MADVME DE MONTESPAN A LA DUCHESSE DE NOAÏLIES
A Bellegarde, ce 22 noyembre 1699.
Je ne veux point écrire, Madame, à d'autre que vous ; je
* Bibl. du Lowvrfi. Ms. 525-5. Correspondance de Soaille8, fol. 36. iHiro dicl^^e ot signéo.
crois satisfaire aux devoirs en faisant des complimens, et je n*en veux pas davantage; le surplus ne seroit que des agaceries pour s'attirer quelque mai^e extérieure d'honnêteté, dont je ne suis point du tout affamée. Je vous le répéterai encore, ce n*a été que par des raisons très-solides que j'ai recherché tous les éclaircissemens qui se firent l'année passée; j'en suis contente ; il n'y a plus rien à regratter là-dessus ; je continuerai seulement dans toutes . les occasions à montrer la sincérité et la droiture de mes sentimens; mais pour vous qui vous montrez tous les jours de plus en plusadmirable et aimable pour moi, je vous dirai très fréquemment et à cœur ouvert ce que je pense sur toutes sortes de chapitres.
Ma sœur sent, comme elle doit, l'amitié que vous lui témoignez à l'occasion de Montmartre ; il est certain qu'il auroit été plus doux à une personne de son humeur d'être à portée de voir ses proches et ses amis que de passer sa vie dans un désert à remplir depuis le matin jusqu'au soir des devoirs aussi pénibles que les siens ; mais le plus fort en est fait, et je la vois beaucoup plusoccupée à perfectionner sa vie qu'à chercher à l'adoucir. Pour ma nièce, il est trèscertain qu'elle est capable de toutes les places où on voudra la mettre; il y a six ans qu'elle est grande prieure deFonlevrault, qui est un plus grand gouvernement qu'aucune autre abbaye. Après tout cela, je vous dirai que je ne lui souhaite [)oint Montmartre ; je regarde toujours le voisinage de Paris ^oiTime un écueil queje voudrois sauver à toutes les personnes k qui je m'intéresse ; mais en même temps, je vous avouerai branchement qu'il me paroit malheureux qu'une madame de Vivonne, de trente-cinq ans, bonne et capable religieuse, n'ait pas encore fe moindre petit bénéfice, dans le temps que Ton on a donné et offert à beaucoup d'autres qui n'avoient pas les mêmes raisons d'en espérer. Lorsque madame de Mainte^
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non fit avoir Tabbaye de Saint-Antoine à la sœur de madame de MontcbevreuiU elle m'en fit beaucoup d'honnêtetés par rapport à mes nièces, jusqu'à me dire qu^elle ne songerait jamais à détourner ce qui leur pourroit tomber. Je reçis cette honnêteté comme vous pouvez croire ; et ça s'eatâid encore plus par le cœur qu'autrement. Je lui répondu avec ma sincérité ordinaire que mes nièces pouvoieut attendre et que pourvu qu'elle eût la bonté de s'en souvenir, j'aimerois encore mieux quel'|ue cho.se qui seroit à portée de ma sœur que de les aventurer si loin à leur propre conduite, car vous pouvez vous souvenir que j'ai toujours aimé que l'on fit son devoir. J'indiquai même le Roncerai, où manièee de Mortemarl, à présent abbesse de Beaumont, avoit déjà été souhaitée et demandée ; mais comme elle étoit encore jeune, et entre nous plus éveillée que celle qui reste, on ne lui donna point, et l'on y mit une sœur du comte de Gramont, qui y est encore aujourd'hui, comptant que la vacance reviendroit bientôt. Cette bonne dame a présentement quatievingt-quatre ans et fait enrager ses religieuses, et enrage aussi elle-même parce qu'elle ne s'est jamais plu dans ce lieu-là. Le bruit court dans la province qu'elle voudroitfort en sortir et qu'elle a fait des tentatives avec beaucoup de gens pour en tirer un parti avantageux ; on nomme entre autres une sœur de M. de Boufflers. Vous en pouvez savoir la vérité mieux que personne, et si vous aviez par hasard les vues de mettre cette madame de Boufflers à Montmartre et faire entrer dans le traité madame du Roncerai, en lui donnant la maison de madame de Boufflers et y joignant telle pension que vous jugeriez à propos que je m'engagerois à payer (parce que c'est d'ordinaire, ce qui embarrasse dans ces sortes d'échanges, de peur de charger les couvens), par là on pourroit mettre ma nièce au Roncerai, en obligeant tout le monde.
DK SA FAMILLE ET DE SES AMIS. 3il
Je remets cette affaire entre vos mains, bien plus pour safaire à un devoir de famille qui n'a de secours que par n, que par un désir bien violent de voir mademoiselle de renne abbesse. Si j'étois à portée, j'exposerois tout ce faità madame de Haintenon avec la même franchise qu ù js; car sans compter que je ne songe point à la surpren- ;, ni tirer par autrui des marques de bonne volonté qu'elle me voudroit point donner, j'agis si purement par raison us toute cette affaire, que je ne dois point craindre del'exser à la connoissance du monde. 11 n'y a que madame bbesseduRoncerai sur laquelle je vous demande un grand cret; et quand même, par impossible, les propositions que vous fais en Tair se tourneroient sérieusement et en pra- [ue, je vous demanderois instamment que madame l'abssedu Ronceraine sût point pour qui Ton traite avec elle, fia frayeur qu'elle a toujours eue que ma nièce lui succét, jointe à l'envie qu'en ont toutes les religieuses, la met 18 un degré de fureur contre ma pauvre nièce qui passe Qagination.
(e serois honteuse de la longueur de ma lettre si vos inétetés ne me rassuroient. H faut encore y joindre les nplimens pour M. le maréchal et pour M. l'archevêque; )osez-leur mes vues avant que de faire aucune autre narche. Je me tiens si assurée de l'amitié de M. le maréû et me flatte assez par vous deux de celle de M. l'arche- (ue pour les faire entrer avec plaisir dans toutes mes ifidences.
t'ai toujours oublié de vous parler de mademoiselle de ipigny * ; je ne manquai pas de faire ce que vous me dendiez sur elle, et nous nous trouvions si bien de notre
Une demoiselle de Coupigny paraît avoir été attachée, en 1700, à la hesse de Bourgogne. (Voir Dangean.) C'est peut-être d'elle qu'il
It ICI.
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commerce que je la regrette tous les jours. Elle a la ndl- Iié loures inclinations da monde et un fond d'esprit qui la pot ^g rendre une fort jolie personne, pourru que cela soit Us ménagé. |iie