CHAPITRE PRËàlIER
haplême d'un jeune Maure au salut duquel les dames de la cour daignaient s'intéresser, a La marraine, dit encore Loret, fut celte belle — qui contient tant d'appâts en elle — la marquise de Montespan*. » Les jours heureux n'ont pas d'histoire. Deux enfants, dont l'un, le duc d'Antin, survécut seul% durent parfois interrompre, mais le moins possible, le tourbillon des bals, des fêtes, des comédie^ des sermons, des loteries et des ballets. Douée de la beauté conquérante qu'on lui connaît, faisant (c'est mademoiselle de Montpensierqui le dit et nous le prouverons plus loin'), les
coup d'esprit, parlait très-bien, mais un peu trop, et qu'il aurait bien ?oulu, du temps de Fouquet, entrer dans quelque affaire d'argent; ce dont on ne se soucia pas, « parce que sa vanité le portoit à aimer mieux le bruit d'une affaire que la réussite. » (Cuil. Petitot, t. LU, p. 309.)
* A partir de cette époque, les renseignements et la poésie de Loret nous font défaut. Voir à l'Appendice, pièce n° II, divers extraits de Loret concernant madame de Montespan.
* Le duc d'Antin, né en 1665, et une fille. Mais on ignore le nom de celle-ci, ainsi que la date de sa naissance et de sa mort. Elle vivait encore au mois de juillet 1674, époque de la séparation judiciaire des époux.
5 Citons, en attendant, mais sous toutes réserves, une cruelle épigramme qui lui a été attribuée par les contemporains et qu'elle aurait faite contre la rivale heureuse qu'elle devait remplacer dans le cœur
du roi :
Soyez boiteuse, ayez quinze ans,
Pas de gorgei fort peu de sens, Des parens, Dieu le sait ! Faites, en fille neuve,
Dans ranticharabre vos en fans.
Sur ma foi I vous aurez le premier des amans ;
Et La Valliérejen est la preuve.
On trouvera, à l'Appendice, pièce n<> III, diverses lettres de la duchesse de La Vallière faisant suite à celles que nous avons données dans notre édition de ses Réflexions sur la miséricorde de Dieu\ Techener, 1860,2 vol. in-12.
chansons à ravir, madame de Montespan était l'âme de toutes les assemblées, qu'elle charmait par son esprit, sa jeunesse, sa gaieté railleuse. Dame du palais de la reine, a elle avoit eu, dit le marquis de La Fare, l'adresse de lui donner une opinion extraordinaire de sa vertu, en communiant tous les huit jours^ » Elle s'était en outre liée avec mademoiselle de La Vallière, chez qui elle rencontrait le roi, que sa conversation amusait. Elle avait pourtant, d'après Mademoiselle, tenu contre la maîtresse en titre, quand celle-ci eut foulé aux pieds tous les scrupules, un propos amer : « Dieu me garde d'être la maîtresse du roi ! Mais, si je Tétois, je serois bien honteuse devant la reine^ » Ces paroles étaient-elles sincères? Le doute est au moins permis. On était en effet en^l 667, époque où les contemporains placent les commencements de la passion du roi pour madame de Montespan. La môme année, au mois de juillet, les incidents d'un voyage de la cour à Compiègne autorisèrent toutes les suppositions. Mademoiselle de Montpensier raconte que madame de Montespan avait sa chambre au-dessus de celle du roi, et qu'il allait la voir souvent. Un jour, au dîner, la reine
* Mémoires ; CoW. Petitot, t. LXY, p. 164.
* Madame de Maintenon répète un propos analogue : a J'étois bien éloignée en ce temps-là (Vers IC67) de croire que madame de Montespan seroit, après Dieu, la première cause de la haute fortune que j'ai faite. Elle étoit alors encore fort sage, et disoit môme en parlant de mademoiselle de La Vallière : «Sij'étois assez malheureuse pour que pareille chose m'arrivât, je mo cacherois pour le reste de ma vie. » (f^/tres historiques et éd' fiantes, t. Il, p. 400.)