MADAME DE MONTESPAN ET LES FILLES DE SAINT-JOSEPH
Nous empruntons à la nouvelle et excellente édition que publie M. Gocheris de V Histoire du diocèse de Paris par TabbéLebœuf, la notice suivante sur la communauté des
nLLES DE SAIKT-JOSEPH OU DE LA PROVIDENCE.
c Marie Delpech de TËstang, fondatrice de la Congrégation des Filles-de-Saint-Joseph, à Bordeaux, le 3 mai i 658, arriva de cette ville à Paris le 11 février 1639. Elle était avec une sœur de la maison de Bordeaux, nommée Jeanne Godin. Les deux religieuses sMnstallàrent dès le mois d'avril dans une maison de la rue du Vieux- Colombier qu*elles louaient mojeiiDant I96OO livres à Gonthier, conseiUer du parlement. Au bout de six mois, elles vinrent demeurer prés le noviciat des Jésuites ; le iHmibre des filles était alors de soixante-dix.
f La première année, la viande de boucherie leur fut refusée à crédit, et, comme elles étaient fort pauvres, elles se trouvèrent réduites à se servir des restes de quelques maisons particulières et f à espessir Teau de la marmite seulement des os deschamez qui « avoient desjà servy à de meilleures cuisines. » Cet état de pauvreté dura peu, et, en 1640, elles pouvaient déjà acheter pour 12,000 livres une maison de la rue Saint-Dominique, qu'elles agrandirent en 1645 et où elles logeaient 686 filles. Les constructions qu^avait nécessitées ce rapide accroissement coûtaient alors 110,059 livres 3 sous.
« Quelque louable que fût Tobjet de cette institution, autorisée par Tabbé de Saint-Germain le 5 juin 1641 et par lettres patentes du 10 mars 1651, elle ne conserva pas longtemps un nombre considérable de pensionnaires. Le couvent comptait à peine cinquante
* Bibl. imp. Mss. PortefeuiUes VaUant|. Utc. cit.
personnes à la RéTolulioD. A cette époque, Michel PreYalon.bomme d^afEures, procureur de la supérieure de la commuuauté des Mes* de-Saiut- Joseph, déclare, le 37 février 1790, que le couvent des FîUes de la Providence était composé de vingt religieuses, deoi novices et une postulante; que les revenus se montaient à 4'2,i78 liv. i s. {!• loyers de la cour extérieure, 30,140 li?.î S* loyers des petits appartements intérieurs, 2,^00 ; 3* rentes sur THôtel-de-Ville, 4,668 liv. 1 sou.; 4* rentes sur particuliers, SCOUt.; 5" pension sur le trésor royal, 5,000 Ut.; 6* indemnité sur les entrées des vins. 570 liv.; 7* pensions viagères, 400 hv.); que les charges étaient de 30,758 hv. 17 s. (savoir, 8,285 Uv. pour intérêt de Fargent prêté au monastère pour la reconstruction du bâtiment neuf; 13,475 Uv. 17 s. pour les dépenses tant du culte divin, acquit de fondations, décimes, réparations, etc.), et que la somme de 31.419 Hv. 4 s. qui restait à dépenser servait à vêtir, blanchir, diauffer. éclairer et nourrir les religieuses, tant la communauté que les domestiques, ouvrières et filles externes, c'està-dire au moins cinquante personnes ; qu*en plus il fallait ajouter 30,089 livres de dettes exig^les pour mémoires de différents ouvriers, fournisseurs, etc.
« L^éracuation de la maison eut heu le 15 septembre 1793, et, le 5 novembre de la même année, le ministre de Tintérieur Roland écrivait aux administrateurs du département de Paris en faveur de ces religieuses qui étaient dans la position la plus gênante, par suite du retard qu'éprouvaient la liquidation et le payement de leur traitement.
« Le couvent de Saint-Joseph, dont une partie avait été vendue le S novembre 1806 à la mère de Tempereur Napoléon I*', est oc— cupé aujourd'hui par le ministère de la guerre. »
D'après Sauvai et Piganiol de la Force, le but principal de l'insti^ — tution était de recevoir les pauvres orphelines de neuf à dix ans^ de leur donner des sentiments de piété, de leur apprendre diverse^ sortes d'ouvrages. Lorsqu'elles étaient parvenues à Tâge de dix-^ huit ans, si leur vocation n'était pas d'entrer en religion, on les plaçait dans quelque bonne maison ou bien on les mariait <.
* AMti<iuUés de le viUe de Pmru, par Sauvai, t. I, p. 491; Description de Péris, par Pijsraniol de la Force, t. Vm, p. 961.