CHAPITRE PREMIER
se plaignit qu'il ne se fût couché qu'à quatre heures du maliiij au grand jour, ajoutant qu'elle ne savait à quoi il pouvait s'amuser. — « Je lis les dépêches et j'y réponds, aurait répliqué le roi. » Écoulons Mademoiselle. Elle lui dit : « Mais vous pourriez prendre une autre heure. » Il sourit, et pour qu'elle ne le vît pas, foumoit la tête de mon côté... On alloit tous les jours se promener ; madame de Monlespan y venoit. Le roi étoit d'une gaielé aîlmirable. » Mademoiselle ajoute que mademoiselle de La Vallière et madame de Monlespan alloîentse confesser ensemble à Notre-Dame de Liesse *. Soigneusement caché au début, le double adultère ne tarda pas à s'étaler en plein soleil. « Les grossesses et les couches furent publiques, dit Saint-Simon. Le salon de madame de Monlespan devint le centre de la cour, des plaisirs, de la fortune, de l'espérance et de la terreur des ministres et des généraux d'armée, et rhumiliation de toute la France. Ce fut aussi le centre de l'esprit et d'un tour si particulier, si délicat, si tin, mais toujours si naturel et si agréable, qu'il se faisoit distinguer à son caractère unique*. » Accents d'honnête homme, charmé et séduit par l'esprit, sans en être subjugué; indignation, outrée si l'on veut, mais sincère et juste. La preuve qu'un certain respect moral régnait à la cour, que le bon plaisir rencontrait des limites dans l'opinion, et que, sous ce rapport, Louis XIV était
* Mémoires, édition Chéruel, t. IV, p. 52.
Notes du Journal de Dangeau
iO MADAME DE MONTESPAN.
attardé sur son siècle, c'est l'éclat que fit le marquis de Monlespan lorsqu'il sut, à ne pouvoir s'y méprendre, la nouvelle passion du roi. Saint-Simon^ affirme que, redoutant les suites, madame de Montespan avait supplié son mari de l'arracher au danger, de fuir Paris ensemble, mais qu'il avait refusé*. « On le regardoit comme un malhonnête homme et un fou, dit à son tour madame de Caylus. Il n'avoit tenu qu'à lui d'emmener sa femme, et le roi, quelliue amoureux qu'il fût, auroit été incapable, dans les commencemens, d'employer son autorité contre celle d'un mari ; mais M. de Montespan, bien loin d'user de la sienne, ne songea d'abord qu'à profiter de l'occasion pour son intérêt et sa fortune, et ce qu'il fit ensuite ne fut que par dépit de ce qu'on ne lui accordoit pas ce qu'il vouloit^. » La princesse Palatine lui assène, elle aussi, un coup de massue à sa façon. « Montespan n'étoit pas, dit-elle, quelque chose de bon ; il ne faisoit rien que jouer, il étoit fort intéressé ; je crois que si le roi avoit voulu donner beaucoup, il se seroit apaisé *. » Suivant d'autres, le père du marquis de Montespan se serait
* Mémoires, t. VI, p. 40.
' « Madame de Montespan résista longtemps, avertit son mari, le pressa de l'emmener en Guienne, puis succomba. » [Journal de Dangeau, 1. 1, p. 7, note).
^ Souvenirs, édition Techener, p. 129. — Un contemporain a recueilli le môme bruit. (Bibl. imp. Mss. Fonds Bouliier, 34, Mélanges de Philibert Delamarre. article 1,000.^ D'après lui, on aurait offert au marquis de Montespan cent mille livres qu'il dédaigna.
* Correspondance complète ^ t. H, p. 29*2.