INTRODUCTION. IX
quel fut son souci et quelle fut sa vie. Cette tâche, qu'elle s'imposa, fut pénible et souvent ingrate. Madame de Maintenon, est-il besoin de le dire ? avait des ennemis furieux; elle en eut qui étaient puissants. Elle avait, dans le sein de la famille royale, des défiances à combattre, des révoltes à apaiser, des querelles intérieures à arranger. « Je viens d'être tirée à quatre princes », écrivait-elle un jour. Vers la fin, elle, si robuste, se sentait épuisée. « Si l'on me tirait le cœur delà poitrine, i disait-elle, on le trouverait sec et tors comme celui de M. de Louvois» ; et regardant de petits poissons très malheureux dans Teau claire d'un bassin de Versailles : ce Ils sont comme moi: ils regrettent leur bourbe ». Pour finir, àla maladie de Louis XIV, elle eut le roi à soutenir, à soigner, à encourager. Quand l'agonie commença, et qu'elle eut reçu des médecins l'assurance que le roi ne reprendrait pas connaissance, elle n'attendit pas le dernier soupir, et ' partit, trop tôt pour une épouse peut-être. Etait-ce lassitude ou sécheresse de cœur? Nous sommes tentés d'y voir plutôt, poussés jusqu'à un certain excès, cette raison ferme et ce sens juste des situations qu'elle avait à si haut point. Rester jusqu'au dernier souffle, c'était sembler vouloir rester après, et, après, ne plus savoir comment sortir. Situation fausse. Une reine devait rester, l'épouse devait disparaître. Elle disparut avec une certaine hâte de discrétion, et une alarme un peu ombrageuse de dignité.
Elle se retira à Saint-Cyr, où elle mourut le 15 avril 1719. Son acte de décès fut rédigé ainsi : « Le 17® jour du mois d'avril 1719 a. été inhumés très haute et très puissante dame Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, institutrice de la maison royale de Saint-Louis. » — « Il semble que c-e titre d'institutrice soit le seul que Madame de Maintenon ait voulu prendre devant la postérité » (Gréard).
En 1793, Saint-Cyr fut dévasté, et la commune prit le nom de Val-libre. En 1794, la tombe de la marquise, ayant été découverte dans le chœur, fut brisée, le cercueil violé, les restes profanés ; « elle fut ce jour-là traitée en reine » (Sainte-Beuve).