‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 187 sur 204 · LE JEU ET LES MŒURS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE JEU ET LES MŒURS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

lus avons parlé (chap. vi, page 106) des paris efl'réiiés de ame de Montespan. La passion de Louis XIV pour le jeu ne lie grandir à mesure qu'il avançait en âge. On se doute bien les imitateurs ne manquaient pas. « La danse est mainlenanl ée de mode, écrit la princesse Palatine au mois de mars ». Ici, en France, aussitôt qu'on est réuni, on ne fait que r au lansquenet; les jeunes gens ne veulent plus danser... On ici des sommes effayantes, et les joueurs sont comme des in- ^. L'un hurle, l'autre frappe si fort la table du poing que toute lUe en rcjibntit; le troisième blasphème d'une façon qui fait séries cheveux; tous paroissent hors d'eux-mêmes et sont lyants à voir*... »

ternels détracteurs de votre temps, que dites vous de ce petit bau, peint évidemment par un témoin oculaire ? Car on jouait jeu à la cour de Monsieur, frère du roi, et Madame avait souvent lies yeux le spectacle qu'elle dépeint si bien, a ce qui concerne les caractères et les mœurs de l'époque, nous avons d'assez jolis portraits par madame de Maintenon elle- (18, qui n'est pas encore accusée, comme Saint-Simon (mais cela dra), de charger les couleurs.

î 5 février 1693, elle écrivait à madame de Brinon : • Un des leurs de notre siècle est que tout le monde veut s'élever anus de son état ^. »

I description qu'on na lire est authentique et mérite d'être elée : « Les femmes de ce temps me sont insupportables, t-elle ; leur habillement insensé et immodeste, leur tabac, leur leur gourmandise, leur grossièreté, leur paresse, tout cela est

au 15 avril 1764, jour de sa mort, publié par M. Le Roy, coofer?ateur de UioUiéqae de Versailles, in-S*.

Correspondance coiApltte de Midame, duchene d^Orléant, t. I, p. 13. Correspondance générale, i. 111, p. S57.

308 APPËiNDIGË.

si opposé à mon goût, et, ce me semble, à la raison, que je ne puis les souffrir*.... f •

Et, en octobre 1708, à madame de Glapion : < J'ai toujours à lesprit tous les excès qui régnent présentement : cette ivrognerie, cette gourmandise, ce luxe excessif, etc. *... »

Enûn, le fragment suivant d*une lettre à l'archevêque de Paris est assez significatif : « Comptez, Monseigneur, que presque tous les hommes noient leurs parens et leurs amis pour dire un mot dephis au roi, et pour lui montrer qu'ils lui sacrifient tout. Ce pays-dest effroyable, et il n'y a pas de tête qui n'y tourne... Défiez-vous de tout ce que vous estimez le plus. Je suis à la .source, et c'est ce qQÎ me fait voir trahison sur trahison... La cour change les mëlleurs'...»

Encore une fois, Saint-Simon a-t-il rien dit de plus fort?

Revenons à la princesse Palatine, du témoignage de laquelle il faut bien, tout en faisant la part de ses exagéralions, tenir compta*

Le 11 août 1680, elle écrivait à l'électrice de Hanorre, salante, qui l'avait élevée, et à qui elle parlait à cœur ouvert :

« Tous les jeunes gens en général sont horriblement débauchés et adonnés à tous les vices, sans en excepter le mensonge et la tromperie... Ils ne font que boire, se vautrer dans la débauche et tenir des propos obscènes ; le plus incapable occupe parmi eux le premier rang; c'est celui qu'ils estiment le plus... »

Puis, le 7 mars 1696 :

« Les jeunes gens ont des manières si brutales qu'on en a peur, et qu'on ne peut ni leur parler ni les fréquenler ; quant aux vieux, ils sont pleins de politique, et ils ne vont avec quelqu'un que lorsqu'ils voient que le roi le regarde... Vous voyez que tout ici ne va pas pour le mieux. Toutefois je ne me tourmente pas, eli« prends le temps comme il vient. . . »

Puis encore, de Marly, le 2 juillet 1699 ;

« La foi est tellement éteinte en ce pays qu'on ne voit presque plus maintenant un seul jeune homme qui ne veuille être athée; mais ce qu'il y a de plus drôle, c'est que le même individu qui fait l'athée à Paris joue le dévot à la cour. On prétend aussi que

' Lettre à la princesse des Ursins,du 12 juin 1707. Lettres historiques H édifiantes, t. II, p. 276. Correspondance (jénèr(tl€, t. IV, p. Sl^et 37; lettre du la novembre 1695.

Page 1