‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 99 sur 204 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

de deuil qui ne l'empêcha pas de reprendre immédiatement ses habitudes, notamment le jeu. Peu de jours après, il recevait magnifiquement le roi à Petit-Bourg et établissait sa fortune en faisant disparaître sans bruit, du soir au malin, cette fameuse allée de marronniers ([ui lui avait déplu. Quant aux enfants de Louis XIV et de madame de Montespan, leur embarras, sauf pour le duc du Maine, fut extrême. Si ce dernier n'eut qu'un souci : cacher sa joie, il n'en fut pas de même des duchesses de Bourbon et de Chartres, et du comte de Toulouse, auxquels un ordre d'en haut interdit les habits de deuil ; mais la cour alla les voir, sans faire de compliments, et ils manifestèrent, par leur attitude et leur isolement, toute la douleur qui leur était permise *. Et le roi?

« Le roi, dit Saint-Simon dans ses notes du Journal ^Dangeau sur la mort de madame deMontespan, ne nomma jamais son nom et ne parut pas la moindre sensibilité à sa perte, qui, toute faite qu'elle étoità son ^ard, ne laissa pas d'être une délivrance pour madame ^e Maintenon. » Arrivé, dans ses Mémoires, à la date de cette mort, le grand chroniqueur raconte que la duchesse de Bourgogne, qui osait tout, ayant reproché à ^uis XIV son insensibilité parfaite, après un amour ^ long , si passionné , « il répondit tranquillement ,

* t Les deux princesses s- ont encore afflig(?es, » écrivait madame de ^intenon à la princesse des Ursins dans la lettre que nous venons de citer. Et elle ajoutait immédiatement : « Nous sommes dans un lieu déticieux. Je ne sais si vous avez vu Trianon dans cette saison-ci, etc. "^

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que, depuis qu'il Tavoit congédiée, il avoit eproptè ne la revoir jamais; qu'ainsi elle étoit dès lors morte j^uT lui^ » Mais, dit-on, la passion rend Saint-Simon au^* pect; soit. Ouvrons l'impassible Dangeau. « SêmH 28 maiy à Marly. Avant que le roi partit pour la chassfti on apprit que madame de Montespan étqit morte à Boup= bon, hier à trois heures du matin. — Le roi, après av(ai couru le cerf, s'est promené dans les jardins jusqu'ils nuit. » Enfin, le journal officiel, la Gazette^ qui, à U même époque, annonçait la mort d'une marquise de L^ Vallière et d'une duchesse de Longueville, garde nf silence absolu sur celle de madame de Montespan. Op on sait la portée de certains silences dans les région* officielles. Ajoutons que si la Hazette ne parle pas di la mort de madame de Montespan , en revanche U Mercurehii consacre deux articles pleins de sympathi ques regrets. Qui ne voit là une sorte de protestatioi amie contre un mutisme évidemment remarqué?

Les salutations profondes imposées à ceux qui pas saient devant le lit royal, les statues équestres jour e nuit éclairées, les arcs de triomphe, les emblème solaires, les médailles hyperboliques donnent la clef d

* n est à remarquer qu'à l'occasion de la mort de la duchesse d la Vallière, qui eut lieu trois aps après, Saint-Siipon dit encof:^, e parlant du roi ; « H parut peu touché de sa mort. Il en dît même 1 raison : « C'est qu'elle éi oit morte pour lui du jour de son entrée au « Carmélites. » La même insensibilité se serait donc traduire par les même paroles, à la mort des deux maîtresses, mères de tant d^enfants légitimés? N'y a-t-il pas là quelque confusion?

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