MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILLES
A Fontevrault, ce 19 novembre 1698.
C'csl tout de bon que je ne sais plus que vous dire; j'en
5 Fille du premier lit du duc de Longueville ; mariée au duc de Nemours 'branche de Savoie en 1CG7, morte en 1707. <» Madame de Nemours, avec une fiirure fort singulière, une façon de se mettre en touriêre, (jiii ne l'éioit pas moins, de gros yeux qui ne voyoient goutte, et un tic ((iii lui faisoit toujours aller une é]>aule, avec des clieveux blancs qui lui traînoiont partout, avoit l'air du monde le plus imposant. Aussi étoit-cllo altiiîre au dernier point, et avoit infiniment d'esprit, avec n^e langue; éloiiuente et animée à qui elle ne refusoit rien...» (Saint-SiffiOn, t. VI, p. r)î).;
* On lit dans les Entrelims sur l'éducation des filles, par madame de Maintenon, p. '255 : a Madame la maréchale de Noailles m'a proposé bien des fois de mettre ici ses huit ou dix filles, à condition qu'elï^^ payeroit la pension d'un pareil nombre de demoiselles de Saint-Cyr dans un aiitre couvent. » Cette proposition, dit Lavallée, ne fut p^^ ar.ceptée, comme étant contraire au but de la fondation, qui était de n'admettre à Saint-Cyr que des filles sans fortune.
* DibI du Louvre. Ms. 525-3. Correspondance de SoailleSj fol. 2^ Lctlro dictée et signée.
stois aujourd'hui à vouloir vanter vos mérites à madame de Haintenon et à la féliciter sur l'agrément qu*elle doit trouver dans votre commerce et dans la sûreté et la discrétion Çw ifous possédez au suprême degré; à quoi, entre nous, •îclles qui l'ont approchée jusques à cette heure ne l'ont pas W ilccoutumer. Vous pouvez vous souvenir que je vous en '•riois à Saint- Joseph à vous-même et je le répétois aujourl'bui à madame de Maintenon dansl'épanchement de cœur ù sa letire m'a mise, car elle m'a dit tout ce que je souhai- •^8 d'elle, qui ne consistoit qu'à me montrer tout net que <>n commerce ne lui convient point et que je n'en suis pas Us mal avec elle. Tout cela peut fort bien être, et je le >ïiprends si bien que je ne demande pas autre chose pour oir l'esprit et le cœur en repos sur une personne qui y a 't trop d'impression pour n'y pas toujours tenir sa place.
je ne saurois assez vous dire à vous, Madame, le bien >e vous m'avez fait en me levant un si pesant fardeau qui, souffrir ou à combattre intérieurement, éloit toujours fort inible.
Je vous asâure que je me sens soulagée d'une manière qui 5 pouvoit jamais me venir que par l'éclaircissement que >1I8 m'avez procuré ; car des honnêtetés de traverse, des ^âces même, ne frappoient point au but : il falloit revendre les choses de plus loin, et par là y comprendre les ïites. Cela est fait, je vous en remercie et ne vous demande Us rien, ni à madame de Maintenon non plus; elle m'a dit ' qui ne me pouvoit être dit que par elle et qui autorisera ^\ ce que j'aurai besoin de me dire à l'avenir. Je la prie Ssi de croire en moi tout ce qu'elle m'y a vu de plus ^éabie, et elle croira vrai.
Je n'ai plus qu'à finir votre lettre par où j'ai fini la sienne, li est que le silence entre elle et moi devient agréabUs iand je sais qu'il lui convient. Pour vous, il n'en sera pas
526 LETTUES DE MADAME DE MOMTËSPAN
de mèine, car je chanterai vos louanges toute ma vie. Quoit ic je commence pourtant par jeter dans le feu la première lettre que j'avois écrite pour en refaire une plus courte et qui ne parle que de moi !