‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 189 sur 204 · MADEMOISELLE- DE FONTANGES · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE- DE FONTANGES

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U n'y a pas, dans Thistoire des cours, d'exemple d'un éblwnsse- l"*" ment pareil, d'une chute plu^ éclatante et plus soudaine, dfim drame plus émouvant.

Nous ne voulons pas faire incidemmeiil une bioffr^ie. lio*^ ajouterons seulement quelques détails empruntés à des coDteiDp<k rainsou authentiques à ceux que nous avons donnés dans le cours de ce volume (chap. iv, p. 110 et suiv.) à l'occasion de la lutte do la jeune favorite avec madame de Blontespan.

11 faut d'abord rappeler 1^ appréciations de la princesse Pàline, dont mademoiselle de Fontanges avait été fille d'honneur:

« J'avois une fille d'honneur nomméa»1(eauvais. G'étoit UQ^ fort honnête créature. Le roi en devint amoureux, mais elle lintboD. Alors il se tourna vers sa compagne, la Fontanges. qui éloit aussi fort belle , mais elle n'avoit pas du tout d'esprit. D'iiÂord, il dit en riant : « Voilà un loup qui ne me mangera point: » et il en devint ensuite amoureux. Avant de venir chez moi, elle avoît rêvé tout ce qui devoit lui arriver en sa vie, et un pieux capucin lui avoit expliqué son rêve. Elle me l'a raconté elle-même avant qu'elle devint la maîtresse du roi. Elle rêva jjne fois qu'elle était montée sur une Irès-haute montagne, et' qu'étant sur le sommet, elle fut éblouie par un image resplendissant ; ensuite il vint une si grande obscurité (lu'elle se réveilla saisie de frayeur. Elle raconta son rêve à son confesseur, qui lui dit : t Prenez garde à vous. Cette montagne est la cour, où il vous arrivera un grand éclat; cet éclat sera de trèspeu de durée. Si vous abandonnez Dieu, il vous abandonnera, et vous tomberez dans d'éternelles ténèbres. »

— «... La Fontanges étoit une petite bête, mais elle avoit fort bon cœur, et elle étoit belle comme un ange. Lorsque le roi fut épris d'elle, il me fallut rester beaucoup auprès de lui, car elle m'aimoit fort *. »

' Correspondance complète de Madame t duchesse d'Orléans, édit. G. Brun«l» 18o7,t.l,p.oyO;UU,p.«20.

Mademoiselle de FONTAifr.Es. 40i

Écoulons aussi madame de Maintenon :

« Je me souviens qu'un jour le roi m'envoya parler à madame de Fontanges. Elle étoit en fureur sûp des mécontentemens qu'elle avoit reçus. Le roi craignoit un éclat et ra'avoit envoyée vers elle pour la calmer. J'y fus deux heures et j'employai ce temps à lui persuader de quitter le roi, et à essayer de la convaincre que ce seroit beau et louable, h me rappelle qu elle me répondit avec vivacité : f Mais, Madame, vous me parlez de me défaire d'une passion « connmede quitter une chemise *. »

^^ous passons sur les commencements, les éclats et la prompte fin du caprice royal pour arriver aux derniers jours. Notons pourtant ( c'est une particularité inédite) que, le 2 juillet 1680, Louis XIV sigtia^ un livret de 80,000 livres de- pension pour la duchesse de Fontanges*. C'était sans doute le moment de la plus grande passion, ^n ^titre signe de sa faveur fut de faire sa sœur Catherine, religieiise à Farmoutiers, abbesse de Chelles, en remplacement do Guio^jrjg (Je Brissac, dont on obtint la démission. Touchante émulalioo 1 Eq 1670, madame de Montespan avait fait nommer sa sœur abbesse de Fontevrault; mademoiselle de Fontanges pouvait-elle ™^îns pour la sienne? Encore une preuve de son influence. L'autorité ecclésiastique avait décidé que les révérends pères de Tabbaye ^ Obelles seraient changés. Les religieuses se plaignirent, et ma- ^^^ïxoiselle de Fontanges transmit leur réclamation à Louis XIV, qui "^Vail en ce moment rien à lui refuser; L'évêque eut donc le

t^ar malheur, les couches fatales, les maladies, les désenchante- "^^ïits, les avant-coureurs et les appréhensions d'une fin prochaine "^^ tardèrent pas.

On a dit que Louis XIY était allé voir mademoiselle de Fontanges ^ son lit de mort, qu'elle lui pardonna, et que Télat pitoyable où *l la trouva lui aurait arraché des larmes. Rien jusqu'à ce jour ne .prouve la vérité de cette anecdote. Ce qu'on sait de reste, c'est que

* lettrée kktoriquet et édifiantes, t. Il, p. 74.

irch. de TEmpire. Registres du secrétariat, 0. 24, fol. 185.

* Bibl. Mazarine, Ms. Histoire de V abbaye de Chelles, n- 2, 890. — Quand, peu d'années après, la sœur de mademoiselle de Fontanges mounit, dans un JK6 peu avancé, Guionnede Brissac reprit, moyennant de nouvelles dispenses. ** direcUon de l'abbaye de Chelles, qu'elle lui avait cédée.

jamais il n'alla voir mademoiseUe de La Yallière, qu'il avait \m autrement aimée !

Mademoiselle de Fontanges, qu'on avait ramenée de Ghelles à Paris au dernier moment, pour éviter le scandale d'une fiaiTorite mourant au milieu d'une communauté, trépassa à l'abbaye de Port- Royal, du quartier Saint-Jacques, le 28 juin 1681, assistée par Bour* daloue. Prévenu immédiatement, Louis XIV écrivit au duc de Noailles, qui se trouvait auprès d'elle, la lettre suivante :

Ce samedi à 10 heures.

« Quoique j'attendisse, il y a longtemps , la nouvelle que vous m'avez mandée, elle n'a pas laissé de me surprendre et de mefidier. Je vois par votre lettre que vous avez donné tous les ordres nécessaires pour faire exécuter ce que je vous ai ordonné. Vous n'avei qu'à continuer ce que vous avez commencé. Demeurez tant que votre présence sera nécessaire, et venez ensuite me rendre compte de toutes choses.

« Vous ne me dites rien du Père Bourdaloue.

f Sur ce que l'on désire de faire ouvrir le corps, si on le peut éviter, je crois que c'est le meilleur parti.

« Faites un compliment de ma part aux frères et aux sœurs, et les assurez que, dans les occasions, ils me trouveront toujours disposé à leur donner des marques de ma protection. Louise >

Le désir, on pourrait dire Tordre du roi, d'éviter que le corps fût ouvert, est la preuve certaine de la crainte qu'il avait de trouver des coupables autour de lui. Ajoutons que ce soupçon dut êlre accrédilé par les dénonciations des complices de la Voisin, dont le procès se jugeait vers la même époque.

On lit en effet dans une déposition de la fille Voisin, en date du 26 juillet 1680, après l'exécution de sa mère :

« Romany et Bertrand (deux complices de la Voisin) vouleient faire les marchands et porter des étoffes et des gants chez madame de Fontanges, qui dévoient être empoisonnés, et elle (la fiHc Voisin) a entendu Romany dire à sa mère que si elle ne prenoit pas Tétoffe, elle ne se sauveroit pas des gants.

* Bibl. du Louvre. Ms. Correspondance de Noailles, lettre autographe. Elle a été publiée dans le Bulletin de la Société de Vhistoire de France.

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« Romany et sa mère (la femme Voisin) disoient entre eux que le poison feroit mourir madame de Fontanges en langueur, et que Ton diroit que ce seroit de regret de la mort du roi ^ »

Une femme, la Filastre, avait accusé madame de Montespan d'avoir fait empoisonnner mademoiselle de Fontanges, pour reconquérir les bonnes grâces du roi. Elle se rétracta à la question, et La Reynie, dit à ce sujet, dans un mémoire à Louvois, du 17 avril 1081 :

« La Pilastre a parlé ; sa déclaration est d'autant plus importante que non-seulement elle décharge madame de Montespan et la Chapelain du dessein de Tempoisonnement de madame de Fontanges, mais encore parce qu'elle confirme deux autres faits*. »

Dans un autre endroit, La Reynie fait Tobservalion suivante, dont la vérité fut reconnue ensuite, mais après bien des hésitations, tant de sa part que de celle de Colbert, de Louvois et du roi luimême :

« Ce que la Pilastre a dit aujourd'hui 10 d'août (sans doute le 10 août 1681) me paroit mériter beaucoup de réflexions et devoir servir à quelque éclaircissement touchant madame de Montespan.

« 11 y a lieu de croire, en suivant ces ouvertures, que l'on trouvera que ce qui a été dit sur son sujet est un peu jactance parmi tous ces gens-là, pour donner de la réputation à ce qu'ils faisoient, ou qu'il y a quelque chose que Von a cherché véritablement^,... »

On voit d'après ces derniers mots, que La Reynie n'était pas encore parfaitement convaincu.

Quoi qu'il en soit, empoisonnée ou non, la duchesse de Fontanges était morte.

Un infatigable et heureux chercheur de curiosités historiques, M. A. Jal, a découvert l'acte suivant dans les registres mortuaires de Saint-Jacques du Haut-Pas :

<■ Dame Marie-Angélique d'Escorailles de Roussille, duchesse de Fontanges, décédée le 28 juin 1681, dans une chambre d'une maison de l'abbaye de Port-Royal, sur la paroisse de Saint-Jacques, fut

* Extrait des interrogatoires faits par La Reynie. Minute autographe de Colbert. Les mêmes accusations se reproduisent dans plusieurs autres interrogatoires. (Cabinet de M. le duc de Luynes.)

« Bibl. imp. Mss. S. F. 7.608, fol. 366.

« Bibl. imp. Loe. cit., fol. 274,

44li f"' APPENDICE.

prise dans ladite chamlire et transportée dans Féglise du momstère, où elle fut inhoméele 29 juÎD, en présence de Mgr Anne Jales,diic (le NoaiUes, pair de France, premier capitaine des gardes da corps du roi, gouTemenr et lieutenant général pour Sa Majesté des comtés de Roussillon, Conflans et Cenbgne, et de messire Anne-Joseph crEscorailles, RoussiUe Fontanges, cheTalier seigneur marquis de Roussille, frère de ladite dame, qui signèrent : Anne Jules, dgc de NoailUs, — Anxe Joseph de Rocssuxe*. » I

Voici enfin, d'après des pièces authentiques, le détail des der* ni«Tes cérémonies* :

« Présentation du corps de madame de Fontanges à Port-Royal de Paris f le jour de saint Pierre et saint Paul, 1681.

« C'est le corps de madame la duchesse de Fontanges que nous vous présentons, Monsieur, et auquel nous vous prions de donner In sépulture ecclésiastique dans Tintérieur de ce monastère et le repos au milieu des époux de Jésus-Christ. Nous rendons grâce àce Jésus (|ui est le maître des cœurs de ce qu'ayant arrêté tout d'un C4)up sa créature dans le cours impétueux de ses désirs et des prosinVités du monde» comme il fit autrefois saint Paul, et la tenant nlmttue sous sa main toute-puissante et sous le poids d'une maladie lon^uo ol (Acheuse, il l'a touchée d'une douleur salutaire, et, réveillant en elle les sentimens de la foi et de la piété, il l'a rendue ili^ne. «prés de grandes misères, d'éprouver de grandes miséricorties et d't^ti un exemple louchant pour ce siècle. Vous l'avez eue avee vims lUIéle servante de Jésus-Christ. Elle vous étoit échappée el i\ lui-nit^uie ; voilà qu'il l'a ramenée, et qu'il vous la redonne. Oïiwt pour elle, s'il vous plaît, le sacrifice de louanges et Ae prit>res. et faites-nous la grâce de nous y donner part. »

On u vu que Tabbesse de Chelles était sœur de la duchesse ^^ Fontanges. Elle désira que le cœur de la défunte fût déposé dsi^ Tabhaye ; la cémnonie eut lieu le jour suivant.

« Ptrsen talion de son cœur à Chelles y le lendemain. « ... Ce cœur, dit l'abbesse, étoit à Dieu dans les commence

' hUiiimHmre iritiqne de hiograpkie et d'histoire, p. 1,094. • lUM, iiitp. H*». l'oHoreuUles Vallant. t. Ill, p. 7 et suiv.

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