MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILLES
A Fontevrault, ce 22 juillet 1699.
Je suis outrée du procédé de Fanchon ; je me doutois bien, parce que. vous me faisiez Thonneur de m'ècrirc, qu'il écloroit en effet quelque chose, et précisément aujourd'hi^î sa sœur m'a apporté une lettre par laquelle elle apprend sou mariage, et qu'il s*est fait mystérieusement. Ces avejn.lures -là dégoûtent bien de se mêler de telles espèces, quo^" . que, d'ailleurs, j'en fasse métier et marchandise, en aya""^^ toujours de grands magasins à Saint-Joseph. Tout de boB^> je suis au désespoir de cette affaire ici ; elle m'entre pl^^us sérieusement dans la tète que de telles choses n'ont acco "^" lumé, par le secret que l'on vous en a fait.
Vous avez tellement réveillé ma tendresse que je suis pi ^^s délicate sur vous que vous-même. Nous faisons votre élo^^c» Gaignières et moi, toutes les fois que nous nous trouvo^ ^^ ensemble. H est certain qu'avec les bonnes qualités que l'-^^fl vousa toujours connues, vousyajoutezunesoliditéetdesvi*. ^s générales qui conviennent fort à la place où vous vo «J* trouvez*; cela me fait plaisir pour vous et pour les autr^.^, car vous savez que j'aime le bien public et que le gouve^rnement soit approuvé.
Mais il est temps de retomber sur le particulier : j'ai fait voir votre lettre h ma sœur, qui vous remercie de vous être
^ Bibl. du Louvre. Ms. 323->. CéOrrespmdance de Noailles, fol. 31. Lettre dictée et signée.
^ Elle était dame du palais. Madame de Sévigné ne se la représentait pas « ailleurs qu'à Versailles et autrement que gros>e, ^
cnlm déterminée à lui donner mademoiselle votre fille; on
l^ra à son égard tout ce que vous désirerez de tous points ;
^^ y aura qu'à vous en expliquer très-nettement jnsques
^"^ nioindres bagatelles et les faire passer par moi. Nous
'"^^^tïies accoutumées de longue main à parler d'affaires do-
'"^^liques et à calculer les grandes et les petites choses. Je
^'"^45 que vous comptez d'envoyer le meuble et tout ce
ï^ elle avoit à Saint-Antoine. Pour la vocation, je vous laga-
^^tis. Voici un couvent où personne ne résiste, et avec rai-
^^, car c'est le plus saint et le plus beau et où les religieuses
^ïit plus heureuses mille fois que toutes les personnes du
^Onde '.
11 y eut hier deux filles qui prirent l'habit ; mademoiselle
^e Bourbon supputa que dans sept ans elle en feroit autant.
^ous pouvez compter de même pour mademoiselle votre
tUe, si vous avez le bon sens d'y consentir.
Chargez-vous toujours, je vous supplie, Madame, de mes
' Déjà, YÎngt ans auparavant, alors qu'elle était encore tout entière dans le courant de la cour et du monde, madame de Montespan faisait volontiers de la propagande. On eût été bien étonné si eUe n'avait pris parti pour les jésuites contre les jansénistes. M. Sainte-Beuve raconte dans l'Histoire de Port-Royal, t. V, p. 3, une conversation qu'elle eut avec une jeune fille, mademoiselle de Grammont, dont les jansénistes liraient vanité. « Voilà, dit madame de Montespan, le roi qui est votre ennemi, qui vient. — Je ne crois pas que le roi soit notre ennemi, parce lue nous prions toujours Dien dans notre maison pour Sa Majesté... » [lorsqu'on l'a poussée pour savoir si elle vouloit être religieuse, elle a 'épondu qu'elle n'étoit point encore en âge de se déterminer, et que, si elle ist religieuse, ce ne sera jamais que dans Port-Royal. Madame de Montes- >an souhaite qu'on l'envoie à Fontevrault. »
A propos des jésuites, elle avait écrit, le 51 janvier 1693, à M... .une lettre de quatre pages que je n'ai pu me procurer, et qui commence linsi : « J'approuve tout-à-fait le parti que vous prenez à l'égard des ïi'suites. Il y a longtemps que je m'élonne qu'il n'y ait pas plus de presse à ces maisons-là, car bien loin d'en être plus en retraite, il me semble que ^'est s'assurer une bonne compagnie pour tous les temps que l'on a libres, sans avoir la poinc de l'aller cliorclier... »
assurances de respect pour M. l'archevêque et pour M. le maréchal.