MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAÏLIES
A Paris, ce 27 septembre
Vous m'offensez, Madame, de me faire des manières d'ex.cuses sur le retardement de votre réponse ; si je croyois qti^ mes lettres vous y contraignissent, je n'aurois pas i'honnei:*.» de vous écrire si souvent. Quand on a une aussi aimabl* conduite que celle que vous avez envers moi, elle nesauroîl être trop libre, et pour qu'il n y manque rien, il faut en bannir toute apparence de compliment. Après cela, je voiifi dirai que nous ferons tout ce que vous voudrez sur mesdemoiselles vos filles; la tendresse seule nous les faisoitd^ sirer; cette même tendresse nous fera accommoder de ce que vous leur croirez de meilleur. Si vous voulez même prendre encore tout Thiver pour décider, ma sœur revenant aux eaux le printemps qui vient, sera encore en commodilé de ramener celle que vous lui voudrez donner. Enfin, Madame, agissez librement avec nous comme avec les personnes du monde qui vous aiment le plus sincèrement ; vous voyez que j*entends le style grossier ; je prétends aussi le soutenir par beaucoup de vérité, en quoi consiste le mérite.
Je no savois pas tous les accidens de chez vous ; j'ai bien delà joie qu'ils soient passés et que vous soyez sans inquiî*tnde.
J'envoie mon peintre^ à M. le maréchal; il fera une grande charité s'il peut placer son fils dans la musique du roi, car il a un grand nombre d'enfans et aucun bien que son tra-
* Bibl. du Louvre. Ms. 325-5. Correspondance de Noailles, (o\. 32. Lettre dictée et signée.
* Voir p. r)5/i, note 1.
hE SA FAMILLE ET HE SES AMIS. .Vm
vail; c'est le premier homme qui ait épousé une de nos filles de Saint-Joseph. Vous savez que ces fiUes-là n'étoient pas de grands partis par elles-mêmes, et que, n'ayant que ma protection en mariage, il est juste de la leur continuer en leur en procurant de plus avantageuses.