‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 13 sur 204 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tète de l'embarrasser dans l'emportement de M. de Montespan, je crois que rien ne peut être mieux pour lui que la lettre qu'il vous a priée d'écrire à madame de Montausier*. »

Une des plus amusantes et la moins morale assurément de toutes les comédies de Molière, ri4mp/ii^rj/o?i, paraissait vers ce temps (février 1668). Le poète y faisait-il allusion à l'intrigue amoureuse dont les incidents étaient la grande affaire de la cour? Quels que fussent les mobiles du marquis de Montespan, le partage avec Jupiter ne parut pas être de son goût*, et il le cria sur les toits. Un écouteur du temps dit qu'on l'enferma au For-l'Èvêque, d'où il sortit au bout de quelques jours pour se retirer dans ses terres, et qu'y ayant assemblé ses parents, il prit le deuil de sa femme, le fit prendre à ses enfants, à sa maison, et lui fit faire de magnifiques funérailles. Si l'honneur outragé l'avait seul fait agir, ces exagérations auraient eu un côté chevaleresque, un air castillan. Il n'en était rien. Le roi, à qui ces excentricités ne pouvaient que déplaire, ayant ordonné d'informer contre lui, « il passa en Espagne, dit le même chroniqueur, avec la

* M. Sainte-Beuve, Histoire de Port-Boy al, t. IV, p. 284 — M. Sainte- Beuve ajoute très-justement : « Tout cela semble indiquer que M. de Gondrin tenait à ne point paraître responsable des faits et gestes de M. de Montespan, et qu'on lui prêta, dans cette affaire, plus qu'il n'aurait voulu. Ce n'est pas la première fois qn'on aurait inventé, pour perdre les gens, de grossiers sots contes, p

* Plus tard, en 1679, La Fontaine appelle, lui aussi, le duc du Maine, le flU de Jupiter.

femme d'un conseiller de Toulouse qui avoit amitié pour lui '. » Mais ce ne sont encore laque des bruits. Ce qui est certain, c'est qu'en 1669, la marquise de Monlespan donnait le jour au premier des sept enfants qu'elle eut du roi'. L'année suivante, le docteur Gui Patin écrivaitle H juillet à un ami : « Le roi a envoyé au Châteletun acte pour séparer de corps et de biens M. et madame de Monlespan. » Craignant de se compromettre, le malin docteur ajoutait en latin : « On

* Bibl. imp Mss. Fonds Bouhier, 34. Mélanges de Philibert Delàmare, article 1,090.

* En Yoici la liste :

1° Une fille, née en 1669, morte à trois ans ;

2o Le duc du Maine, né le 51 mars 1670, marié le 19 mars 1692 à mademoiselle de Bourbon-Cliarolais ; mort en 1736 ;

S» Le comte de Vexin, né le 20 juin 1672 au Genitoy, près Lag^y, mort en 1683 ;

4° Mademoiselle de Nantes, née le 1*' juin 1673, mariée au duc de Bourbon le 24 juillet 1685; morte en 1743;

5» Mademoiselle de Tours, née en 1674, morte le 15 septembre 1681, à Bourbon ;

6" Mademoiselle de Blois, née en juin 1677, mariée le 18 février 1692 au duc d'Orléans; morîe en 1749; — Louis XIY ayant eu en 1666, de mademoiselle de La Yallière, une fille du même nom, mariée en 1680 au prince de Conli, ce fut une étrange idée de donner aussi ce nom aune des filles qu'il eut de madame de Monlespan.

7" Le comte de Toulouse, né en 1678, marié le 2 février 1728 à mademoiselle de Noailles, veuve de Louis Pardaillan, marquis de Gondrin, fils du duc d'Anlin ; mort on 1737.

La princesse Palatine fait remarquer qu'à l'exception du comte de Toulouse, tous les enfants que madame de Montespan avait eus du roi étaient disgraciés de la nature : le duc du Maine était estropié, madame d'Orléans contrefaite, madame la duclicsse de Bourbon boiteuse. (Correspondance complète, t. II, p. 292.) On vient de voir que les autres enfants étaient morts jeunes.

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