‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 132 sur 204 · L'ABBESSE DE FONTEVRAULT A DANIEL HUET · texte numérisé non relu

L'ABBESSE DE FONTEVRAULT A DANIEL HUET

A Fontevrault, ce 4 août 1690.

Je veux croire, Monsieur, que vous ne serez pas parti de Siris sans avoir vu ma sœur. Elle est revenue depuis quelûes jours à Paris, et au pis-aller, elle vous aura prié d'aller Petit-Bourg S à quoi vous devez n'avoir pas résisté. Je fais

s Hait ans après, le 16 avril 16P8, l'abbé Girard, qui venait d'êlre >inmé évêque de Boulogne, écrivait encore à de Gaignières : a Madame • Montespan, Monsieur, me demanda hier si vous voudriez bien lui ontrer toutes vos raretés. Je l'assurai que noi -seulement vous le vouiez bien, mais que vous en seriez même fort aise. Si vous m'ordonnez ! le lui répéter de votre part, elle ira apparemment vous en demander Tue vers le milieu ou la fin de la semaine prochaine, après quelques ornées* qu'elle doit faire à son hôpital de Saint-Germain et à sa mai- D de Petit-Bourg. Dès que je saurai le jour, j'aurai l'honneur de vouâ » avertir. »

' Le château et la terre de Petil-Bourg furent achetés en 1695 seu*- >nent. Madame de Montespan louait sans doute le château depuis plu- 'Qrs années.

290 LETTRES DE MADAMK DE HONTESPAN

réflexion cependant que, m'écrivant tous les ordi comme elle fait, elle m'auroit informée de votre vis elle ne m'en a rien mandé. Son projet étoit de demeu solitude à Petil-Bourg. Peut-être auroit-elle fait se d'avoir une aussi bonne compagnie que la vôtre ; i falloit toujours vous mander de ses nouvelles, et j( trouve pas excusable si elle a persévéré dans le silène vous me pariiez dernièrement. Le marquis d'Ântin n'es brouillé avec elle ; je sais par elle et par lui-même qu' crivent. 11 n'y a pas longtemps aussi que madame d'^ été avec elle à une autre voyage de Petit-Bourg, et d Saint-Joseph. Je ne répondrois pas qu'il n'y eût quel de petites bouderies passagères ; il n'y a guèf e de s qui en soient exemptes ; mais cela ne peut sevoirde ne mérite pas une grande attention de la part du me l'égard de Tabbé Anselme , il peut s'être élevé quelq tits nuages dont le monde ne devroit pas non plus struit. Dans les conversations, on pourroit, à des heui dues, parler de ces niaiseries, mais il seroit bien mal les écrire; et, en vérité, elles n'en valent pas la p( regrette fort en toute manière que vous ne puissiez ve C'est une privation forl triste pour moi, et les sujeti causent sont encore plus tristes, s'il se peut, puisque vos désagréables affaires et votre mauvaise santé.

Vous avez donc encore perdu la pauvre madame e talaire *. Je ne sais si votre amitié pour elle étoit enco vive, mais il est toujours cru^'l de voir disparoilre de à quelque degré qu'ils soient, et même de simples c sances. Je ne m'apprivoise point à ce genre de malheu qu'il soit le plus certain de tous , et celui par conî contre lequel il est plus nécessaire de se munir. Vous

- Marie-Thérèse de Habutin, fille aînée du second mariage d< chanoinesse de Remiremont, puis marquise de Montataire.

DE SA FAMILLE ET DE SES AMIS. m

toujours paru assez ferme là-dessus par rapport aux autres et à vous-même. C'est une sagesse que j 'estime fort et que jevoudrois de tout mon cœur pouvoir acquérir.

Expliquez-moi, je vous prie, pourquoi vous songez à avoir une maison de campagne auprès de Paris, autre que celle de H. Pelletier^ dont vous aviez paru content, et qu'il persiste à vous offrir. Est-ce que vous voulez avoir une terre dans ce canton? En ce cas, je n'ai rien à dire ; mais si vous ne cherchez qu'une demeure agréable et à portée de tout, cette maison est votre fait et je ne vous conseille point du tout de vous charger de l'embarras d'une acquisition. Â propos d'embarras, vous êtes admirable de vous en prendre à inoi deceux dont je suis accablée, et. de me conseiller de les [Nutager. Âvez-vous oubhé que j'ai cinq ou six secrétaires, ^ne devez-vous pas savoir, vous qui avez tant fréquenté les couvens, qu'il y a certains devoirs qu'une abbesse doit remplir en personne? Ces devoirs sont multipliés à l'infini pour une abbesse de Fonlevrault ; il ne lui est pas Ubre, comme àunévêque, de prendre ses heures; elle n'en a point d'assurées ; la moindre religieuse et le moindre moine * sont en ^it de disposer de tous mes momens. Il y a de plus des totures qu'il faut que je dicte ou que je fasse moi-même, sans compter celles où je suis secourue par mes secréf aires, auxquelles, entre nous, je ne. livre que les choses tout à fait communes et quasi indifférentes, parce que j'ai éprouvé

' Claude Le Pelletier, qui avait succédé à Colbert au contrôle général ^ finances. Remplacé en 1680, sur sa demande, avec de bonnes pensions, il était livré tout entier et tout doucement au soin de son salut. *1 possédait un très-beau château avec une terre à Villeneuve-Saint- Georges. C'est lui qui, pendant son ministère, refusait des audiences à ^utes les dames.

* ^'ontevraull [Fons Ebrardi]i chef-lieu de l'ordre, avait aussi à diri- ?6r des couvents de moines. Le monastère avait été fondé en 1109. Il ^^levait du diocèse de Poitiers.

mille fois quMl faut traiter soi-même les véritables aiïaires, si on veut se faire entendre, et si on a une sincère intention d'agir de son mieux.

Pour cette intention, je Tai certainement, et je sens qu'elle se fortifie à mesure que les années s*accumulent. Les années, qui amènent tant de mauvaises choses, en amènent aussi de bonnes ; elles donnent une attention plus scrupuleuse sur l'acquit des devoirs qu'on ne l'a dans la jeunesse ; en les examinant de plus près, on les trouve plus étendus^ et il est vrai aussi que ceux qui sont attachés à ma chargée se sont mutipliés réellement depuis quelques années. Plusieurs supérieures ont fait la même remarque par rapport & leur emploi, et soutiennent que le gouvernement est devenir plus difficile depuis quinze ou vingt ans qu'il ne Tétoit avaai> ce temps-là.

Je vais vous dire à quoi je m'en prends, au hasard qu^ vous vous moquiez de moi. Je me suis imaginé que ces li-^ vres de Hollande qui ont inondé le monde depuis quelque» années, et qui se sont glissés dans les cloîtres comme ailleurs, ont répandu des doutes et des demi-connoissances dont les petits esprits n'ont pu tirer d'autre fruit que de se croire capables déjuger de tout, et de regarder la soumission aux lois comme un effet de la foiblesse et de l'ignorance où ils vivoieiit avant ces belles découvertes.

Mandez-moi, Monsieur, je vous supplie, ce que vous pensez là dessus, et ne manquez pas de m'informer soigneusement de l'état de votre santé. Je veux savoir aussi vos occupations, et si vous n'avez pas entrepris quelque nouvel ouvrage. Je n'en doute nullement, mais il faut m'en dire le sujet.

J'envoie cette lettre par une voie un peu plus diligente que celle des Filles-Dieu.

Page 1