‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 22 sur 204 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

une raison. J'ai écrit à Mademoiselle la même chose. Je vous en avertis afin que vous la déterminiez à ce que vous voudrez. M. Colbert n'arrivera que ce soir ; je ne manquerai pas de lui faire voir votre lettre, et si tout cet embarras continue, j'irai un jour à Paris. Comme Mademoiselle le saura, vous le saurez aussi. »

Comment une si vive amitié fit-elle place à la haine la plus implacable? Les désappointements pour la charge de grand maître de l'artillerie suivirent-ils ceux du mariage? On ne sait. Le 25 mars 1671, le roi donnait àLauzun unbrevet d'entrée dans sa chambre, « delà même manière et aux mêmes heures que les premiers gentilshommes *. » Peu de temps après, Lauzun raccompagnait en Flandre, et rien ne faisait prévoir une seconde disgrâce, quand, le 25 novembre 1671 , une lettre de cachet renvoya rejoindre Fouquet à Pignerol, avec injonction au gouverneur de le tenir sous bonne et sûre garde, jusqu'à nouvel ordre, sans permettre qu'il eût communication avec qui que ce fût*. Cela dura

* Jal, Dictionnaire critique de biographie et d histoire, V® Lauzun.

' On a vu que le marquis de La Fare faisait remonter à madame de ilaintenon l'opposition de madame de Montespan au mariage de Mademoiselle avec Lauzun. D'après un autre contemporain, Segrais, c'est encore madame de Maintenon qui l'aurait décidée à le faire enfermer* en la mettant en garde contre les mauvais offices qu'il pourrait lui rendre pendant qu'elle serait à Versailles et lui à l'armée auprès du roi. «Madame de Montespan, dit Segrais, effrayée parles sujets de crainte que madame de Maintenon venoit de lui dire, lui demanda quel remède on pourroit y apporter. Elle répondit que c'étoit de le faire arrêter, et qu'elle en avoit un beau prétexte en représentant au roi toutes les in-

onze ans. Une curieuse correspondance de Louvois nous initie aux incidents divers de cette longue captivité, aux tentatives d'évasion du prisonnier, à ses maladies, à ses colères incessantes. « Il ne faut pas que vous vous inquiétiez des emportemens qu'il peut avoir contre vous, écrit le ministre à Saint-Mars, le 9 février 1672. Pourvu que vous suiviez bien les intentions du roi, ne vous mettez pas en peine des ressentimens que vos prisonniers pourroient avoir contre vous, s'ils venoient à être mis en liberté. » Privé de toutes nouvelles, d'encre, de papier, réduit à lui-même dans un donjon où le jour n'arrivait que par en haut, le favori de la veille expiait durement ses insolences. 4,e 12 décembre suivant, Louvois daigna l'informer, sur ses plaintes réitérées, qu'il donnait ordre de le traiter « avec tout le respect dû à sa naissance et à son rang. » Il le prévenait aussi qu'on avait mis en sûreté l'or et les pierreries trouvées chez lui, « après en avoir ôté les portraits que le roi n'avoit pas jugé à propos que l'on vit^ » Malgré les égards qu'on

dignités dont elle savoit que M. de Lauzun la chargeoit tous les jours, et qu'il n'en falloit pas davantage pour obliger le roi de la délivrer d'un ennemi si redoutable. Elle fit ses plaintes, et M. de Lauzun fut arrêté. » {Mémoires j anecdotes). Madame de Montcspan invoqua-t-elle l'audacieuse indiscrétion de Lauzun? Ou pourrait le supposer à la dureté de la punition.

* Madame de Scvignc parle (23 décembre 1071) dec^es portraits, et il faut voir comment. On en jugera par cet extrait, car il est difficile de tout citer. «On a trouvé, dit-on, mille belles merveilles dans les cassettes, de M. de Lauzun, des portraits sans compte et sans nombre, des nudités,

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