CHAPITRE DEUXIÈME
Télranger. Ajoutons que, d'après Racine*, le récil de Sainf-Simon serait vrai dans tous ses détails.
Trois lettres de madame de Montespan à cet étrange personnage (les seules qui soient parvenues jusqu'à nous), ne jettent malheureusement sur les faits qui précèdent aucune lumière ; elles prouvent seulement qu'à un moment donné, car elles ne sont pas même datées, madame de Montespan et Colbert faisaient cause commune auprès de Louis XIV en faveur de Lauzun.
50» décembre [1669].
« Il y a si longtemps que je n'ai entendu parler de vous que je ne puis m'empêcher de vous demander des nouvelles de la disposition de votre esprit, car, pour vos affaires, ce seroit à moi à vous en instruire. M . Colbert promet des merveilles sur les mémoires qu'on lui a donnés, et j'ai cru lui avoir fait entendre que c'éloit une justice que Ton rendroit à fout le monde. Pour le reste, je ne puis rien vous dire de positif, mais j'ai un rayon d'espérance.
« Je souhaite que personne * ne vienne à Versailles, car j'ai déjà vu des retours fâcheux en de pareilles
* CEuvres ; Fragments historiques.
* Probablement Louvois. — Un contemporain, Olivier d'Ormesson, dit ce qui suit dans son Journal, au sujet de la rupture du mariage de Lauzun : a L'on dit que M. Colbert y avoit pris part, qu'il s'étoit rallié avec madame de Montespan, avoit abandonné madame de La Vallière, et que toute cette cabale s'étoit formée contre M. de Louvois, ennemi de M, de Lauzun. » [Journalt t. Il, p. 605.)
occasions, et ce que vous devez croire est que Ton n'oublie rien de ce qui peut vous être bon et que je fais beaucoup plus pour vous servir que je ne ferois pour moi-même. »
A Saint- Germain, à une heure [1670].
c( M. Colbert est à Versailles, et je me disposoîs à Taller chercher en sortant de table; mais, comme je parlois de mon voyage, le roi a dit qu il y menoit la reine après dîner et qu'il n'y alloit que ce qui seroit dans son carrosse. Vraisemblablement, je devroisavoir place, mais il n*y a point de règle sur ce qui a rapport à moi. Ainsi, il faut attendre jusqu'à demain au soir que doit revenir M. Colbert pour que je lui puisse parler, et comme vous croyez que Mademoiselle vous redemandera ses lettres, je vous les renvoie; mais, si vous pouvez les ravoir ou les garder, il seroit bon que vous me les renvoyassiez demain pour que je les y puisse montrer.
« Je comprends bien tout ce que vous me mandez, et vous devez croire que je pense et souhaite tout comme vous là-dessus. »
A Saint-Germain, ce vendredi 2 heures [1670].
« J'ai fait voir votre lettre et j'en ai parlé dès hier, de la part de Mademoiselle, pour avoir un ordre du Roi. Il fn'a dit qu'il ne comprenoit pas quelle sorte d'ordre on vouloit qu'il donnât, parce qu'il falloit un lieu ou