DE LA CHARITÉ
RUE SAIXT-DENIS, DETA!IT SAINT-LAZARE, A PABIS*.
A Fontevrault, ce 26 juillet 1699.
La soeur Hameline et sa compagne sont arrivées. Je vous remercie, ma chère sœur, de la complaisance que vous avez eue pour moi là-dessus. Ce n'est pas que ma sœur Barbe ne soit un très-bon sujet et fort capable de conduire une grande maison, comme elle Ta fait ici ; mais il est vi^ai qu elle s'étoit un peu trop accoutumée au pouvoir qu'on leur laisse, et cela étoit poussé si loin que je ne pouvois pas même oIk tenir d'elle les moindres complaisances. Nous n*en seront pas moins bonnes amies d'ailleurs, et j'espère que ma sœur Marie Hameline me rendra justice auprès de vous en vous faisant connoitre que je ne désire rien qui ne soit dans l'ordre de ces sortes de maisons, et pour le soulagement des pauvres.
Je vous renvoie l'argent que la sœur Hameline avoit ap. porté avec la quittance de madame la grande aumônière; je l'avois accordé à ma sœur Garin pour un lavoir que l'on fait chez vous, et je ne suis pas d'humeur à reprendre ce que j'ai donné. Ma sœur Barbe vous mène une postulante dont elle dit vous avoir déjà écrit plusieurs fois et vous avoir envoyé un certificat de Mgr l'évêque d'Angers. En cas qu'elle vous soit propre et que vous vouliez la recevoir, je donnerois cent francs, comme j'ai accoulumé, pour son premier
^ Je dois la communication de cette lettre à l'obligeance de M. Etienne Charavay. La lettre a été dictée ; la signature seule est de madame de Montespan.
habit, et si elle ne vous accommode pas, il n'y aura qu'à renvoyer à Fontainebleau, à ma sœur Riche, pour la mettre dans cette maison-là, comme elle étoit ici*. J'espère qiuî vous n'avez pas oublié les trois sœurs que je vous avois encore demandées pour M. le comte de Toulouse, et que vous m'aviez promis de me choisir avec soin. Rien ne vous prouve n^ieux, ma Chère sœur, l'estime et Tamitié que j'ai pour voire congrégation que de vous demander si souvent de vos "tueurs pour les placer partout où je puis avoir quelque crédit . J'espère que cela m'attirera des marques de votre charité en faisant prier Dieu pour moi dans votre communauté ; j^ ^ous demande aussi cette grâce en votre particulier, ma ^hére sœur, et de me croire tout à vous.
IHa sœur Marie Hameline a désiré que ma sœur Catherine
^lemeurât ici avec elle, pour lui donner quelque connois-
^ance des usages ordinaires de la maison. Je crois en effet
4ue cela sera bien. C'est pourquoi j'y ai consenti, malgré la
P'^oposition que je vous avois fait faire de la rappeler. Ainsi,
^^ faisant ce changement que pour le mieux, j'espère, niu
chère sœur, que vous ne l'aurez pas désagréable. Madame
*^^bbesse se recommande à vos prières. Vous savez, je crois,
^'Oîtié qu'elle a pour votre maison et à quel point elle étoit
^bère à votre sainte fondatrice^. J'espère participer à cet
^^^niage et je vous assure que j'ai tous les sentimens qui
^^Us y doivent engager. Je vous prie de faire mes compli-
'^^tis à M. Favre*. C'est une personne pour laquelle j'ai une
* On vient de voir (leWre du 8 juillet 1699) que madame de Montes- '^^ a?ait fondé une maison à Fontainebleau.
^ Les FiUes de la Charité avaient été fondées en 1634, sous les auspices 'Jf Saint Vincent de Paul, par Louise de Marillac, veuve d'Antoine Legras. ^'^bbesse de FontevrauU avait dû la connaître dans ses séjours à Paris. * C'était sans doute l'aumônier des Filles de la Charité.
:>ôi LETTRES DE MADA^IE DE MONTESPAN
grande estime; il m'a promis de prier Dieu pour moi; m'obligerez beaucoup de l'en faire souvenir.