MADAME DE MOiSTESPAN A DANIEL HUET
A Versailles, ce 3 septembre 1690.
J'ai reçu par Tabbé Genest des complimens auxquels je
suis si sensible que j'ai \oulu vous en faire moi-même mes
l'emercieinens. J*ai bien envie aussi d'y joindre une consul-
^*ion sur une affaire qui regarde FontevrauU, qui, comme
^ous savez, m'est un endroit sensible. On a eu la maladresse,
^n demandant les bulles de ma nièce de Mortemart pour
'abbaye de Beaumont^, de demander en même temps une
P^^mission de changer d'ordre. Ni l'un ni l'autre n'ont été
accordés; mais le roi, avec raison, a répondu qu'on lui avoit
^'^ que FontevrauU étoit de l'ordre de Saint-Benoît, et qu'à
^^enir il seroil exclu de toute sorte de préférence, puisque,
pour lui, il n'en accorderoit plus. Je le priai de ne pas croire
' ^Ùe, et lui dis une partie des raisons qui ont été si mal
^posées par les personnes qui se sont mêlées de cette af-
^ire . et comme je n'ai encore rien dit ni rien avancé que
^^ ^*aie justifié, j'ai écrit à ma sœur pour m'envoyer tout ce
^^^ ^lle peut avoir de raisons pour se croire de l'ordre de
^^nt-Benoît et toutes celles que vous auriez trouvées de
^^fe côté. Je suis même d'avis que l'on profite de cette cir-
^ï^stance pour faire déclarer et prononcer une fois pour
^Utes de quel ordre est FontevrauU *. Je ne crois pas que
^^Ite affaire soit d'aucune conséquence pour aucun ordre, et
ï^sir conséquent on n'y trouvera pas de grandes diffîcullés.
* Beauraont-les-Tours. Il s'agit de GabrieUe de Mortemart, première ^le du duc de Vivonne Elle était entrée à FontevrauU en 1676. Nommée ^bbesse de Beaumont en 1689, elle occupa ce poste jusqu'en 1755, époque de sa mort.
* L'abbaye de FontevrauU a depuis longtemps été considérée comme ^tant de l'ordre de Saint-Benoît.
!2«4 LRÏTUES DE MADAME DE MOKTESPAN
Je VOUS écris avec tant de distraction que je doute fort que je vous aie bien expliqué tous mes embarras ; mais votre ^-.ifft pénétration suppléera â tous mes oublis et manquemens. Ayez aussi la bonté, Monsieur, de me mander ce que vous jugez à propos que Ton fasse à cette occasion pour le bien de l'ordre, car je compte pour rien l'intérêt particulier de ma nièce, quand il y va de celui de tout un ordre ^ de beaucoup d'autres personnes qui me sont aussi proches qu'elle, et que j'aime beaucoup.
Mademoiselle de Blois vous fait mille complimens; elle a eu la fièvre, mais elle en est quitte par le quinquina. Mademoiselle de Mortemart a toujours la sienne, et la pauvre nwdame deJussac a aussi une très-violente fièvre, pour accompagner ses douleurs'. Je vous parle de toute la maison, parc^ que nous savons que vous y prenez intérêt, et parce quevoi^^ y êtes estimé et aimé de tous.