‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 12 sur 204 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

(c'était, suivant elle aussi, un homme extravagant, extraordinaire, mais plein d'esprit) se plaignait depuis quelque temps à tout le monde de Tamitié du roi pour sa femme. «Quand il alloit à Saint-Germain et qu'il faisoit de ces prônes, madame de Montespan étoit au désespoir. Il venoit fort souvent chez moi ; il est mon parent, et je le grondois. Il y étoit venu un soir et m avoit fait une harangue qu'il avoit faite au roi, où il lui citoit mille passages de la sainte Écriture, David, enfin lui disoit force choses pour l'obliger à lui rendre sa femme et à craindre le jugement de Dieu. Je lui dis : « Vous ôtes fou ; on ne croira jamais que vous avez fait celte harangue ; elle tombera sur rarchcvôque de Sens, qui est votre oncle et mal avec madame de Montespan.... » — Je fus à Saint-Germain le lendemain, et je dis à madame de Montespan : « Venez vous promener avec moi. J'ai vu votre mari à Paris, qui est plus fou que jamais ; je l'ai fort grondé et hii ai dit que, s'il ne se taisoit, il mériteroit qu'on le fit enfermer. » Elle me dit : « Il est ici qui fait des contes dans la cour; je suis si honteuse de voir que mon perroquet et lui amusent la canaille*. »

que Ton peut dire pour me le persuader et pour me le faire haïr. Je ne crois point cela, et j'ai envoyé la lettre au roi. » — Je lui répondis : c Votre Majesté a bien fait. » (Mémoires de mademoiselle de Montpenêier, t. IV, p. 65.)

■ * Mémoires ^ t. IV, p. 151. — Mademoiselle place ces conversations et la ecène du marquis de Montespan avec madame de Montausicr à raniicc 1070. Des lettres de madame de Longueville à madame de Sablé constatent que cette dernière scène eut lieu en 10C8.

Ces curieuses confidences nous introduisent dans les coulisses; les correspondances officielles et privées fourniront bien d'autres détails. On vient de voir qu'un oncle deM.deMontespan, l'archevêque de Sens, était brouillé avec la marquise. Cet archevêque, si décrié autrefois pour ses mauvaises mœurs, s'était depuis bien amendé, et rentré dans la droite voie, il désirait charitablement épargner à sa famille les fautes dont il n'avait pas su se garder. D'après un membre de son chapitre, Tabbé Boileau, frère du poëte, M. de Sens aurait, quand la passion du roi fut connue, mis publiquement en pénitence une femme de la ville, vivant comme la marquise, sa nièce, en concubinage patent, et fait publier dans son diocèse les anciens canons contre cette violation de la loi religieuse. Le diocèse de Sens comprenait Fontainebleau, où la cour se trouvait alors; madamedeMontespanen partit aussitôt, et elle n'y serait revenue qu'à la mort du prélat, arrivée en 1674. Le scandale continuant, celui-ci aurait, ajoute-t-on, frappé la maîtresse du roi. Le bruit en courut du moins, et sa disgrâce aurait été imminente, mais on n'a là-dessus que des conjectures. Ce qui est constant, c'est que lors de Tinsulte faite à la dame d'honneur de la reine par M. de Montespan, les pieuses amies de l'archevêque tremblèrent pour lui. Madame de Longueville était du nombre. « N'avez- vous point peur, écrivit-elle à madame de Sablé, qu'on fasse quelque trait à M. de Sens?*.. Comme tout le monde a dans la

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