‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 166 sur 204 · MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILLES · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILLES

A BeUegarde, ce 21 octobre 1(191).

Je suis si véritablement touchée de votre conduite et de la solidité de votre amitié qu il ne m'est possible de penser à autre chose. Gomme je l'estime et l'aime beaucoup plus que Montmartre', j'oublie tous les usages que Ton en pourroit faire, pour me renfermer uniquement dans un remerciement aussi tendre et aussi sincère que vous le méritez. J'espère que madame de Moussy ^ vous rendra compte de mes sentimens, car ils se montrent mieux qu'ils ne se peuvent écrire.

J'ai trouvé ma sœur si abattue de ses eaux, ayant même un peu de fièvre, que je n'ai point cru lui devoir parler à fond de rien de ce qui eût pu l'émouvoir. Ce que vous me mandez me fait croire que vous avez su que le roi lui avoit offert autrefois Montmartre pour la rapprocher; elle le refusa par scrupule, croyant devoir demeurer où elle étoit engagée; depuis ce temps-là, sa charge est devenue bien

* Bibl. du Louvre. Ms. 32.')-3. Correspondance de Noailtes^ foL ôi. Lettre dictée et signée.

* Allusion à l'abbaye de Montmartre. La suite de !a lettre explique ce commencement.

5 II est question, dans les lettres de Bussy-Rabutin, du marquis de Moussy, brigadier du roi, tué en 1675, à la bataille de Turckeim. C'était ^eut-être sa veuve.

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pesante; Tédit de quatre-vingt-quinze ^ etTabusqaeïïM MM. les évèques lui rendent son joug très difficile à poito. ^'-^^ Cependant, je ne crois pas qu'elle pût se résoudre à le <|h^ ter purement pour être à son aise; et pour moi, jeiom avoue franchement, qu'à sa satisfaction près, pourlKpdle jo voudrois tout sacrifier, je Taime beaucoup mieui à Fi»tovrault qu a Montmartre. Quand on fait de bonne foi,» aime mieux être loin que près; et j'ai môme trouve, damie peu de temps que j'ai été à Paris, tant d'égards et de mesures à garder, surtout dans les apparences, beaucoup pte quo dans io fond, qu'il m'a paru que la peine passoit beiucoup le plaisir. Voilà précisément ce qui me passe parU t^îto, n'osant, comme je vous viens de dire, questionner les autros gens.

Madame de Castries * m'a écrit et se prépare à demander Montmartre pour ma nièce de Vivonne *, qui est depuis quatre ans grande prieure de Fonlevrault. C'est assurément une très-bonne et capable religieuse; on aura, je crois, delà p(»ine à trouver mieux; cependant, je ne vous en dis rien, car une dose de vapeurs qui se joint à un naturel assez indiffèrent sur les biens de la fortune, m'empêche de rien souhaiter de ces côtés-là''^. Mais, en récompense, je souhaite bi(*n passionnément la continuation de votre amitié qui nous est aussi glorieuse qu'elle m'est chère. J'y pourrois mettre : utile ; mais vous voyez que je suis prêle à sacrifier cet endroit-là pour jouir pleinement de l'agrément.

* Kdit d'avril 1695, en cinquante articles, portant règlement pour to juridiction ecclésiastique.

* Marie-Élisabetli de Vivonne, mariée en 1693 au marquis de Castries. (Voir une ietire d'août 1689, p. '276, note 7.)

^ Louise-Françoise; c'est elle qui devint, à la mort de sa tante, abbesse de Fontevrault. (Voir p. 277, note.)

^ Comme il s'agissait d'une abbaye pour sa nièce, on pourra trouver le détachement au moins singulier.

iDAMB DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAILLES^

A Bellegarde, ce 2 novembre 1699.

si mal instruite de la cour que je ne sais quelle compliment il faut faire sur la mort de madame chevreuil*; je Tai regrettée par moi-même; je s fort bonne femme, et d'ailleurs j*aime toutes mes 5 connoissances. J avois prié M. du Maine, quim'ap- ! nouvelle, d'en faire mes complimens dans sa famême à madame de Haintenon. Je vous demande même grâce, et de les faire en tous points, selon viendra. Je suis toujours embarrassée dans les oc- 3ur prendre une juste mesure dans mes démarches, nation me porteroit très-naturellement à me mon- 3tement à madame de Haintenon telle que je suis ; cependant vous savez. Madame, que mon coniest pas de son goût. Cela soit dit sans reproches et îeries; car je suis plus que satisfaite de ce que je lie l'année passée par votre moyen ; mais c'est pour itrer simplement qu'en effet je suis encore à démêil faut faire pour agréer; car quand j'ai suivi ma urelle en me laissant oublier, j'ai trouvé qu'on me is d'honneur que je ne pensois, et que l'on se soumoi pour blâmer ma conduite. Tout cela joint à leur paisible me fait craindre tous les événemens. As que chacun demeurât comme il est, que l'on y

u Louvre. Ms. 525-3. Correspondance de Noailles, fol. 35. îe et signée. — Cette lettre qui fait partie, comme toutes adame de Montespan à la duchesse de Noailles, des manuscrits l'hèque du Louvre, a été publiée dans la Correspondance gtfuadame de Maintenons t. IV, p. 46.

lap. Yui, p. 155, note.

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(ût content, et que Ton le fût aussi des autres. Il me que cela ne seroit pas si difficile si cfaacua foukit ii*étre occupé que de sa place, tant pour en jouir que se la rendre bonne ; mais par malheur les tiers entrait toujours beaucoup plus en jeu qu'il ne conTient.

A ce propos-là, on manda hier à madame de Castriesipe madame de Montmartre ëtoit morte. Je ne puis rappeler cette idée sans attendrissement pour tous et sans Tous&ire de nouveaux remerciemens de votre charmante condoile; je l'ai fait \aloir à ma sœur qui la trouve telle qu'elle est Vous savez comme elle a toujours été pour vous, et vous pouvez bien penser que vos honnêtetés ne diminuent pas sa tendresse. Nouâ ne faisons aucune démarche sur cette abbaje; quand on en voudra donner à de bonnes religieuses expérimentées dans le gouvernement, on pourra jeter les yen sur ma nièce de Vivonne ; c'est à son mérite et à sa piété à solliciter pour elle; car, pour moi, j'ai toujours craint de demander des bénéGces. Vous me trouverez peut-être aujourd'hui dans des dispositions bien détachées; la bonne fêle in comporte, et la suite des vapeurs dont j'ai été attaquée â l'aris n'y nuit pas. N'en faites aucun usage, je vous suppliât .Madame, et croyez que c*est purement l'amitié que vousm^ témoignez qui vous attire cette confiance.

Vous voudrez bien faire mille tendres complimens à H. le maréchal et même à M. Tarchevêque, car je suis aussi contente d'eux que de vous, et c'est tout dire.

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