à faire qu'à dire. Il faut s'accoutumer de bonne heure à l'épargne. Je ne dirais pas à des personnes riches : Vendez vos ouvrages; mais à celles qui ne le sont pas je leur conseille fort, elles ne sauraient mieux faire. »

Mlle des Miers demanda si une fille pouvait écrire sans le dire à sa mère : « Non, répondit Mme de Maintenon, une fille ne doit jamais rien faire sans la permission de sa mère ou des personnes de qui elle dépend ; c'est le vrai moyen de ne jamais faire de sottises ; il n'y a aucune raison de se cacher, quand on n'a pas envie de faire le mal. » Une maîtresse demanda ce qu'il faudrait faire si on recevait des lettres de personnes inconnues, surtout de quelque homme. MH^ d'Escoublant répondit qu'il faudrait la brûler après l'avoir lue. M"^^ de Maintenon prit la parole et dit : « Gela ne suffirait pas, il ne faudrait pas même la lire, mais la porter à sa mère ou aux personnes qui en tiennent lieu, et dire : « Voilà une lettre dont je ne connais ni le cachet ni l'écriture : ayez la bonté de la lire et de voir de quoi il s'agit ; pour moi, je ne le veux point savoir, à moins que vous ne le iugiez à propos. » C'est un affront à une fille de recevoir jes lettres des hommes qu'elle ne connaît point, parce qu'ils ne s'adressent qu'aux filles et aux femmes dont ils

croient être bien reçus, et il faut pour cela y avoir donné quelque lieu. On ne doit écrire à aucun homme, excepté à ses proches, si ce n'est pour quelque affaire de famille ou autre chose bien nécessaire. y>

Mlle de Mornay dit qu'on s'éloignait du sujet de la bonne gloire, qui avait commencé la matière de la conversation ; mais M""® de Maintenon trouva que cela y avait rapport, et dit qu'il n'y avait rien de si glorieux et de si honorable que de bien établir sa réputation; puis elle demanda à M'ie de Verdille : « Croyez- vous que l'humilité consiste à en aimer la perte? » Elle répondit que non. — « Vous avez grande raison; il faut, au contraire, en être bien jalouse, b

Une maîtresse dit qu'elle avait toujours confondu la bonne gloire, la libéralité et la générosité. Mme de Maintenon répondit : « Ces qualités ont en effet de la ressemblance, mais la générosité a quelque chose de plus grand que la libéralité, et est bien au-dessus. On aime naturellement à donner, peu de gens ont des inclinations contraires ; mais il ne se trouve guère de personnes vraiment généreuses. Celles qui le sont surpassent toujours ce qu'on attend d'elles ; elles ont l'âme grande et une étendue de cœur qui les fait estimer de tout le monde. C'est une des plus grandes louanges qui se puisse donner à une personne, et une des plus belles quahtés qu'elle puisse avoir; elle rend incapable d'intérêt et fait réussir en ce qu'on entreprend, parce qu'elle donne le courage de surmonter les obstacles qui empêchent d'arriver à sa fin; avec elle on est incapable de toutes bassesses, on est libéral, on a de la gloire, j'entends de la bonne gloire.

« La mauvaise gloire est le contraire de ce que je x vous ai dit de la bonne. C'en est une fort sotte de parler ''^'^'^[^^^^^ toujours de ses parents, de sa noblesse et de tout ce qui ^^'^^'^^ nous regarde ; les personnes sujettes à ce défaut se rendent insupportables dans la société, aussi bien que celles qui y vivent sans attention et sans considération pour les autres... » j^ t-'i

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