VIII INTRODUCTION
reconnaissance unie et égale, une humeur respectueuse et confiante, dans une dignité inaltérable. Détacher le roi de madame de Montespan et le ramener à la reine, tel fut le dessein de madame de Maintenon. Ce qu'elle se proposait dans ce plan, c'était la gratitude de la reine, l'estime unie à l'affection de la part du roi, et l'honneur. Vit-elle plus loin, et songea-t-elle à la mort possible de la reine? C'est le secret des cœurs où nul ne pénètre, et qui échappe à l'analyse. Elle réussit dans son dessein formel, et Marie- Thérèse lui dut la consolation de ses derniers jours. La récompense fut pour madame de Maintenon au-dessus même de ses rêves. Dix-huit mois environ après la mort de la reine, vers la fin de 1684 (car les contemporains eux-mêmes ne le surent jamais au juste), un mariage secret, mais authentique, unit Louis XIV à celle qui était née dans la prison de Niort. Elle ne fut pas reine, elle fut l'épouse du roi. Louis XIV, et toute la cour à son exemple, l'appelait « Madame » en lui parlant, « Madame la marquise de Maintenon » en parlant d'elle. Mais, sans régner, elle gouverna plus que n'avait jamais fait Marie-Thérèse. Elle fut le premier personnage de l'Etat après Louis XIV. Son dessein avait abouti plus loin qu'il n'avait jamais visé, sans qu'il en eût coûté à sa dignité et à sa conscience. Elle avait été souverainement habile dans l'honnêteté, droite et adroite. Un mot, qui est d'elle, la peint très bien : ce Rien n'est plus habile qu'une conduite irréprochable ».
Quelle fut la part prise par madame de Maintenon dans la politique extérieure de Louis XIV? Cette affaire sort de notre sujet, comme elle dépasse notre compétence : nous n'en dirons rien. Ce qu'il nous semble, c'estque, tout compte fait, madame de Maintenon s'est beaucoup plus occupée du roi et de la famille royale que du royaume. Etre l'épouse, la femme du foyer et de la maison, continuer l'éducation des princes, qu'elle aimait jusqu'à la faiblesse (le duc du Maine), élever la jeune duchesse de Bourgogne, petite-belle-fille de Louis XIV qu'elle reçut à l'âge de treize ans, vive, pétulante, espiègle, charmante, dont elle orna l'esprit et cultiva le cœur, et qui devint la plus aimable et la plus séduisante princesse qu'eût jamais vue la cour de France, adoucir la vieillesse de Louis XIV, le distraire, le relever, « l'amuser », tâche rude et dépassant quelquefois les forces même de Madame de Maintenon, voilà surtout