CHAPITRE DIXIÈME
celte indifftreïîce superbe. Heureusement, ce roi si égoïste, si tristement supérieur aux sentiments les plus doux, les plus humains, avait la tibre nationale et rinstinct des grandes choses. Est-il besoin de répéter que le siècle auquel *il a donné son nom est pour le moraliste et l'historien un champ d'observation inépuisable? Quelle originalité dans les caractères, et comme ils 8'épanouissent naturellement! Si les chutes sonf nombreuses, la sincérité, Télan du repentir, les rend presque excusables. La frojde raison raillera ces courtisans, ces généraux, ces femmes du monde qui, après des feules éclatantes, couchaient volontairement dans des draps jaunes et grossiers, vivaient dans le jeûne et les macérations, portaient des bracelets, des jarretières 6tdes ceintures à pointes de fer. Mais ces faibles, ces superstitieux, avaient foi en quelque chose ; ils se reler "^sient à leurs yeux et aux yeux de tous par de longue^ pénitences vaillamment supportées; ils tenaient enfin à leur propre estime et à celle des autres. Peut-on en dire autant, malgré un progrès incontestable, des époques qui ont suivi, et ne semble-t-il pas que, depuis la fin du uix-seplième siècle, la moindre préoccupation de la plupart de ceux qui ont failli soit de se réhabiliter? Il ^ 6n fut pas ainsi de madame de Montespan. Si le scanu^le^vait été grand, le défi a la morale, à lîf loi, aux prescriptions religieuses, insolent et prolongé, Texpia- 'î^n fut sjnçère, et^ de la part d'une si orgueilleuse uature, le repentir et l'humilité doublaient en quelque
m MADAME DE MONTESPAN.
sorte de valeur. Mais, en même temps qu'elle s'abimai devant Dieu et faisait de grossiers ouvrages pour le pauvres, elle restait haute comme les nues avec les plu grands, et parce qu'elle était la mère de princes et d princesses que le bon plaisir avait légitimés, plus fièi encore que repentante, elle se considérait à l'ég d'une reine. D'après Saint-Simon, elle aurait ambitioni jusqu'à la fin le premier rôle, espérant contre toi espoir, si madame de Maintenon venait à mourir, retour de la faveur perdue. Rien ne prouve cependa: qu'elle eût, dans les années brillantes, usé de se crédit en dehors de sa famille, et l'influence politiqi ne parait jamais l'avoir attirée. Le luxe^ les fêtes, îa \i extérieure, la lutte incessante avec la rivale qu'ell s^était donnée, les infidélités royales à surveiller, l'abso baient trop. C'était une maîtresse superbe et charmant pleine de caprices, gaie, colère, amusante et insuppoi table, superstitieuses bienfaisante^ spirituelle enti toutes, emportant la pièce, pleurant à propos et ad( rable dans les larmes, bonne enfin, comme disait m; dame de Sévigné, à faire admirer par les ambass deurs.
La protection d'un petit groupe de littérateurs
* En veut-on une preuve ? « Le feu prit un jour cliez les enfans i roi ù une poutre. Madame Scarron le manda à madame de Montespa aiin d'avoir du secours. Madame de Montespan lui manda, pour toute r ponse, qu'elle se réjouissoit du feu, par ce (|ue c'étoit signe de boi \w.ur. » (Bibl. du Louvre. Ms. 525. Mémoires de mademoiselle d'Âumai fol. 142.)