‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 11 sur 204 · CHAPITRE PREMIER. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. il

écrié, en apprenant l'amour du roi pour sa bru : «Dieu soit loué! voici la fortune qui commence à entrer dans Ja maison^ » Qu y a-t-il de vrai dans ces bruits? L'éducation pieuse de madame de Montespan et les propos que lui attribuent mademoiselle de Montpensier et madame de Maintenon au sujet des amours de la duchesse de La Vallière, concordent sans doute avec ses premiers scrupules, trop tôt dissipés ; mais qui ne voit combien, en l'absence d'un document précis, de pareilles assertions sont hasardées? Arrivons donc, sans les repousser absolument, à des faits authentiques et bien appuyés.

Parmi les femmes les plus considérées de la cour figurait alors la marquise de Montausier, cette célèbre Julie d'Angennes, qui, pendant dix ans passés, tint ferme contre les soupirs, les amoureuses brusqueries, les guirlandes plus ou moins poétiques de son adorateur, et qui, après une résistance si héroïque, avait eu (rhumanité offre de ces surprises) un mari tout à la fois fort austère dans ses principes, au point qu'on a vu en luUe type du Misanthrope^ et singulièrement volage. Avide d'honneurs et de dignités, la marquise avait d'abord été nommée gouvernante du Dauphin, dont son mari devint gouverneur en 1667, puis, lors de la disgrâce de madame de Navailles (juin 1664)*, dame

* Bibl. imp. Cabinet des titres. PardaUlan; XIV.

* On donne trois motifs à cette disgrâce : 1" la duchesse aurait fait murer une porte par laquelle le roi s'introduisait la nuit dans la chambre des filles de la reine ; 2« elle aurait fait des observations à la com-

d'honneur de la reine. Quelle ne dut pas ôtre la stupéfaction de la cour lorsqu'on apprit, dans Tété de 1668, qu'un jour le marquis de Montespan était entré furieux chez madame de Môntausier, à laquelle il avait fait les reproches les plus outrageants ! Déjà, il avait écrit à la reine une lettre anonyme, où il lui dénonçait l'intrigue de sa femme et le rôle qu'il attribuait à la dame d'honneur*. Mademoiselle de Montpensier, qui se complaît dans ces détails, raconte que le marquis de Montespan

tesse de Brancas, pour ôtre sortie publiquement avec mademoiselle de La Vallière ; 3*» le duc de Navailles ayant demandé au roi un quartier pour les chevau-légers dont il était lieutenant, et le roi lui ayant dit qu'ils n'avaient qu'à se loger pour leur argent, il lui aurait répondu : « Ceux qui sont à Votre Majesté sont bien malheureux d'être ainsi traités, p Sur quoi, Louis XIV lui auroit ordonné de se défaire de sa charge et de son gouvernement du Havre. [Mémoires de mademoiselle de Montpensier, de madame de Motteville, de Saint-Simon.]

La lettre suivante de Louis XIV à madame de Navailles (19 novembre 1666), prouve, ce me semble, que c'est elle qui provoqua la disgrôce par quelque sévérité importune, a Ma cousine, quand j'aurois encore plus de sujet de me plaindre de votre conduite, vous en témoignez trop de regrets pour ne la pas oublier. J'ai déjà perdu le souvenir de "tout ce qui m'a déplu, et je me souviens seulement de vos bonnes qualités et des services de votre mari. Croyez donc que le passé n'empochera pas que je ne vous donne, aussi bien qu'à lui, des marques de ma bienveillance, suivant les occasions. » [Œuvres de Louis XIV, t. IV.)

On trouve à la Bibl. imp. Mss. Mélanges Colbert, vo1.^l103, fol. 182, une lettre de Besmaux, gouverneur de la Bastille, à Colbert, au sujet d'ennuis que se seraient attirés à la cour monsieur et madame de Navailles; mais elle est très-peu explicite.

* t La reine me dit : « J'ai reçu hier une lettre qui m'apprend bien des choses, mais que je ne crois pas. On me donne avis que le roi est amoureux de madame de Montespan et qu'il n'aime plus La Vallière, et que c'est madame de Montousier qui mène celte affaire ; qu'elle me trompe, que le roi ne bouge de chez elle à Gompiègne; enfin, tout ce

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