MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILLES
A Fonlevrault, ce 8 juillet 1699.
Vous faites beaucoup plus qu'on ne vous demande, Ma* dame, Ciirjevous assure que la lettre que j'avoiseu Thonneur de vous écrire n'étoit que pour vous, et dans la même franchise que nos conversations de la calèche dans le voyage où nous Yoiturions deux petits garçons qui ont assez bien profité*. Je crois, à vous parler franchement, que le vôtre est un peu plus fin, mais il faut se contenter de ce qu'on a et. souhaiter seulement qu'ils soient toujours amis, et qu'ils entretiennent une liaison qui étoit faite avant leur naissance.
Ma sœur reçoit toujours très-tendrement tout ce qui lui vient de vous ; elle est fort déterminée à ne point aller à Paris, et je ne combats point sa résolution. Vous savez que j'ai toujours été austère pour les autres, et le temps qui court n'est pas propre à me corriger; tout l'adoucissement que je mettrai à son voyage sera de lui tenir compagnie tant qu elle sera à Bellegarde , c'est-à-dire en allant et revenant de Bourbon ; ainsi je ne compte de retourner à Paris qu'à la Saint-Martin. Si l'on y choisissoit ses compagnies, j'en aurois plus d'empressement ; mais quand on est aussi dépaysé que je le suis présentement, on se trouve aussi bien loin que près.
S'il y a quelques mesures à prendre pour mademoiselle votre fille, rien ne me seroit plus aisé, et ce me semble, à
* Bibl. du Louvre. Ms. 325-3. Correspondance de Noailles, fol. 50. Lettre dictée et signée.
* Probablement le comte de Toulouse et Adrien-Maurice de Noailles, né en 1678, et qui, dès 1693 et i69i, avait déjà assisté aux campagnes et aux sièges de l'armée d'Espagne, sous les ordres de son père.
DE SA FAMILLE ET DE SES AMIS. ri29
»'Ousaussi,que mon séjour à Bellegarde;vouspourriezenvoyer celle enfant jusqu'à Fontainebleau, où je Tirois prendre moMnôrne. ïi y a là une Sainte Famille, comme vous savez, ?"* nie donne des affaires qui m'y mènent tous les ans, sans compter que j'irois bien plus loin pour votre service et pour 'ecevoir ce gage de votre amitié que je désire et vous de- ^^nde depuis si longtemps. Ayez la bonté de me mander '^^^mptement votre décision là-des us, parce que je ferois *^tiner sa chambre et les personnes qui la doivent servir, ^^it que de partir; ce sera, comme vous pouvez croire, ^lîs le canton de mademoiselle de Bourbon*. Vous croyez ^«n que ma sœur n oubliera rien de tout ce qui vous pourra -Te agréable ; mais vous connoissez mon arrangement sur is enfans, que je ne négligerai pas en cette occasion.
Goignières est toujours incommodé de sa jambe ; il ne aisse pas de travailler tout le jour ; il est ravi de tout ce (u'il trouve ici, et ceux qui le voient sont ravis de ce qu'il ait. Vous croyez bien que je lui montrerai l'article de votre ettre ; il étoit déjà trés-convaincu de vos bontés, mais ce pie vous me mandez n'y gâtera rien et me fait beaucoup es- )érer que vous lui procurerez quelque chose ; ce n'est pas )urementpour lui que je le souhaite, c'est par ce désir gèlerai de voir toujours faire le mieux qui se peut. Je vous as- 5ure que ce zèle-là me donne une joie particulière de vous ^oir tout à portée de donner des conseils par la fidélité et le !èle que j'ai toujours vus à M. votre mari et à vous, indé- )endamment de l'amitié particulière que votre conduite me ait sentir avec plus de vivacité que jamais.
Puisque vous voulez bien vous charger de mes assurances le respect et d'estime pour M. l'archevêque, je vous prie ie ne les pas oublier. Mais pour vous. Madame, n'attendez
* Fille de la duchesse de Bourbon et petite-fille de madame de iiontespan.
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de moi aucun terme de compliment; vos lettres m*arrachen^ toujours des tendresses qui ne s*en accommodent pas.