‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 14 sur 204 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dit beaucoup d'aulres choses de ce genre que je n'ai pas envie d'écrire ^ w Les procureurs du dix-septième siùcle étaient à peu près aussi expédilifs que ceux du dix-neuvième, et la séparation ne fut prononcée qu au bout de quatre ans de procédures; encore le roi dut-il s'en mêler. Aucune correspondance particulière n'en faisant mention, on peut affirmer que rien ne fut négligé pour éviter les commentaires. Nous avons aujourd'hui à ce sujet non-seulement plusieurs lettres très-significatives de Colbert et de Louis XIV, mais l'arrêt de séparation lui-môme, et une transaction qui intervint à la suilc. Le 17 juin 1674,1e ministre avait prévenu le roi qu'un conseiller au parlement, Fieubet*, lui avait dit, au sujet des affaires de M. de Montespan, que la pro-

cédure pourrait durer encore quinze jours pendant lesquels sa présence à Paris serait indispensable, qu'il avait promis de faire payer 40,000 écus pour le remboursement intégral de la dot de sa femme, mais qu'il entendait prendre celte somme sur les biens de son beau-père, endetté lui-môme de 1,700,000 livres, ce

* « ^/ alia muîta de génère hoc dicuntur, qux scribere non est mi" mus. » Uitres, édit. Roveillé-Parise, t. III, p. 571.

* Gaspard de Fieubet, qui devint ensuite, grâce peut-être au rôle qu'il avait rempli dans ces délicates affaires, conseiller d'Etat et chancelier delà reine.

C'était, disent les contemporains, un liomme d'esprit, poète à ses heures.

En 1686, sa femme étant morte sans enfants, il se retira aux Camoldules de Grosbbis, près Paris. Mort le 10 février 1C94, à l'âge de 07 ans. l\ avait un frère premier président à Toulouse.

qui pourrait entraîner de nouveaux retards. « Comme Votre Majesté, ajoutait Colbert, m'a fait connoître qu'elle ne veut pas que ledit sieur de Montespan soil ici lorsqu'elle arrivera à Fontainebleau, j'ai cru qu'il éloil nécessaire de lui dépêcher ce courrier pour être informé de ses intentions ^ » La réponse du roi manque, mais des lettres postérieures permettent de deviner ce qu'elle dut être, à l'apogée d'une passion que rien ne semblait devoir lasser. Enfin, le 7 juillet 1674, après des délais et des formalités sans nombre, l'arrêt de séparation fut prononcé par le procureur général Achille de Harlay, assisté de six juges. Il en résulte que la demande en séparation motivée sur la dissipation de hiejij le mauvais ménage et les sévices sur sa personne^ avait été faite par madame de Montespan elle-même*. « Ladite dame de Montespan, disait encore l'arrêt, est et demeurera séparée de biens et d'habitation d'avec son mari, auquel nous avons fait défenses de la plus hanter, ni fréquenter. » Les questions d'intérêt avaient ensuite leur tour. C'était la dot à resli-

* Cabinet de M. le duc de Luynes. D'après une copie faite sur l'original.

* Arch. de l'Empire. Couvents de femmes, VIII, Carton L, 1,061, et Section judiciaire, cote Y; 8,865. —Voir la sentence à l'Appendice, pièce n* IV. Il y est question notamment d'une enquête faite par le commissaire Mazure, les 19 et 20 juin 1674, et de témoins entendus ces jours-là pour fournir la preuve des sévices allégués par la demanderesse. Cette enquête a échappé à toutes nos recherches.

On se demande pourquoi l'arrêt de séparation fut prononcé par le procureur général. Ce fut sans doute par évocation, et à titre tout à fait exceptionnel, pour éviter la publicité.

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